DES SAINTS
Il est certain que les poètes n'ont pas su tirer du merveilleux chrétien tout ce qu'il peut fournir aux Muses. On se moque des saints et des anges; mais les anciens eux-mêmes rit-ils pas leurs demi-dieux? Pythagore, Platon, Soorate recommandent le culte de ces hommes qu'ils ap- | a Itéras. Honore les héros pleins de bonté et de lumière,
dit le premier dans ses Vers dorés. Et, pour qu'on ne se méprenne pas à ce nom de héros, Hiéroclès l'interprète exactement comme le christianisme explique le nom de saint. « Ces héros pleins de bonté et de lumière peu-'-;!! toujours à leur Créateur, et sont tout éclatants de la lumière qui rejaillit de la félicité dont ils jouissent en lui ... —Et plus loin, « héros vient d'un mot grec qui signifie amour.
pour marquer que, pleins d'amour pour Dieu, les héros ne cherchent qu'à nous aidera passer de cette rie terrestre à une rie divine, et à devenir citoyens du ciel1 ». Les Pères de l'Eglise appellent à leur tour les saints des héros : c'est ainsi qu'ils disent que le baptême est le sacerdoce des laïques, et qu'il fait de tous les chrétiens des rois et des praires de Dieu*.
Et sans doute ce sont des héros, ces martyrs qui, domptant les passions de leur cœur et bravant la méchanceté des hommes, ont mérité par ces travaux de monter au rang des puissances célestes. Sous le polythéisme, des sophistes on! paru quelquefois plus moraux que la religion de leur patrie ; mais parmi nous jamais un philosophe, si sage qu il ait été, n'a pu s'élever au-dessus de la morale chrétienne. Tandis que Socrate honorait la mémoire des justes, le paganisme offrait à la vénération des peuples des brigands dont la force corporelle était la seule vertu, et qui s'étaient souillés de tous les crimes. Si quelquefois on accordait l'apothéose aux bons rois, Tibère et Néron avaient aussi leurs prêtres et leurs temples. Sacrés mortels, que l'Eglise de Jésus-Christ nous commande d'honorer, vous n'étiez ni des forts, ni des puissants entre les hommes! Nés souvent dans la cabane du pauvre, vous n'avez étalé aux yeux du monde que d'humbles jours et d'obscurs malheurs! N'entendra-t-on jamais que des blasphèmes contre une religion qui, déifiant l'indigence, l'infortune, la simplicité et la vertu, a fait tomber à leurs pieds la richesse, le bonheur, la grandeur et le vice?
Et qu'ont donc de si odieux à la poésie ces solitaires de la Thébaïde, avec leur bâton blanc et leur habit de feuilles de palmier? Les oiseaux du ciel les nourrissent3, les lions portent leurs messages* ou creusent leurs tombeaux5; en commerce familier avec les anges, ils remplissent de rniraclés les déserts où fut Memphis6 Horeb et Sinaï, le Carm-l et le Liban, le torrent de Cédron et la vallée de Josaphat, redisent encore la gloire de l'habitant de la cellule et de l'anachorète du rocher. Les Muses aiment à rêver dans ces monastères remplis des ombres d'Antoine, de Pacorac, de Benoit, de Basile. Les premiers apôtres prêchant l'Evangile aux premiers fidèles dans les catacombes ou sous le dattier
!. HiEnocL., Comm. in Pyth.; trad. de Dac, tome n, p. 29. i. BflEBON., Dial. c. Lucif., t. H, p. 136.