L'HOMME PHYSIQUE
Pour achever ces vues des causes finales, ou des preuves de l'existence de Dieu tirées des merveilles de la nature, il ne nous reste plus qu\à considérer l'homme physique. Nous laisserons parler les maîtres qui ont approfondi cette matière.
Cicéron décrit ainsi le corps de l'homme :
« A l'égard des sens ! par qui les objets extérieurs viennent à la <•■ ace de l'àme, leur structure répond merveil-
leusement à leur destination, et ils ont leur siège dans la tête comme dans un lieu fortifié. Les yeux, ainsi que des sentinelles, occupent la place la plus élevée, d'où ils peuvent, en découvrant les objets, faire leur charge. Un lieu rit convenait aux oreilles, parce qu'elles sont destinées à recevoir le son qui monte naturellement. Les narines nt être dans la même situation, parce que l'odeur monte aussi; et il les fallait près de la bouche, parce qu'elles nous aidenbbeaucoup à juger du boire et du manger. Le goût, qui doit nous faire sentir la qualité de ce que nous prenons, réside dans cette partie de la bouche par où la nature donne passage au solide et au liquide. Pour le lact, il est généralement répandu dans tout le corps, afin que nous
i. De Nat. Dcor., n, 50, 57 et 58, trad. de d'Olivet.
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ne puissions recevoir aucune impression, ni être attaqués du rroid ou du chaud, sans le sentir. El comme un architecte ne mettra point sous les yeux ni sous le nez <lu maître Les ôgouts d'une maison, de même la nature a éloigné de nos sens ce qu'il y a de semblable a cela dans Le corps humain.
u Mais quel autre ouvrier que la nature, don! l'adi es! incomparable, pourrait avoir si artistemenl formé nos sens? Elle a entouré les yeux de Luniques forl minces, transparentes en avant, afin que l'on pût voir à travers ; fermes dans leur tissure, afin de tenir les état.
Elle les a faits glissants et mobiles pour leur donner i dréviter ce qui pourrait les offenser, et de porter ais leurs regards où ils veulent. La prunelle, où se n unit <:e qui fait la force de la vision, est si petite, qu'elle se dérobe sans peine à ce qui serait capable de lui taire mal. Les paupières, qui sont les couvertures des yeux, ont une surface polie et douce pour ne point les blesser. Soit que la p< ur de quelque accident oblige à les fermer, soit qu'on veuille les ouvrir, les paupières sont faites pour s'y prêter, et l'un ou l'autre de ces mouvements ne leur coûte qu'un instant ; elles sont, pour ainsi dire, fortifiées d'une palissade de poils, qui leur sert à repousser ce qui viendrait attaquer les yeux quand ils sont ouverts, et à les envelopper, afin qu'ils reposent paisiblement quand le sommeil les ferme et nous les rend inutiles. Nos yeux ont de plus l'avant cachés et défendus par des éminences; car, d'un coté, pou: arrêter la sueur qui coule de la tête et du front, ils ont le haut des sourcils ; et de l'autre, pour se garantir par le bas, ils ont les joues qui avancent un peu. Le nez est placé entre les deux comme un mur de séparation.
<r Quant à l'ouïe, elle demeure toujours ouverte, parce que nous en avons toujours besoin, même en dormant. Si quelque son la frappe alors, nous en sommes réveillés. Elle a des conduits tortueux, de peur que, s'ils étaient droits et unis, quelque chose ne s'y glissât...
« Mais nos mains, de quelle commodité ne sont-elles pas, et dr quelle utilité dans les arts? Les doigts B'allongenl ou se plient sans la moindre difficulté, tant leurs jointures son! flexibles. Avec leur secours, les mains usent du pinceau el du ciseau ; elles jouent de la lyre, de la flûte : voilà pour ible. Pour le nécessaire, elles cultivent les champs, bâtissent des maisons, font des étoffes, des habits, travaillent en cuivre, en fer. L'esprit invente, les sens examinent, la main exécute. Tellement que si nous sommes lo nous sommes vêtus et à couvert, si nous avons des villes, iurs, des habitations, des temples, c'est aux mains que nous les devons, etc. ».