LE SCEPTICISWK ORIENTAL KT OCCIDENTAL
L'Orient renvoie Téftigme à TOccident, Job à Protnéthée, Prométhée à Hamlet, Hamlet à Faust. Le dénoûmeut s'éloigne; quand on croit le saisir, il s'ajourne jusqu'à l'éternité.
Le génie grée a le premier rencontré la même question qu'avait débattue le génie hébraïque. Comment l'a-t-il traitée? Par le Prométhée d'Eschyle, qui dans les chœurs de ses drames est tout oriental, et va quelquefois jusqu'à rappeler Isaïé. Prométhée, comme'le Titfui hébreu, a fait le bien ; il a donné aux hommes la parole, la justice, les arts célestes ; c'est pour cela qu'il est châtié par Jupiter, comme Job l'est par Jéhovah. Voilà le fond de ressemblance entre les deux poëmes; seulement le génie gréé conserve jusque dans l'appareil de la torture un soin dé la beauté visible, dont ne se soucie guère le déàespoir oriental. Prométhée n'est pas couvert de plaies ; il est artistement enchaîné par le dieu du feu au sommet d'un mont sacré, d'où il est donné eu spectacle à toute la terre. Des amis viennent le visiter dans son supplice : c'est le vieil Océan ; ce sont les filles de la Mer , aux ailes humi-»des. Ils sont émus d'une pitié plus sincère, plus humaine^ que les tristes amis du Prométhée de la terre d'Uz ; maià leurs conseils sont presque les mêmes. Qu'est le Titan, pour lutter de pensée, de sagesse avec les dieux olympiens t Qu'attendre de cette révolte intérieure contre le maître des cieux? il faut soumettre son esprit; à cette condition cessera la torture. Jusqu'à ce moment, la ^arche des deux drames est semblable. Voici en quoi ils se séparent : Job et Prométhée ont tous deux le sentiment de leur intégrité méconnue; mais l'un s'arrête au doute, l'autre v& jusqu'à l'imprécation ; il porte en lui l'esprit de l'Occident
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il brave, il menace, il injurie, il provoque les cieux. Dan^ le vertige de la douleur , Job est encore subjugué par le souvenir de Jéhovah. Quand même son intelligence n'est pas satisfaite, il ne laisse pas de s'humilier BOUS la majesté suprême. En Grèce, l'orgueil humain a fait un pas de plus. Que faudrait-il à Proméihée pour être délié du rocher? Un acte de foi dans les divinités olympiennes ; moins que cela , une parole d'éloge , un signe de regret. Hermès , messager, vient lui-même le supplier de cesser un moment sa résistance. N'im* porte, les tout-puissants n*aurout pas une parole de FrométhéQ. Non seulement il les brave sous le vautour, mais il prophétise leur chute ; il Içur renvoie leurs opprobres , et c'est en vain que les dieux eux-mêmes parais* sent au milieu des éclairs, comme l'Eternel dans la dernière scène de Job. Les éclats de la foudre réunis contre la poitrine du Titan ne peuvent le soumettre à la résignation. Les tempêtes, les aquilons infernaux, en consternant la face de la terre, laissent debout cette intelligence rebelle, qui du milieu de sa ruine poursuit encore de sou exécration les cieux d'où pleut l'iniquité. Le blasphème de la poésie hébraïque est un acte de foi en comparaison de. cette révolte implacable de la poésie athénienne ; car voyez quel chemin l'homme a fait dans la révolution religieuse! Le doute, au lieu de chanceler sur un sable mouvant, a désormais la fermeté d'un parti irrévocable. Le génie grec a porté la précision de ses formes jusque dans son scepticisme. Qu'est-ce, en réalité, que cette figure de. Prométhée , sinon l'image de l'esprit hellénique , qui repousse pour jamais les dynasties des dieux orientaux! Plus de sacerdoce ! plus de castes ! plus de symboles aux