DEUXIÈME PARTIE
sein qui se gonfle vient mystérieusement, sous l'or de ses
- flottantes, toucher de sa voluptueuse nudité la nu- - in de son époux. Adam, ravi de sa beauté et de
3 soumises, sourit avec un supérieur amour : tel
rire que le cieljaisse au printemps tomber sur les
qui fait couler la vie dans ces nuées grosses de la
semence des fleurs. Adam presse ensuite d'un baiser pur les
fécondes de la mère des hommes.
Cependant le soleil était tombé au-dessous des Açores ; soit que ce premier orbe du ciel, dans son incroyable vi- \ re ces rivages; soit que la terre, i retirant dans l'Orient par un pins court chemin, eût laissé l'astre du jour à la gauche du momie, li avai
de pourpre et d'or les nuages qui flottent autour de son trône occidental; le soir s'avançait tranquille, et par
- un doux crépuscule enveloppait les objets de son ombre uniforme. Les oiseaux du ciel reposaient dans leurs nids, les animaux de la terre sur leur couche ; tout se taisait, hors le rossignol, amant des veilles : il remplissait la nuit de ses plaintes amoureuses, et le Silence était ravi. Bientôt le firmament étincelade vivants saphirs : l'étoile du soir, à
de l'armée des astres, se montra longtemps la plus brillante ; mais eniin la reine des nuits, se levant avec majesté à iravcrs les nuages, répandit sa tendre lumière, et jeta son manteau d'argent sur le dos des ombres '.
Adam et Eve se retirent au berceau nuptial, après avoir leur prière à l'Eternel. Ils pénètrent dans l'obscurité du bocage et se couchent sur un lit de fleurs. Alors le poète, me à la porte du berceau, entonne, à la face du ment et du pôle chargé d'étoiles, un cantique à I'Hymea. 11 commence ce magnifique épithalame, sans préparation et par un mouvement inspiré, à la manière antique :
Ha il wedded love, mysterious law, Irue source Of human ofîspring...
dut, amour conjugal, loi mystérieuse, source de la \U ■> ! C'est ainsi que l'armée des Grecs chante tout à l ia mort d'Hector :
HpcLfieûa. ut/v. xûfos, ircifvofisv 'Exropa îîov, etc.
Xous avons remporté -une gloire signalée! Nous avons tué le Hector; c'est de même que les Salicns, célébrant la
ent l'anglais sentiront combien la traduction de ce iu est difficile. Un nous pardonnera la hardiesse des tours
fête d'Hercule, s'écrient brusquement dans Virgile : Tu nubigenciSyinvicte, bi-membres, etc. « C'est toi qui domptas tel deux centaures, fils d'une nuée, <lc. ».
Cet hymen met le dernier trait au tableau de Milton, et achève la peinture des amours de nos premiers pères *.
Nous ne craignons pas qu'on nous reproche la longueur de cette citation, a Dans tous les autres poèmes, dit Voltaire, l'amour est regardé comme une faiblesse ; dans Milton seul il est une vertu. Le poète a su lever d'une main chaste le voile qui couvre ailleurs les plaisirs de cette passion. Il transporte le lecteur dans le jardin des délices. Il semble lui faire coûter les voluptés pures dont Adam et Eve sont remplis. Il ne s'élève pas au-dessus de la nature humaine, mais au-dessus de la nature humaine corrompue ; et comme il n'y a pas d'exemple d'un pareil amour, il n'y en a point d'une pareille poésie2 ».
Si l'on compare les amours d'Ulysse et de Pénélope à celles d'Adam et d'Eve, on trouve que la simplicité d'Homère est plus ingénue, celle de Milton plus magnifique. Ulysse, bien que roi et héros, a toutefois quelque chose de rustique ; ses ruses, ses attitudes, ses paroles ont un caractère agreste et naïf. Adam, quoique à peine né et sans expérience, est déjà le parfait modèle de l'homme : on sent qu'il n'est point sorti des entrailles infirmes d'une femme, mais des mains vivantes de Dieu. Il est noble, majestueux, et tout à la tois plein d'innocence et de génie ; il est tel que le peignent les livres saints, digne d'être respecté par les anges, et de se promener dans la solitude avec son Créateur.
Quant aux deux épouses, si Pénélope est plus réservée, et ensuite plus tendre que notre première mère, c'est qu'elle a été éprouvée par le malheur, et que le malheur rend défiant et sensible. Eve, au contraire, s'abandonne ; elle est communicative et séduisante; elle a même un léger degré de coquetterie. Et pourquoi serait-elle sérieuse et prudente comme Pénélope? Tout ne lui sourit-il pas? Si 1»
dont nous nous sommes servi, en faveur de la lutte contre le texte. Nous avons fait aussi disparaître quelques traits de mauvais goût, en particulier la comparaison allégorique du sourire de Jupiter, que nous avons remplacée par sou sens propre.
\. 11 y a encore un autre passage où ces amours sont décrites: c'e^î au vin* livre, lorsqu'Adam raconte à Raphaël les premières sensations de sa vie, ses conversations avec Dieu sur la solitude, la formation d'Eve, et sa première entrevue avec elle.» Ce morceau n'est Êoint inférieur a celui que nous venons de citer, et doit aussi sa eauté a une religion sainte et pure.