‹ Le génie du christianisme (volume 3)Chapitre 209 sur 307 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

des ténèbres. Le poète, pouvant en outre attacher un ange du mal à chaque vice, dispose ainsi d'un essaim de divinités infernales. Il a même alors la rentable allégorie, sans avoir la sécheresse qui l'accompagne, ces esprits pervers étant en effet des êtres réels, et tels que la religion nous permet de les croire.

Mais si les démons se multiplient autant que les crimes des hommes, ils peuvent aussi présider aux accidents terribles de la nature ; tout ce qu'il y a de coupable et d'irrégulier dans le monde moral et dans le monde physique est également de leur ressort. Il faudra seulement prendre garde, en les mêlant aux tremblements de terre, aux volcans ou aux ombres d'une forêt, de donner à ces scènes un caractère majestueux. Il faut qu'avec un goût exquis le poète sache faire distinguer le tonnerre du Très-Haut du vain bruit que fait éclater un esprit perfide ; que le foudre ne s'allume que dans la main de Dieu ; qu'il ne brille jamais dans une tempête excitée par l'enfer; que celle-ci soit toujours sombre et sinistre; que les nuages n'en soient point rougis par la colère, et poussés par le veut de la justice, mais que leurs teintes soient blafardes et livides, comme celles du désespoir, et qu'ils ne se meuvent qu'au souffle impur de la haine. On doit sentir dans ces orages une puissance forte seulement pour détruire ; on y doit trouver cette incohérence, ce désordre, cette sort»- d'énergie du mal, qui a quelque chose de disproportionné et de Mlesque, comme le chaos dont elle tire son origine.

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