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L'influence du génie oriental sur le génie allemand ne date pas d'hier; il est même impossible d'assigner le temps où elle a commencé, puisqu'elle se retrouve dana la constitution même de lalangue, qui semble puisée immédiatement aux sources de la parole prientale, dans Tancienne langue des Mèdès, dont elle a -conservé plus qu'aucune autre l'einpreinte et les aspirations (-). Suivre depuis la Perse jusqu'à la Scandinavie cette langue qui d'orientale devient peu à peu occidentale, changeant de couleur en même temps que de ciel, ce serait, suivre pas à
(*) Grimni. Deutscb. Granrim; t. T, p.. 177. E, Bumouf. Yaçn^, rxî.viî.
pas la migrtàkn des péfçles gerifxsnAjaes. Dafts eeeilsti* gement de demettrey si les former» snrliqties ont disparu, kiend des instincts, le génie même de la race sont restée sur le Bhià ce qu'ils étaient sur la mer Noire. De nos jt^urs même, an milieu du tumulte du mondé, l' Allema* gne na-t-elie^pas étonné l'Occident par un génie de coti^ templationquiTa fait regarder d*un gr^d nombre comme une sorte d'Orient chrétien, une Asie dans rEoropet
Dans ses anciens j^mes, lorsque la race gernumlque est encore païenne, elle est presque toute orientale par la pensée. Ses dieuxnéhuleux, pluvieux , sous les frênes du Nord, appartiennent à la même famille que ceux qui sont nés du premier regard de l'aurore sur les montagnes sa* crées de la Bactriane. Cet Odin, dont le crâne est la voûte des cieux, dont l'œil est le soleil, dont les cheveux épars (^) sont les rameaux chevelus des forêts, dont les ossements sont les rochers du globe, n'est-il pas allié de près aux divinités indiennes 1 Ijs panthéisme, que le Christianisme n'a vaincu qu'à demi, se réveille presque toujoui» urée le génie germanique. Après avoir reparu timidement au ihoyen âge, sous la naïveté virginale f ) des poètes de la cfaevalerfe, il a été encore de lios temps le principe yita] de l'esprit allemand dans la poésie comme éaasê' la philosophie.
Ces observations suffisent pour expliquer le caractère pai^ulier que lia renaissance orientale a reçu de l'Allemagne. Celle-ci n'a point eu de Camoeçs dans le golfe dé Malabar. Ses vaisseaux ne l'ont point transportée sous des cieux éloignés. La plupart de ses poëtes^ de ses
(*) Rlg-Veda,.<;offiam ^cittc, p. 134.
{*) Voyez le Tristan de Gotfiied de Strasbourg,
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écrivains sont restés immobiles à ses foyers, et malgré cette apparente inertie, il n'est aocim peuple qui repro* duise avec plus de li^rité, phis d-intimité, riïnpressioii dn Levant ; ^énomèEie singulier, darît on a vu la cause {Nnneipiile dans ce qur précède, D*unepart, lAIIemagne, sans sortk de ses frontières, trouve dans son propre passé Yécho de ce génie aèiatique. {31e sent, eUe pense, elle imagine naturellement a la manière des Orientaux. D'autre part, le caractère iiational n'est pas assez fixe pmir Miprimer sa forme aux objets orangers. Génie no- Biade, qui transpOTte facilement sa tente de sièdes en «ècle&, de régions en régions, il affecte de se dépouiller pour mieux revêtir un autre temps, un autre climat. Son originalité ht plus vive est de disparaître, quand il lui plaît, sous l'objet qu'il imite.
Joignez à cela que la langue de l'Allemagne moderne s'étant formée en partie sur la traduction des Ecritures, rOrtent biblique a exéreé sur son esprit une action de chaque jour. Pendant le nwyen âgé, le Nouveau-Testament avait, pour ainsi dire, fait oublier l'Ancien. Les pères de 1 Eglise éclipsaient les prophètes. Le Christ se détachait peu à peu de Jéhovah ; c'est-à-dire que le Dieu de l'Occident teiidait à se séparer du Dieu de l'Orient. Un des résultats de la réformation fut de rétablir le lien entre l'un et l'autre. Réunir dans la même langue vulgaire l'Ancien-Testament et le' Nouveau, la lettre do Mo'ise et de saint Paul, n'était-ce pas montrer à tous les yeux que l'Asie et 4'Europe n'ont qu'une seule parole, une seule vie scellée dans un seul livre! L'alliance renouvelée de Jéhova'h et du Christ marqua ainsi celle de l'Orientet de l'Occident.
. De plus 5 le fondement de la réforme reposant en par* tie sur i'examen des Écritures , les textes de TAncien- Testament attirant m quelque sDrte tous les yeux , il était naturel que rAllemagne abordât l'Asie par la Judée , comme le Portugal y tétait entré par la presqu'île des Indes. Après avoir interprété Moïse et David avec la même. liberté qu'Homère et Sophocle, le moineiit était venu de faire servir les monuments, les livres sacrés de Bénarès et de Persépolis à commenter ceux de Jérusalem. Tous les rayons du àoleil d'Asie se concentraient peu à peu pour éclairer les- mystères de la Bible. Cet esprit nouveau de la critique des Écritures parut surtout dans le livre de Herder Sur le Génie de la poésie hébraïque. Jamaiis, assurément, théologien n'avait encore si bien dépouillé l'esprit et la religion de TOcci* dent. On dirait qu'il est né sur cette terre de lumière , et que son intelligence est baignée dés rayons du Sinaï. Comme Joseph à la cour de Pharaon , il ejçpliqùe à TOccident , avec la sagesse patriarcale , les songes du vieil Orient. La science , la philologie relèveront quelques er- ^reura de. détail ; mais ce que nul ne niera, c'est que la poésiç hébraïque est interprétée., dévoilée, exaltée dans ce livre, avec un esprit véritablement hébraïque. Herder redevient un compagnon de Job, d'Isaïe, de Moïse-, et personne ne mérite mieux que lui le ^nom de prophète du passé. Il ne commente pas la Bible du fond d'une bibliothèque', mais avec cette imagination que les Gésénius, les Ewald , ces maîtres de la science , ont presque toujours confirmée , il se transporte sur l'Horeb , dans le désert , sous un palnriier près de Jérusalem. Là il ouvre sa Bible , il évoque les objets qui l'environnent ; les palmiers, les