‹ Le génie des religionsChapitre 17 sur 75 · DB LA BKNAISSANCE ORIENTALE · texte numérisé non relu

DB LA BKNAISSANCE ORIENTALE

lions., les vents qui portent les nuées , rendent témoignage de la poésie des prophètes; il feuillette, pour ainsi dire, tout ensemble la nature et la Bible , comme un érudît qui compare deux copies d'un même original ; et Tunivers entier devient le commentaire des Écritures. Depuis Tap* parition de cet ouvrage, la science des langues , de l'histoire a tout changé , excepté cette première vue , qui , de plus en plus confirmée, a été étendue au reste des îivres sacrés de TOrient. Une sorte de divination lui tenant lieu de science , Herder fut pour le génie asiatique ce que l'auteur de Télémaque a été au xvii* siècle pour la critique et le sentiment de Tantiquité grecque.

' Ce que Herder tentait de faire par la critique , Gk)ëthe le réalisait par des poëmes dont il cherchait le sujet dans le fond de TAsie. Quelquefois il prenait pour thème une légende indienne, qui devenait Iode du Dieu et de la Bayadère; perle du golfe de Golconde ciselée par un lapidaire de Weimar; d'autres fois il s'inspirait de FIsIamismç. Sous le titre de Divan /il composait un recueil de poésies asiatiques qui semblent détachées des voûtes de la mosquée^ de la Mecque. La pensée, Tâme, la couleur même de ses paroles, appartiennent si bien à l'Asie,, le Christianisme surtout y a si peu de part , que le poëte d'Occident se trahit sealement par les détails de la forme et du rhythme, jamais par le sentiment ni par les croyances. Où est ce contracte rendu si pathétique dans les écrivains anglais, entre le repos d^ formes orientales et le tumulte des pensées de l'Occident! On n'en. retrouve pas la moindre trace dans l'esprit de l'Allemand, Vous diriez que laso*

dété â laquelle il appartient est ayssi tranquille , aussi

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immuable qite lia société asiatique. Sauvât même cet équilibre voua déconcerte cpmme un déguisement. Voua voudriez qH un' {gouvernent, une plainte 9 U9 «aiuriret veua fît décemviir v(<;i de voii frèrea soua le turb.aa ipu«iilman. P'ai)leura , peii poésiea #0Dt toutea lyriquea ; aucune d'elles ne yous montre un-f^aonnage yivaQt à la maiûèni djç Ls^x 4^ Gmw ; voiiL^nbàiw^^ privée de Qorpa et 4e ^gure , ifom. i^ a^ve? 9»em^ où e^t la mi^in ^ui ébranle Cfitte barpe lio^mw if^ ce jardin d'A$i$i.

Ife retrouveroj^s-^us 4o|^ dana la Uttérature ailem9n4e aj^cwe de Q^ pei^aQnni&^atk^na aaiaiasautea i oà respire, sous la langue du Nord. W. génie .du Midit 11 en e^t UAe ^eule qui aepbjte ](^ type de toutes les autrea , et «pp^rtient encore à Qoëtbe- Je parle de cette jeune i^d^émienne qui j enlevée d'une contrée îneonnuie » a été ajnenée en AUemagfie par une troupe de bateleurs. Sa langue, wêlée d'itaUen» d'iUyrien, et qui est la langue franke , parlée sur tout le Uttoral de la Méditermaée ; ses . cbevevi^ et j^es yeux pcûrs » son salut oriental , les braa croisés aur la poitrîue ; son babitude de dormir soi la terre nue 1 tout annonce que son paya est la terre du levant : ce qui achève de le montrer, c esl ce mal du payapour une patrie petdue, et qu'à peine elleser^ppeUe; c'est ce regret vague et brûlant pour le pays des citron-nieraet dea orangera d*or. Puis, lorsque ^ scnif le ciel allemanclf elle séoiie : J^ ai froid ici! et que ses lannea qottlent par torrents, et qu'elle meurt saaa ouvrir les; lèvres , n'est-ce pas l'ame du Levant tranapoité^ , égarée, dans wm autre contrée^ou plutôt, la poésie de l'Asie ellemême , qui , au «noment de fleurir, dérackiée de son sol ^ soustraite à son soleil , vient mourir sur le cœur du poète!

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1^ rinfluenoe asiatique est visible daôs 1^ ouvrages do Goethe « eÛe deviei^t une sorte de servitude dans quelques autres. ^1 est éviclent que Goërres, dans son Tableau des Religions (^) , s*est formé sur le modèle des philosophes du Gange , bi^ plus qiibe sur les éeoles grecques ou toloainea. Son ouvrage est mie ^pcte de Pourana ecdden* tal. Te) auti^ écrivain , Rackerl , ne se^ contente pas dlpiiter la pensée de TOrient ; il la fait revivre dans ta rbytbio^ asiatique, de^mèote'qu-auxvif mëde, on iinilail dans hpV^ langue ks^ naëtres d'Horace ou de Pimtate. Gpiai|ie&t rejNrodaire l'impression dç ces dialogues des peries e( de^ pierreries aju bord de TOcéan , ou du soleil et de la rose , ou du murmure dei fleurs cueillies dans l^hanl II suffit de diise que cette poésie persane» deyeni^e populaire au bord du Bbinr , émeut le cœur de TAUemand, comme parle souvenir d'une seconde patrie.

Parenté oatureUe çntte l'Orient et TAIlemagne, l'art, pqur les associer, u'a besoin que de les rafqprocher. Oes^ deu:i^ génies $*appèllent aux deux extrànités du temps, y IJy malajr a a ^m écbo dans les Alpes ; et si la civilisatîoir gallorJromaine semblait se retrouver au xvi* siècle dan^ 1^ ajonumeuts de l'antiquité classique , de même le génie gecmanique semble aujourd'hui se compléter, se oonfir*^ quer par çeu9^ de la Perae et de Tliide. Cette alliance imh. ,turelle eikprwe même uue des plus grandes énigmes dé notre tenqps. GaiT, si l'og demaudie p^tMirquoi l'AUamAlgti'a de nos jours a eeule évité c$ q^ie Von a appelé la* littérale^ 4u 4és^p(9ir ; po^rquin elle Wa pae vépété à soa tour I4 plainte que l'Occident a fait eiit<jmd/e par la boucbe dte

(*) Mythensescbichte der Asiastiscliea Weli. 1310.

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Bycon ; pourquoi des figures aussi calmes que celles de Herder, deGoëthe, ont paru chez elle au milieu de la tourmente du siècle, dira-t«on qu*elle seule est sur les roses et que le reste de l'Europe est sur les charbons ardents TCroit-on qu elle n aurait pas aussi d'étonnantes plaintes à faire entendre si elle ouvrait la bouche t. Ne se sent-ellé pas désabusée, menacée, ébranlée comme les autres! Assurément: La vraie différence à cet égard vient de ce que le scepticisme allemande un tout autre caractère que celui du reste de l'Occident. UAUemagne, en effet , ne s'est pas arrêtée dans le pyrrhonisme de la société grecque et romaine , tel qu'il a été résumé par Lucien, par Lucrèce et par Voltaire. Elle a douté de tout , excepté de la pensée. Son doute, moins tranchant, n'a pas été jusqu'à nier la vie en soi', l'être lui-même. Le panthéisme l'a préservée de l'athéisme. Quand elle a le mieux ébranlé la tradition , elle l'a plutôt transformée que détruite ; car le Christianisme, étant entré presque tout entier dans les théories de ses métaphysiciens, n'a jamais été aboli, même un seul jour, dans les esprits ; en sorte qu'elle a passé de la religion à la philosophie , sans secousse , sans violence , sans traverser par-delà les limites de la science et de la foi , ces régions du vide absolu, habitacle des morts , qui brûle la plante des pieds et dessèche jusqu'au cœur des^ vivants. Jamais elle ne 8*est trouvée un seul moment en face du néant , et ce souvenir n'empoisonne pas le présent pour elle. Lorsqu elle s'est égarée , c'est qu elle a voulu étreindre l'incommensurable, aspirer à l'inaccessible. Or, cette douleur de l'orgueil vaincu dans la lutte avec l'infini est celle de Jacob terrassé seus les genoux de l'archange ; ce

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n'est pas celle dé l'âme qui vient de se démettre devant le ver de terre ou Tatome des épicuriens. Comment dojKî s'étonner qu'étant restée orientale dans son sceptibisme / l'Allemagne n'ait pas senti , autant que les autres , là douleur attachée au scepticisme de l'Occident? Elle n'avait pas connu le rire de l'esprit iie ruine ; devait-elle connaître le désespoir, compagnon de cette joiel Rassasiée du dieu des Brahmes , des Alexandrins , de Spinosa, où est la merveille , qu'elle n'ait pas jeté tîe cri d'un peuplé entier, qui , mené dans le désert , hors de l'enceinte de toutes les traditions , a perdu dans le sable la trace et les pas du genre huniain? *'

Dans le vrai, son scepticisme est personnifié par Faust, lequel n'a rien de^îommun avec la philosophie de Lucien, de Montaigne ou de Voltaire. Étrange sceptique, jque dévore la soif de tout savoir i Le breuvage du spiritualisme l'a enivré. Il aspire avec une afdeur désespérée au principe de vie^ de vérité. IHe convoite,' le pouréuit, il prétend le posséder dans chaque objet. 11 le demande à la nature, à la science, aux passions humaines, att monde, à la solitude. De cieux en cieux, son esprit effréné poursuit la lumière des lumières. De ce faîte souverain, il est précipité. Il succombe sous jine doctrine qui ressemble plus à celles de l'Antiquité orientale qu'à celles dudix-liuitième siècle; car Faust ne s'est pas découronné de ses mains dans une obscure rivalité avec le grain de sable; il a au contraire lutté contre KÉternèl, dont il voulait usurper Itturéole. Deviendra-t-îl tel que les dieux? Voilà toute la question: Est-ce la maladie des encyclopédistes? N'est-ce pas plutôt l'orgueil du premier homme sous l'arbre de la science du bien, et dit mal ? ^

70 j>s u la^omoN.

Voule;s-.vous , en effet, mesurer Jes degrés différents de cette échelle i^ doute I avmcez encore de quelques pas. Vous êtes descendus de cerclies en cercles dans la nuit orageuse de Paust Crojr€^-vous que nulle part il n'y ait par-delà cet abîme nia abîme plus profond ! Descende encore. Sous oet«nfer| iljr a l'enfer de Mépbistopbéiës, Là est vraiment U borne du néant. Il B*est permU à pior^ sonn^ d'entrer plus, avant dans }a demeura du' vide. La logique , la dialectique occidentale, ont tout détroit, jusqu'à la place de l'espérance. Arrêtez-vous ^ saluez le dieu des éternelles ténèt»es. Le scepticisme de l'Orient et celui de l'Occident sont aux prises dans le doub]ei)lafiH phèanf d^ Faust et de Iféphistophélès. Chez l'un se wè^ lent en^e à l'impiété l'enthousiasme , l'ardeur .de Tâme, l'hymne né de l'aurore , et je ne sais quel éclair de désir qui , par intervalle , s^allume dans le chaos. Chez l'autre, $out est subtilité byzantine , ircHiie , nuit sans chaleur et ^s QjCAge , dégoût incurable » poison , sophisme , eoaiiî d'une lociété vieillie. Deux génies, deux philosof^iies , deux mondes, s'entrechoquent dans ce dialogue maudite L'Europe a heurté VAm, L'air a retenti mcore une foia d^ cbop d'Ormuzd ^ d'Abrimaa.

C'est , en effet , dam, le principe mme de la philoso^ pbie; dans Thfibitiide générale de la pensée , que semblant surtout revivre aajourd'lnii l'.esprit et la tradition de rOri^t. Comparez à cet ^ard les systèmes aotuds éà la métaphysique ^lemande ^vec ceux de l'Inde., vous trouverez entre eux de telles ressemblances , que ce sera souvent un effort de découvrir en quoi ils différent. Ces analogies , ces traits 4^ ressemblance peuvent tous se résumer sous le nom de. pantbéîisme » qui lui-mêm^ résume

COtfBlIfiNT O^ A BfrtriSAGné LfiS.ftËLIGIONS. 71

tort le gétép ëê YAm, Ne cwftz pas expliquer le tenouveilcment de ce système aeaJ^OKt fêter un conccters fortuit de circoiMtonees , ni par k géhîe pttrtfettlfer *! teHe MstftBtion civfle. Eti nAÉinetonpir qtierA^fe pénétré dans la poésie , tfaiïs h i»>Stiqae Ôe rOccidttrt ,' d» s'feisintïè' anssi dans ses ^trines ; la métaphysique scelle â soir tour l'alliance éb detfx raoH^e*. Voilà la grande affaire qui se passe aujourd'hui daiis la philbsophie. Ee pahthéisme de IXWieni, transferaié par rAlïemogne , correspond à la renaissance orientale, de mftne que l'idéalisme de Platon , corrigé par Descartes, a couronné , au dix-septième sfecle, la renaissance grecque et latine;

COMifENT ON A ENVISAGÉ LES REUOXÔNS £»E yAMTlQ^ITÉ.

La progressfon j'quî est la vie de toute histoire, semble (Tabord manquer essentiellement à celle des religions , puisque la plupart des cuftes , au lîeii de se confirmer, de se continuer l'un l'autre , paraissent faits pour se détruire ; d'où il arrive que souvent les (fieux d'une époque sont les démons de cellfe qui.lît remplace. Les âivinilés suprêmes de l'Inde deviennent les génies impurs de la Perse (') ; à TAstarté de Phénicie succède , sans changer de nom , T Astaroth des Hébreux. Sous mille formes hideuses , les Olympiens d'Homère assiègent l'imagination

(*) E. Burnouf, Commentaire sur le Yaçna> p» 9, 42, 79, SO.

72 OE LA ïftADtTlON»

de la Grèee repentie. Toute YÈgy^e hurle par la voix de ses Anubis autour de saint Paul du désert , et lX)ccident peuple son enfer des dieux de l'Orient.

Il est .certain , en effet , que la piété comme Tincrédulité ont égaleraient méconnu la tradition profan.e. Les premiers chrétiens , rencontrant un paganisme suranné » jugèrent de tout son passé par eette ruine. Si une idée , un dogme s'offrait encore au milieu de tant d'emblèmes contradictoires 5 c'ét^t, selon eux'(^j, une itivention tardive pour colorer < d'une ombre de philosophie une ombre vide et infernale. Le Chri^anîsmè jeta avec raison l'ana* thème sur ces restes menteurs, véritable spectre de Tantiquité. Ce fantôme voulait contrefaire la vie. Il priait du bout des lèvres ; il feignait la jeunesse et les croyances d'Orphée ; il restaurait , balbutiait les hymnes du monde naissant dans une société morte. Ce sépulcre blanchi fit horreur à des hommes qui apportaient dans le monde ja foi jaillissant des sources du Golgotha.

Par une raison opposée , le;s encyclopédistes du dixhuitième siècle ont confirmé cette condamnation. Les uns, pour mieux faire triompher la philosophie, poursuivaient une ébauche da christianisme jusque dans le cœur même du paganisme : c'est l'école de Voltaire. Les autres , prêtres d'un culte abstrait , toujours cherchant la chimère de la religion naturelle , sans s'apercevoir que leur idéal n'était rien que l'esprit de l'Évangile, étaient ramenés , en suivant un autre principe, au même mépris de toutes les religions positives : c'est l'école de Roussçau. Unité ^ spiritualité , personnalité du dieu du vicaire savoyard ,

(M Eusèbe, Propp. evang. Ilb. li, p. 3; lib. m, p. 124. Snint riément cVAtexnmIrie. Strom., Mb. i, p 27«.

COMMENT ON A BNVSSAGé LBS RELIGIONS. 73

ne sont-ce pas les- dogmes chrétiens sous une forme métaphysique! Et la liberté morale tant de fois invoquée par lui ) qu'est-ce , en réalité , sinon le principe de l'Evangile substitué à la fatalité païenne!

On connaît le livre qui , au dernier moment du dix-huv> tième siècle, a résumé le mieux ce double scepticisme. Ce sont les Raines de Volney . Pour augmenter la nudité de ses doctrines, Tauteur a placé le désert de Syrie partout à l'horizon , et Tesprit cherche en vain une oasis dans ce monde de sables. Le ton souvent exagéré n'empêche pas de sentir le souffle vrai de ht révolution française qui semble entraîner, balayer tooles les traditions , au milieu des palais écroulés d'une ville d'Orient. Volney venait d'assister à la première réunion des états > généraux, qui explique pourquoi son livre est le tableau d'une assemblée constituante du genre humain. A travers les décombres des temples de Palmyre , que Vesprit niveleur agite encore, toutes les nations arrivent l'une après Tautre à la grailde tribune , d'où elles parlent au monde. Cette foule est présidée par le fantôme ou le génie des ruines. Chaque culte y a son représentant. On voit paraître tour à tour les législateurs , les prophètes, les rois, le peuple , la classe distinguée , les hommes simples^ les prêtres , souvent l'auteur lui-même. Païens , juifs , chrétiens, indiens, guèbrés, mahométaAs, viennent successivement exalter leur croyance. De tumultueux dialogues s'engagent entre les classes , les conditions , les nations accumulées dans cette Josaphat de la philosophie. Le résultat de cette discussion solennelle à la face des éternelles solitudes , au pied des colonnes prosternées, à la lumière de la lune ensevelie dans les nuées,

e$t qu'ils ont tous été ia proie ou rinstrument de la fraude ; que les cultes ne sont que mensonges ; que les siècles réunis, les cieux amoncelés , n'ont enfanté que tyrannie , détresse, aveuglement; que l'humanité, depuis sa naissance , est la dupe de quelques hommes ; que dans cet immense concours de ce que la terre a produit de peuples, d*empires , de créatures intelligentes , tous ont été ou trompeurs ou trompés, hormis deux personnages, le fantôme et l'auteur. Après cette déclaration , qui ne laisse debout que l'esprit des ruines , que faire , que penser, que résoudre! Le 4ésespoir serait, il est vrai , sans remède, s'il n'était corrigé par la f«ryeur des premiers temps de la révolution française. Mais cette persuasion où étaient nos pères , qu'eux seuls possédaient la vraie doctrine; ce fanatisme philosophique respire dans chaque ligne de Yolney . Il déclare la guerre à tout enthousiasme , quand luimême est sur le trépied. Il ôte la mitre à tous les sacerdoces, et il est plus tranchant, plus dogmatique qu'aucun- autre. De son autorité privée , il s'érige , dans cette assemblée du genre humain, en grand-prêtre de la révolution française.

. Aux encyclopédistes' français a succédé l'école allemande , qui, relevant les doctrines d'Alexandrie, a râiabilité le Paganisme avec assez d'éclat pour donner quelque ombrage tant aux sceptiques qu'aux croyants de nos jours* Le panthéisme de Schelling marqua le commence^ ment de cette restauration ; et la nouvelle Alexandrie eut de l'autre coté du Rhin ses Jamblique et ses Julien. Me- . 1er indifféremment , sans presque nulle acception d'époques , les doctrines qui se sont suivies souvent à de longs intervalles dans le développement des cultes , c'est le ca-

COMMENT ON A ENVISAGE LES RELIGIONS. t6

ractëre de cette école nouvelle , qtii a dépensé à refaire les dieux tout le génie que d'autres ont mis à lés détruire. La chronologie étant supprimée , les siècles confondus , nivejés par cette hardie synthèse ^ le speclack de la durée n'existe plus ; histoire sans progrès , sans déqlin , parce qu'elle est sans succession. On ne sent plus -les croyances naître, grandir, vieillir. Vous ne voyez pas sortir, par une transformation continue , de la religion là poésie / de la poésie la science , de la science le doute; Plus de' nuances , plus de variations , plus de révolutions dans le travail du inonde, in té rieur^ mais une foi immobile sous uii ciel immobile. L jndivi lualité des .peuples , celle des dieux , la figure des temps s efface par degrés , sous une impression d'égalité, d'identité absolue, qui ramène insensil>leinent toutes les difSérences à un même culte, un même dogme, un même livre , un même dieu. L'ouvrage de Goërres représente l'esprit de cette école, au mêrtie titre que celui de Vôlney représente l'école des encyclopédistes. On dirait qu'il s'est proposé de recueillir dans un moment abstrait tous les moments , ou plutôt d'effacer de l'histoire la notion du temps ; en sorte que si Thomme pouvait juger l'humanité au point de \ue de l'Etemel , je ne doute pas que ce ne fût , en effet ,- par quelque méthode de ce genre. Dans cette histoire artificielle , où les sociétés naissantes reçoivent un reflet des sociétés surannées , où tous les points' de la durée se rapprochent jusqu'à se confondre, où l'enfance s'explique par la vieillesse, Éden par Alexandrie, chaque époque est industrieusement composée , mélangée , formée de toutes les autres ; de là, ces peuples primitifs, auxquels T Allemagne attribue , au sortir du chaos , la science accumulée

dans les^coles de philosophie. Ils rappellent ces enfantsgéants de Michel -Ange , qui portent sur leur front , avec la sagesse des vieillards , le sce^u des années éternelles. Nés d*bier, ils enseignent les docteurs. Ils montrent du doigt aux patriarches , aux prophètes chauves et courbés, le mot de l'avenir sur la marge du livre dont ils tournent la page. Ce ne sont pas des mensonges de l'esprit, puisque le mensonge tout seul né fait pas la beauté ; mais qui oserait dire qu'ils ont jamais vécu!

Telles sont, en général , les doctrines qui ont été répan* dues sur les religions de l'antiquité , lorsqu'on les a considérées dans un esprit sérieux ; car , sous le nom de mythologie , elles ont été plus souvent livrées à Tamu* sèment des enfants , ou tournées par les écrivains en ornements de style. Les dieux sont devenus des métaphores; c'est*à*dire qu'avec la prétention de remonter à Tantiquité, on commençait par en étouffer l'âme. Que dirait*on d*un historien qui ,* voulant expliquer les dixhuit derniers siècles du monde civil et politique , supprimerait par la pensée le Christianisme tout entier, ou ne l'envisagerait que comme une parure des lettres! 11 ne ferait qu'imiter ceux qui, méconnaissant le génie du l?aga« nisme , n'ont saisi dans l'antiquité qu'une humanité oratoire et fictive. Entassez tous les faits qui ont marqué la destinée d'un peuple ^ ne négligez aucun nom , aucun fût de colonne. Qu'est-ce que tout cela , si vous ne me parlez de ses croyances! Vous m'avez montré son corps; c'est jàm âme que je voulais connaître.

Il est vrai que le moyen de trancher toute question sur le Paganisme est d*en détourner les yeux avec horreur. Pour en montrer les vices il suffit d'y op*

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