‹ Le génie du christianisme (volume 3)Chapitre 190 sur 307 · LA RELIGION CHRÉTIENNE CONSIDÉRÉE ELLE-MÈMF COMME PASSION · texte numérisé non relu

LA RELIGION CHRÉTIENNE CONSIDÉRÉE ELLE-MÈMF COMME PASSION

Non contente d'augmenter le jeu des passions dans le drame et dans l'épopée, la religion chrétienne est ellemême une sorte de passion qui a ses transports, ses ardeurs, ses soupirs, ses joies, ses larmes, ses amours du

monde et du désert. Nous savon- qui le -ièele appelle cela le fanatisme; nous pourrions lui répondre par ces paroles de Rousseau : « Le fanatisme, quoique sangutnaire et crtieP, «•si pourtant une passion grande et forte, qui élève le cosui de l homme, et qui lui fail mépriser la mort; qui lui donne un ressort prodigieux, et qu'il ne faut que mieux <lii iger pour en tirer les ploi Bublimes vertus; au lieu que Virréltgion, el en général l'espril raisonneur et philosophique, attache à la vie, efféminé, avilit !«■< âmes, concentre tontes h dans la bassesse de î'intérêl particulier, dans l'abjection du moi humain, el sape ainsi à petit bruit les vrais fondements de toute société: car ce que les intérêts particuliers ont de commun est si peu de chose, qu'il ne balancera jamais ce qu'ils ont d'opposé2 ».

Mais ce n'est pas encore là la question : il ne s'agit à présent que d'effets dramatiques. Or, le christianisme, considéré lui-même comme passion, fournit des trésors immenses au poète. Cette passion religieuse est d'autant plus gique, qu'elle est en contradiction avec toutes le^ auto que, pour subsister, il faut qu'elle les dévore. Comme toutes les grandes affections, elle a quelque chose de sérieux et de triste; elle nous traîne à l'ombre des cloîtres et sur les montagnes. La beauté que le chrétien adore n'est pas une beauté périssable: c'est cette éternelle beauté pour qui les disciples de Platon se hâtaient de quitter la terre. Elle ne m montre à ses amants ici-bas que voilée; elle s'enveloppe dans les replis de l'univers comme dans un manteau ; car, si un seul de ses regards tombait directement sur le cœur de l'homme, il ne pourrait le soutenir : il se fendrait de délices.

Pour arriver à la jouissance de cette beauté suprême, les chrétiens prennent une autre route que les philosophes d'Athènes : ils restent dans ce monde afin de multiplier les sacrifices et de se rendre plus dignes, par une longue purification, de l'objet de leurs désirs.

Quiconque, selon l'expression des Pères, n'eut sn corps que le moins de commerce possible, et descendit vierge au tombeau ; celui-là. délivré de ses craintes et de Bes doutes, s'envole au Lieu de vie, où il contemple à jamais ce qui est vrai, toujours le même, et au-dessus de l'opinion. Que de martyrs cette espérance de posséder Dieu n'a-t-eUe point faits ! Quelle solitude n'a point entendu les soupirs de ces rivaux qui se disputaient entre eux l'objet des adorations des Séraphins et des Amies! Ici, c'est un Antoin» jui élève un autel au désert, et qui, pendant quarante ans,

\. La philosophie l'est-elle moin; ?

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