‹ Le génie des religionsChapitre 52 sur 75 · LA PHILOSOPHIE HÉBRAÏQUE I JOB · texte numérisé non relu

LA PHILOSOPHIE HÉBRAÏQUE I JOB

le commencement de la mott ; qu* ainsi il est toujours plus près du tombeau que du berceau. Combien un scepticisme aussi réfléchi, aussi subtil que celui de Job. ne suppose-t-il pas d'expériences désastreuses! Le moyen de croire que Moïse, le premier instituteur, soit en même temps le premier blasphémateur ! Est-ce au sortir de la mer Rouge, encore tout trempés des eaux du miracïe^ que le désespoir a assailli le cœur des Hébreux î Non , assurément; cette philosophie appartient à leur âge mur, sinon à leur déclin ; les tristes ombres de la captivité pèsent sur elle, et tout au plus puis-je consentir à la faire remonter jusqu'au temps d*Isaïe.

Il est vrai que ce n'est point là le dernier mot du scepticisme hébraïque. S'il a fallu plusieurs siècles pour descendre de Moïse à Job, peut-être n'en a-t-il pas fallu beaucoup moins pour descendre de Job à l'Ecclésiaste. Dans ce dernier livre, la révolte a cessé, l'imprécation s'est éteinte sous la glace de l'âge. Quelle froideur! quel amer renoncement, quelle lassitude ! tout marque le doute irréparable d'une vieillesse exténuée. Où est le génie prophétique ! il n'en reste plus uhe seule étincelle sous cette cendre livide ; c'est la vie qui tarit avec l'espérance. Trop de vœux ardents ont été déçus, trop d'attentes frustrées; le désir même a disparu ; rien ne'subsiste que le dégoût du ciel {') et de la terre. Quand après avoir parcouru, au milieu des incantations des prophètes^ tant d'époques affamées d'avenir ; après avoir vu les lïns après les autres, dans un chemin de miracle, les patriarches, Moïse, les juges, les rois, i\ la recherche de la cité promise ; tout ce

(») L'Ecclésiaste. 111,10, 20. — Ewald, Koheleth , 1*80 , 207. — De Wette, Einleit. In (Uns .\lt. Test., 3ô5, 3ô«.

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qu'il y a d'éclatant dans I4 nature et dans la. génie d€^ rOrient; tant d'enthousiasme, de douleurs, de triomphes, 4e défaites, d'exils si héroïquement supportés dans la pensée du royaume futur ; lorsqu'après avoir suivi ce peuple frappé de verges jusqu'au bout dans sa voie douloureuse, vous entendez, pour dénoûment de tant d'espérances surhunmines, ces mots sortir du temple : Vanité des vanités^ tout est vanité; rien nest nouveau som le soleily. il semble que ce soit là le consummatum est de l'Ancien Testament, que le tabernacle se brise, que Jehovah lui-même ait sa croix ^ et disparaisse enseveli dans cette mort de la pensée. Depuis ce moment, le Père, privé de l'avenir, commence sa passion sur un froid Grolgotha. Il est temps que le Fils arriva pour recueillir son (léritage. L'Orient s'abandonne; il s'affaisse sur lui-* même. L'ancienne loi se meurt : quand viendra la nouyelle?

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