SUITE DU GUERRIER
Montrons à présent que ces vertus du chevalier qui élèvent son caractère jusqu'au beau idéal sont des vertus véritablement chrétiennes.
Si elles n'étaient que de simples vertus morales imaginées par le poète, elles seraient sans mouvement et sans ressort. On en peut juger par Enée, dont Virgile a fait un héros philosophe.
Les vertus purement morales sont froides par essence : ce n'est pas quelque chose d'ajouté à l'âme, c'est quelque chose de retranché de la nature ; c'est l'absence du vice plutôt que la présence de la vertu.
Les vertus religieuses ont des ailes, elles sont passionnées. Non contentes de s'abstenir du mal, elles veulent faire le bien : elles ont l'activité de l'amour, et se tiennent dans une région supérieure et un peu exagérée. Telles étaient les vertus des chevaliers.
La foi ou la fidélité était leur première vertu ; la fidélité est pareillement la première vertu du christianisme.
Le chevalier ne mentait jamais. — Voilà le chrétien.
Le chevalier était pauvre et le plus désintéressé des hommes. — Voilà le disciple de l'Evangile.
Le chevalier s'en allait à travers le monde, secourant la veuve et l'orphelin. — Voilà la charité de Jésus-Christ.
Le chevalier était tendre et délicat. Qui lui aurait donné cette douceur, si ce n'était une religion humaine qui porte