LE PARADIS
Le trait qui distingue essentiellement le Paradis de l'Elysée, c'est que dans le premier les âmes saintes habitent le ciel avec Dieu et les Anges, et que dans le dernier les ombres heureuses sont séparées de l'Olympe. Le système philosophique de Platon et de Pythagore qui divise 1 ame en deux essences, le char subtil qui s'envole au-dessous de la lune, et V esprit qui remonte vers la Divinité; ce système,
disons-nous, n'est pas de noire compétence, et nous ne parlons que de la théologie poétique.
Nous avons l'.ui voir, dans plusieurs endroits de cet ouvrage, la différence qui existe entre la félicité dt celle 'les raànes de FElysée. Autre est <le danser et d
-tins, autre de connaître la nature des choses, de lire dans l'avenir, de voir les révolutions des globes, enfin d'être connue associé à l'omniscience, sinon à la toute-<ptti8&ance de Dieu. 11 est pourtant extraordinaire qu'arec tant d
les poètes chrétiens aient échoué dans la peinture du ciel. Les uns ont péché par timidité, comme le Tasse et Milton; les autres par fatigue, comme le Dante; par philosophie, comme Voltaire; ou par abondance, comme Klopstock1. 11 y a donc un écueil caché dans ce sujet; voici quelles sont nos conjectures à cet égard.
11 est de la nature de l'homme de ne sympathiser qu'avec ]t>< choses qui ont des rapports avec lui, et qui le saisissent par un certain côté, tel, par exemple, que le malheur. Le ci<l, où règne une félicité sans bornes, est trop au-dessus de la condition humaine pour que l'àme soit fort touchée du lionheurdes élus: on ne s'intéresse guère «à des êtres parfaitement heureux. C'est pourquoi les poètes ont mi< ux réussi dans la description des enfers; du moins L'humanité est ici, et les tourments des coupables nous rappellent les chagrins de notre vie; nous nous attendrissons sur les infortunes des autres, comme les esclaves d'Achille, qui, en répandant beaucoup de larmes sur la mort de Patrocle, pleuraient secrètement leurs propres malheurs.
Pour éviter la froideur qui résulte de l'éternelle et toujours semblable félicité des justes, on pourrait essayer d'établir dans le ciel une espérance, une attente quelconque de plus de bonheur, ou d'une époque inconnue dans la révolution des êtres; on pourrait rappeler davantage les chosi maines, soit en en tirant des comparaisons, soit en donnant des affections et même des passions aux élus : l'Ecriture nous parle des espérances et des saintes tristesses du Pourquoi donc n'y aurait-il pas dans le paradis des pleurs tels que les saints peuvent en répandre *? Par ces divers moyens on ferait naître des harmonies entre notre nature bornée et une constitution plus sublime, entre nos fins rapides et les choses éternelles: nous serions moins portés à regar-
1. C'est une chose assez bizarre <|ue Chapelain, qui a o chœurs de martyrs, de vierges et d'apôtres ait seul placé le paradis chrétien dans son véritable jour.
1. Hilton a saisi cette idée, lors'ju'il représente les anges oonsffr* B li nouvelle de la cbot€ île l'hoinm*>: el Kenelon donne le
même mouvement de piUé aux ombres heureuses.