‹ Le génie du christianisme (volume 3)Chapitre 141 sur 307 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

où la France s'en allait en guerre contre les mécréants et les infidèles. Que de choses à tirer de cette révolution des Bataves. voisine, et, pour ainsi dire, sœur de la Ligue ! Les Hollandais s'établissaient aux Indes, et Philippe recueillait les premiers trésors du Pérou : Goligny même avait envoyé une colonie dans la Caroline ; le chevalier de Goursue offrait à l'auteur de la Henriade l'épisode le plus touchant : Une épopée doit renfermer l'univers.

L'Europe, par le plus heureux des contrastes, présentait nu poète le peuple pasteur en Suisse, le peuple commerçant en Angleterre, et le peuple des arts en Italie: la France se trouvait à son tour à l'époque la plus favorable pour la poésie épique ; époque qu'il faut toujours choisir, comme Voltaire l'avait fait à la fin d'un âge, et à la naissance d'un autre âge, entre les anciennes mœurs et les mœurs nouvelles. La barbarie expirait, l'aurore du siècle de Louis commençait à poindre ; Malherbe était venu, et ce héros, à la fois barde et chevalier, pouvait conduire les Français au combat en chantant des hymnes à la Victoire.

On convient que les caractères dans la Henriade ne sont que des portraits, et l'on a peut-être trop vanté cet art de peindre dont Rome en décadence a donné les premiers modèles. Le portrait n'est point épique ; il ne fournit que des beautés sans action et sans mouvement.

Quelques personnes doutent aussi que la vraisemblance des mœurs soit poussée assez loin dans la Henriade. Les héros de ce poème débitent de beaux vers qui servent à développer les principes philosophiques de Voltaire ; mais représentent-ils bien les guerriers tels qu'ils étaient au seizième siècle? Si les discours des Ligueurs respirent l'esprit du temps, ne pourrait-on pas se permettre de penser que c'étaient les actions des personnages, encore plus que leurs paroles, qui devaient déceler cet esprit? Du moins, le chantre d'Achille n'a pas mis Y Iliade en harangues.

Quant au merveilleux, il est, sauf erreur, à peu près nul dans la Henriade. Si l'on ne connaissait le malheureux système qui glaçait le génie poétique de Voltaire, on ne comprendrait pas comment il a préféré des divinités allégoriques au merveilleux du christianisme. 11 n'a répandu quelque chaleur dans ses inventions qu'aux endroits mêmes où il r-esse d'être philosophe pour devenir chrétien: aussitôt qu'il a touché à la religion, source de toute poésie, la source a abondamment coulé.

Le serment des Seizo dans le souterrain, l'apparition du fantôme de Guise qui vient armer Clément d'un poignard, e »nt des machines fort épiques, et puisées dans les superstitions mêmes d'un siècle ignorant et malheureux.

Le poète ne s'est-il pas encore un peu trompé lorsqu'il a orté la philosophie dans le ciel ? Son Bteme doute un dieu fort équitable, qtii juge avec impartialité le el Le derviche, le juif el le mahométan; mais était-ce

■■•la qu'on attendait de sa Muse? Ne lui demandait-on pas de Ici poésie, un ciel chrétien, des cantiques, Jéhovah, enfin le ment ctivinior, la religion?

Voltaire a donc brisé lui-même la corde la plus harmonieuse de sa lyre en refusant de chanter celte milice sacrée, cette armée des Martyrs et des Anges, dont ses talents auiaient pu tirer un parti admirable. Il eût trouvé parmi 'in tes des puissances aussi grandes que celles des antiques, et des noms aussi doux que ceux des i. Quel dommage qu'il n'ait rien voulu dire de ces bergères transformées par leurs vertus en bienfaisantes divinités ; de ces Geneviève qui, du haut du ciel, protègent, avec une houlette, l'empire de Clovis et de Charlem Il nous semble qu'il y a quelque enchantement pour les Muses à voir le peuple le plus spirituel et le plus brave consacré par la religion à la Fille de la simplicité el de la paix. De qui la Gaule tiendrait-elle ses troubadours, son esprit naïf et son penchant aux grâces, si ce n'était du chani ►rai, de l'innocence et de la beauté de sa patron; Des critiques judicieux ont observé qu'il y a deux hommes dans Voltaire : l'un plein de goût, de savoir, de raison ; l'autre qui pèche par les défauts contraires à ces qualités. On peut douter que l'auteur de la B 'il eu autant de

génie que Racine, mais il avait peut-être un esprit plus varié et une imagination plus flexible. Malheureusement la mesure de ce qte nous pouvons n'est pas toujours la mesure de ce que nous faisons. Si Voltaire eut été animé par la >n comme l'auteur d'Athalie; s'il eût étudié comme lui les Pères et l'antiquité ; s'il n'eût pas voulu embrasser tous les genres et tous les sujets, sa poésie lut devenue plus et sa prose eût acquis une décence et une gravité qui lui manquent trop souvent. Ce grand homme eut le malheur de passer sa vie au milieu d'un cercle de 1. terurs médiocres, qui, toujours prêts à l'applaudir, ne pou-

l'avertir de ses écarts, On aime à se 1 e repn dans la compagnie des V- i Arnauld, des Nicole, des

ilors qu'il eût cé de

ton. On aurait été indigné à Port-lioyal des plaisanteries et des blasphèmes de Perney; on

its a la haie : on y travaillait avec Loyauté, et ailu, poi r tout au moud»-, tromperie public

en lui donnant un j me qui n'eût pas coûté au moins

douze bonnes années de labeur. Et ce qu'il y avait de très

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