DEUXIEME PARTIE
couvre à peine quelques traces dans ce passage, que nous traduisons mot à mot :
« Heureuse la vierge sans taches qui oublie le monde et que le monde oublie ! L'éternelle joie de son âme est de sentir que toutes ses prières sont exaucées, tous ses vœux résignés. Le travail et le repos partagent également ses jours ; son sommeil facile cède sans effort aux pleurs et aux vailles. Ses désirs sont réglés, ses goûts toujours les mêmes ; elle s'enchante par ses larmes, et ses soupirs sont pour le Ciel. La grâce répand autour d'elle ses rayons les plus sereins : des anges lui soufflent* tout bas les plus beaux songes. Pour elle, l'époux prépare l'anneau nuptial ; pour elle, de blanches vestales entonnent des chants d'hyménée : c'est pour elle que fleurit la rose d'Eden, qui ne se fane jamais, et que les séraphins répandent les parfums de leurs ailes. Elle meurt enfin au son des harpes célestes, et s'évanouit dans les vi-ions d'un jour éternel ».
Nous sommes encore à comprendre comment un poète a pu se tromper au point de substituer à cette description un lieu commun sur les langueurs monastiques. Qui ne sent combien elle est belle et dramatique, cette opposition que Pope a voulu faire entre les chagrins et l'amour d'Héloïse, et le calme et la chasteté de la vie religieuse ? Qui ne sent combien cette transition repose agréablement l'àme agitée par les passions, et quel nouveau prix elle donne ensuite aux mouvements renaissants de ces mêmes passions? Si la philosophie est bonne à quelque chose, ce n'est sûrement pas au tableau des troubles du cœur, puisqu'elle est directement inventée pour les apaiser. Héloïse, philosophant sur les faibles vertus de la religion, ne parle ni comme la vérité ni comme son siècle, ni comme la femme, ni comme l'amour : on ne voit que le poète, et, ce qui est pis encore, l'âge des sophistes et de la déclamation.
C'est ainsi que l'esprit irréligieux détruit la vérité et gâte les mouvements de la nature. Pope, qui touchait à de meilleurs temps, n'est pas tombé dans la faute de Colardeau. Il conservait la bonne tradition du siècle de Louis XIV, dont le siècle de la reine Anne ne fut qu'une espèce de prolongement ou de reflet. Revenons aux idées religieuses, si nous attachons quelque prix aux œuvres du génie : la religion est la vraie philosophie des beaux-arts,
Earce qu'elle ne sépare point, comme la sagesse humaine, i poésie de la morale et la tendresse de la vertu. Au reste, il y aurait d'autres observations intéressantes à