‹ Le génie du christianisme (volume 3)Chapitre 169 sur 307 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

Ce premier pas fait, ils virent encore qu'il fallait choisir; ensuite que la chose choisie était susceptible d'une fonce plus belle, ou d'un plus bel effet dans telle ou telle position.

Toujours cachant et choisissant, retranchant ou ajoulan' . ils se trouvèrent peu à peu dans des formes qui n'éliaient plus naturelles, mais qui étaient plus parfaites que la nature : les artistes appelèrent ces formes le beau idéal.

On peut donc définir le beau idéal l'art de choisir et de cacher.

Cette définition s'applique également au beau idéal moral et au beau idéal physique. Celui-ci se forme en cachant avec adresse la partie infirme des objets ; l'autre, en dérobant à la vue certains côtés faibles de l'âme : Y âme a ses besoins honteux et ses bassesses comme le corps.

Et nous ne pouvons nous empêcher de remarquer qu'il n'y a que l'homme qui soit susceptible d'être représenté plus parfait que nature et comme approchant de la Divinité.

On ne s'avise pas de peindre le beau idéal d'un cheval, d'un aigle, d'un lion. Ceci nous fait entrevoir une preuve merveilleuse de la grandeur de nos fins et de l'immortalité de notre âme.

La société où la morale parvint le plus tôt à son développement dut atteindre le plus vite au beau idéal moral, ou, ce qui revient au même, au beau idéal des caractères : or, c'est ce qui distingue éminemment les sociétés formées dans la religion chrétienne. Il est étrange, et cependant rigoureusement vrai que, tandis que nos pères étaient des barbares pour tout le reste, la morale, au moyen de l'Evangile, s'était élevée chez eux à son dernier point de perfection : de sorte que l'on vit des hommes, si nous osons parler ainsi, à la fois sauvages par le corps, et civilisés par l'âme.

C'est ce qui fait la beauté des temps chevaleresques, et ce qui leur donne la supériorité tant sur les siècles héroïques que sur les siècles tout à fait modernes.

Car, si vous entreprenez de peindre les premiers âge- <k la Grèce, autant la simplicité des mœurs vous oiïrir choses agréables, autant la barbarie des caractères vous choquera : le polythéisme ne fournit rien pour corriger la nature sauvage et l'insuffisance des vertus primitives.

Si au contraire vou6 chantez l'âge moderne, vous obligé de bannir la vérité de votre ouvrage, et de vous jH«'i à la fois dans le beau idéal moral et dans le beau idéal physique. Trop loin de la nature et de la religion sous tous ma rapports, on ne peut représenter fidèlement l'intérieur de nos ménages, et moins encore le fond de nos cœurs.

La chevalerie seule oflïe le beau mélange de lu vérité el de la/i^w*.

D'une part, vous pouvez offrir le tableau des mœurs dans toute sa naïveté : un vieux château, un large foyer, des tournois, des joutes, des chasses, le son du cor, le bruit des armes, n'ont rien qui heurte le goût, rien qu'on doive ou choisir ou cacher.

Et, d'un autre côté, le poète chrétien, plus heureux qu'Homère, n'est point forcé de ternir sa peinture en y plaçant l'homme barbare ou l'homme naturel; le christianisme lui donne le parfait héros.

Ainsi, tandis que le Tasse est dans la nature relativement aux objets physiques, il est au-dessus de cette nature par rapport aux objets moraux.

Or, le vrai et Y idéal sont les deux sources de l'intérêt poétique : le touchant et le merveilleux.

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