DEUXIEME PARTIE 2Î
nie, un désespoir infini ? L'enfer est partout où je suis, moimême je suis l'enfer... 0 Dieu, ralentis tes coups ! N'est-il aucune voie laissée au repentir, aucune à la miséricorde,
l'obéissance ? L'obéissance ! L'orgueil me défend ce mot. Quelle honte pour moi devant les esprits de l'abîme!
tait pas par des promesses de soumission que je les s duisis, lorsque j'osais me vanter de subjuguer le Tout-Puissant. An ! tandis qu'ils m'adorent sur le trône des enfers, ils savent peu combien je paie cher ces paroles superbes, combien je gémis intérieurement sous le fardeau de mes douleurs!... Mais si je me repentais, si, par un acte de. la grâce divine, je remontais à ma première place?... Un rang
rappellerait bientôt des pensées ambitieuses; les serments d'une feinte soumission seraient bientôt démentis !
an le sait; il est aussi loin de m'accorder la paix que
is loin de demander grâce. Adieu donc, espérance, et
. adieu, crainte et remords; tout est perdu pour
moi. Mal, sois mon unique bien! Par toi du moins avec le
Lu ciel je partagerai l'empire : peut-être même régne-
rai-je sur plus d'une moitié de l'univers, comme l'homme
et ce monde nouveau l'apprendront en peu de temps1 ».
Quelle que soit notre admiration pour Homère, nous gommes obligé de convenir qu'il n'a rien de comparable à ce passage de Milton. Lorsque, avec la grandeur du sujet, la beauté de la poésie, l'élévation naturelle des personnages, on montre une connaissance aussi profonde des passions, il ne faut rien demander de plus au génie. Satan se repentant à la vue de la lumière qu'il hait, parce qu'elle lui 'le combien il fut élevé au-dessus d'elle, souhaitant ensuite d'avoir été créé dans un rang inférieur, puis s'endurcissant dans le crime par orgueil, par honte, par méfiance même de son caractère ambitieux ; entin, pour tout fruit de ses réflexions, et comme pour expier un moment de remords, se chargeant de l'empire du mal pendant toute tèrnité : voilà, certes, si nous ne nous trompons, une nceptions les plus sublimes et les plus pathétiques qui soient jamais sorties du cerveau d'un poète.
Nous sommes frappé dans ce moment d'une idée que nous ne pouvons taire. Quiconque a quelque critique et un sens pour l'histoire pourra reconnaître que Milton a l il entrer dans le caractère de son Satan les perversités de ruines qui, vers le commencement du dix-septième siècle, couvrirent l'Angleterre de deuil : on y sent la même obstination, le même enthousiasme, le même orgueil, le même esprit de rébellion et d'indépendance ; on retrouve