‹ Le génie du christianisme (volume 3)Chapitre 134 sur 307 · PARADIS PERDU · texte numérisé non relu

PARADIS PERDU

On peut reprocher au Paradis perdu de Milton, ainsi qu'à VEnfer du Dante, le défaut dont nous avons parlé : le merveilleux est le sujet et non la machine de l'ouvrage; mais on y trouve des beautés supérieures, qui tiennent essentiellement à notre religion.

L'ouverture du poème se fait aux enfers, et pourtant ce début n'a rien qui choque la règle de simplicité prescrite par Aristote. Pour un édifice si étonnant il -fallait un portique extraordinaire, afin d'introduire le lecteur dans ce monde inconnu, dont il ne devait plus sortir.

Milton est le premier poète qui ait conclu l'épopée par le malheur du principal personnage, contre la règle gén< ment adoptée. Qu'on nous permette de penser qu'il y a quelque chose de plus intéressant, de plus grave, de plus semblable à la condition humaine, dans un poème qui aboutit à l'infortune, que dans celui qui se termine au bonheur. On pourrait même soutenir que la catastrophe de Ylliade est tragique. Car, si le fils de Pelée atteint le but de ses désirs, toutefois la conclusion du poème laisse un sentiment profond de tristesse1 : on vient de voir les funérailles de Patrocle, Priam rachetant le corps d'Hector, la douleur d'Hécube et d'Andromaque, et l'on aperçoit dans le lointain la mort d'Achille et la chute de Troie.

1. Ce sentiment vient pont-être de l'intérêt qu'on prend à Ht^tor. Hector est autant le héros du poème qu'Achille: c'e>t le défaut de l'Iliade. 11 est certain que l'amour du lecteur se porte sur les Troyens, contre l'intention du poète, parce que !• irama-

tiques se passent toutes dans les murs d'Ilion. Ce vieux monarque. dont le seul crime est d'aimer trop un fils coupable; ce généreux Hector, qui connaît la faute de son frère, et qui cependant défend son frère; cette Andromaque, cet Astyanax, cette Hécube. attendrissent le cœur, tandis que le camp des Grecs n'offre qu'avarice, perfidie et férocité : peut-être aussi le souvenir de l'Enéide agit-il secrètement sur le lecteur moderne, et l'on se range sans le vouloir du coté des héros chantés par Virgile.

M GENIE DU CHKISTIANISME

Le berceau de Home chante par Virgile r>t un grand sans ' il ; nais que Ûtto du »uj«1 'l'un f* peint

Mue c itnftrophe dont ■nunnwniiigs nou^-mèmes les<vrctrme$, qui ne netts montre pas le Ebntidteor de tell ou telle suc!'-!", mais le père ai genre humain? Milton eiilriMi.uit ui de batailles, ni de jeux ftmèbfns, ni *e campe, ni de villes assiégées; il retrace la première penser de Dieu, manifestée dans la création du inonde, et les premières pensées de l'homme au sortir des mains du Créateur.

Rien de plus auguste et de plus intéressant que cette étude des premiers mouvements du cœur de I homme. Adam s'éveille à la vie ; ses yeux s'ouvrent : il ne sait d'où il BOrt. Il regarde le firmament; par un mouvement de désir, il veut s'élancer vers cette voûte, et il se trouve debout, la tète levée vers le ciel. Il touche ses membres; il court, il s'arrête; il veut parler, et il parle. Il nomme naturellement ce qu'il voit, il s'écrie : « 0 lài. soleil, et vous, arl>n>s, forêts, collines, vallées, animaux divers » / et le? noms qu'il donne sont les vrais noms des êtres. Et pourquoi Adam s'adresse-t-il au soleil, aux arbres? 'c Soleil, arhres, dit-il, savez-von* le nom de celui qui ma créé » ? Ainsi 1. premier sentiment que l'homme éprouve est le sentiment de l'existence d'un Etre suprême; le premier besoin qu'il manifeste est le besoin de Dieu ! Que Milton est sublime dans ci' passade! Mais se fut-il élevé à ces peméVS -il uVut connu la religion de Jésus-Christ ?

Dieu se manifeste à Adam; la créature et le Créateur >'cntretiennent ensemble : ils parlent de la solitude. Nous supprimons les réflexions. La solitude ne vaut rien à l'homme. Adam s'endort ; Dieu tire du sein même de notre premier père une nouvelle créature, et la lui présente à son réveil ; i La gT&Be est >\nn< -a démarche, le ciel dons ses yeux, et la dignité et l'amour dans tous ses mouvements. Elle s'appelle la femme; elle est née de l'homme. L'homme quittera pour elle son père et sa mère». Malheur à celui qui ne -sentirait pas là dedans la Divinité !

Le poète continue à développer ces grandes vues de la nature humaine, cette sublime raison du christianisme. Le caractère de la femme est admirablement tracé dans la fatale chute. Eve tombe par amour-propre : elle se vante d'être assez forte pour s'exposer seule; elle ne veut pas qu'Adam IVrcompagne dans le lieu où elle cultive des fleura. Cette belle créature, qui K croit invincible en i même de sa faiblesse, .ne sait pas qu'un seul mot peut la L'Ecriture nous peint toujours la femme esclave iinlNmr menant les tilles deierwalem-:

t Vous perdrez, leur dit-il, vos boucles d'oreilles, vos

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