Voue* jMarlevoix, Hist. de la Nouv. France
ses joies et ses peines, pour ainsi dire, dans son berceau? Le cœur aime naturellement à se resserrer; moins il se montre au dehors, moins il offre de surface aus blessures: c'est pourquoi les hommes très sensibles, comme le sonl en il les infortunés, se complaisent à habiter de petites retraites. Ce que le sentiment gagne en force, il l«- p< étendue: quand la république romaine finissait au nient Aventin, ses enfants mouraient avec joie pour elle ; ils cessèrent de l'aimer lorsque Bes limites atteignirent les Alpes et le Taurus. C'était sans doute quelque raison de cette ■ qui nourrissait chez le mousse anglais cette prédilection pour son vaisseau paternel. Passager inconnu
n de la vie, il voyait s'élever les mers entre lui et nos irs: heureui de n'apercevoir que de loin les tristes > - du monde !
Chez les peuples civilisés l'amour de la patrie a fait des prodiges. Dans les desseins de Dieu il y a toujours une suite; il a fondé sur la nature l'affection pour 1»' Ueu natal, et l'animal partage en quelque degré cet instinct avec l'liomme; mais l'homme le pousse plus loin, et transforme en vertu ce qui n'était qu'un sentiment de convenance universelle: ainsi, les lois physiques et morales de l'unii tiennent par une chaîne admirable. Nous doutons qu'il soif possible d'avoir une seule vraie vertu, un seul véritable talent, sans amour de la patrie. A la guerre, cette passion l'a t des prodiges: dans les lettres, elle a formé Homère et Vj Le poète aveugle peint de préférence les mœurs de i'Ionie où il reçut le jour, et le Cygne de Mantoue ne s'eut/ que des souvenirs de son lieu natal. Né dans une cabane, et chassé de l'héritage de ses aïeux, ces deux circonstances semblent avoir singulièrement influé sur son génir : elles lui ont donné cette teinte de tristesse qui en fait un des principaux charmes; il rappelle sans cesse ces événement, et l'on voit qu't/ se souvient toujours de cet Atgos, où il pas jeune
Et dulces moriens reminiscitur Argos1.
Mais la religion chrétienne est encore venue rendre à l'amour de la patrie sa véritable mesure. Ce sentiment a produit des crimes chez les anciens, parce qu'il étart • à l'excès. Le christianisme en a fait un amour p non pas un amour exclusif: avant tout, il nous ordonne
justes; il veut que nous chérissions la famill puisqu'elle est la nôtre, quoique Q< - concitoyens lient le premier droit à notre attachement. Cette morale était incon-