‹ Le génie du christianisme (volume 3)Chapitre 155 sur 307 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

ou religieuse sur le cœur de l'homme, il n'est pas nécessaire que l'exemple rapporté soit pris à la racine même de cette institution ; il suffit qu'il en décèle le génie : c'est ainsi que YElysée, dans le Télémaque, est visiblement un paradis chrétien.

Or, les sentiments les plus touchants de l'Andromaque de Racine émanent pour la plupart d'un poète chrétien. L'Andromaque de VIliade est plus épouse que mère ; celle d'Euripide a un caractère à la fois rampant et ambitieux, qui détruit le caractère maternel ; celle de Virgile est tendre et triste, mais c'est moins encore la mère que l'épouse : la veuve d'Hector ne dit pas : Astyanax ubi est, mais : Hector ubi est.

L'Andromaque de Racine est plus sensible, plus intéressante que l'Andromaque antique. Ce vers si simple et si aimable :

Je ne l'ai point encore embrassé d'aujourd'hui,

est le mot d'une femme chrétienne : cela n'est point dans le goût des Grecs, et encore moins des Romains. L'Andromaque d'Homère gémit sur les malheurs futurs d'Astyanax, mais elle songe à peine à lui dans le présent ; la mère, sous notre culte, plus tendre, sans être moins prévoyante, oublie quelquefois ses chagrins, en donnant un baiser à son fils. Les anciens n'arrêtaient pas longtemps les yeux sur l'enfance ; il semble qu'ils trouvaient quelque chose de trop naïf dans le langage du berceau. 11 n'y a que le Dieu de l'Evangile qui ait osé nommer sans rougir les petits enfants* (parvuli), et qui les ait offerts en exemple aux hommes :

« Et accipiens puerum, statuit eum in medio eorum : quem cum complexus esset, ait Mis :

« Quisquis unum ex hujusmodi pueris receperit in nomme meo me recipit ».

Et ayant pris un petit enfant, il l'assit au milieu d'eux, et l'ayant embrassé, il leur dit :

« Quiconque reçoit en mon nom un petit enfant me reçoit2 ».

Lorsque la veuve d'Hector dit à Céphise, dans Racine :

Qu'il ait de ses aïeux un souvenir modeste:

Il est du sang d'Hector, mais il en est le reste :

qui ne reconnaît la chrétienne ? C'est le deposuit potentes de se de. L'antiquité ne parle pas de la sorte, car elle n'imite

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