‹ Le génie du christianisme (volume 3)Chapitre 232 sur 307 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

der comme une fiction un bonheur qui, semblable au nôtre, serait mêlé de changement et de larmes.

D'après ces considérations sur l'usage du merveilleux chrétien dans la poésie, on peut du moins douter que le merveilleux du paganisme ait sur le premier un avantage aussi grand qu'on l'a généralement supposé. On oppo< jours 3Jilton, avec ses défauts, à Homère avec ses beautés: mais supposons que le chantre d'Eden fut né en France sous le siècle de Louis XIV, et qu'à la grandeur naturelle de son génie il eut joint le goût de Racine et de Buileau; nous demandons quel fût devenu alors le Paradis perdu, et si le merveilleux de ce poème n'eût pas égalé celui deY Iliade et de Y Odyssée? Si nous jugions la mythologie d'après la Pharsale, ou même d'après YEnéide, en aurions-nou^ la brillante idée que nous en a laissée le père des Grâces, l'inventeur de la ceinture de Vénus? Quand nous aurons sur un sujet chrétien un ouvrage aussi parfait dans son genre que les ouvrages d'Homère, nous pourrons nous décider en faveur du merveilleux de la fable, ou du merveilleux de notre religion ; jusqu'alors il sera permis de douter de la vérité de ce précepte de Boileau :

De la foi d'un chrétien les mystères terribles D ornements égayés ne sont point susceptibles.

Art poét., ch. m.

Au reste nous pouvions nous dispenser de faire lutter le christianisme avec la mythologie sous le seul rapport du merveilleux. Nous ne sommes "entré dans cette étude que par surabondance de moyens, et pour montrer les ressources de notre cause. Nous pouvions trancher la question d'une manière simple et péremptoire : car, fùt-il certain, comme il est douteux, que le christianisme ne pût fournir un merveilleux aussi riche que celui de la fable, encore est-il vrai qu'il a une certaine poésie de l'âme, une sorte d'imagination du cœur, dont on ne trouve aucune trace dans la mythologie. Or les beautés touchantes qui émanent de cette source feraient seules une ample compensation pour les ingénieux mensonges de l'antiquité.

Tout est machine et ressort, tout est extérieur, tout est fait pour les yeux dans les tableaux du paganisme; tout est sentiment et pensée, tout est intérieur, tout est créé pour l'âme dans les peintures de la religion chrétienne. Quel charme de méditation! quelle profondeur de rêverie! Il y a plus d'enchantement dans une de ces larmes que le christianisme fait répandre au fidèle que dans toutes les riantes erreurs de la mythologie. Avec une Notre-Dame des Douleurs, une Mère de Pitié, quelque saint obscur, patron de

l'aveugle et de l'orphelin, un auteur petit écrire un<

plus attendrissante qu'avec toiii tes dieux du Panthéon.

C'est bien là aussi de la poétiei c'est bien là du mm r, II, us ! Mais voulez-vous du merveilleux plus sublime, contemplez la vie et les douleurs du Christ, et souvenez-vous que rotre Dieu s'est appelé le Fils de l'homme! Nous osons le prédirs : un temps viendra que l'on sera «-tonné d'avoir pu méconnaître les beautés qui existent dans les seuls noms, dans les seules expressions du christianisme; l'on aura de la peine à comprendre comraenl on a pu se moquer de cette religion de la raison et du malheur.

Ici finissent les relations directes du christianisme i Muscs, puisque nous avons achevé de l'envisager poétiquement dans ses rapports avec les hommes, et dans 6cs rapports avec les êtres surnaturels. Nous couronnerons ce que DOlifl avons dit sur ce sujet par une vue générale de l'Ecriture : c'est la source où Milton, le Dante, le Tasse et Racin- uni puisé une partie de leurs merveilles, comme les poètes de l'antiquité ont emprunté leurs grands traits d'Homère.

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