‹ Le génie du christianisme (volume 3)Chapitre 264 sur 307 · ASTRONOMIE ET MATHÉMATIQUE · texte numérisé non relu

ASTRONOMIE ET MATHÉMATIQUE

Considérons maintenant les effets du christianisme dans la littérature en général. On peut la classer sous ces trois chefs principaux ; philosophie, histoire, éloquence.

Par philosophie, nous entendons ici l'étude de toutes espèces de sciences.

On verra qu'en défendant la religion nous n'attaquons point la sagesse : nous sommes loin de confondre la morgue sophistique avec les saines connaissances de l'esprit et du cœur. La vraie philosophie est l'innocence de la vieillesdes peuples, lorsqu'ils ont cessé d'avoir des vertus par instinct, et qu'ils n'en ont plus que par raison : cette sec innocence est moins sûre que la première ; mais, lorsqu'on y peut atteindre, elle est plus sublime.

De quelque côté qu'on envisage le culte évangélique, on voit qu'il agrandit la pensée et qu'il est propre à l'expansion des sentiments. Dans les sciences, ses dogmes ne s'opposent à aucune vérité naturelle ; sa doctrine ne défend aucune étude. Chez les anciens, un philosophe rencontrait toujours quelque divinité sur sa route ; il était, sous peine de mort ou d'exil, condamné par les prêtres d'Apollon ou de Jupiter, à être absurde toute sa vie. Mais comme le Dieu .) rétiens ne s'est pas logé à l'étroit dans un soleil, il a livré les astres aux vaines recherches des savants ; il a jeté le monde devant eux, comme une pâture pour leurs dispute*1. !.•■ physicien peut peser Pair dans son tube, -ans craindre d'offenser Junon. Ce n'est pas des éléments de notre corps, mai- des vertus de notre âme, que le souverain Juge nous demandera compte un jour.

Nous garons qu'on ne manquera pas de rappeler quelques bulles du Saint-Siège, ou quelques décrets de la Sor-

i. Ecclésiaste, m, v. 11.

bonne, qui condamnent telle ou telle découverte philosophique; mais aussi combien ne pourrait-on pas citer a'arrêts de la cour de Rome en faveur de ces mêmes d vertes ? Qu'est-ce donc à dire, sinon que les prêtres, oui sont hommes comme nous, se sont montrés plus ou moins éclairés, selon le cours naturel des siècles ? Il suffit que le christianisme lui-même ne prononce rien contre les sciences, pour que nous soyons fondés à soutenir notre première assertion.

Au reste remarquons bien que l'Eglise a presque toujours protégé les arts, quoiqu'elle ail décour les études abstraites : en cela elle a montré sa Bagesse accoutumée. Les hommes ont beau se tourmenter, ils n'entendront jamais rien à la nature, parce que ce ne sont pas eux qui ont dit à la mer : Vous viendrez jusque-là, vous ne passerez pas plus loin, et vous briserez ici l'orgueil de vos flots1. Les systèmes succéderont éternellement aux systèmi s, et la vérité restera toujours inconnue. Que ne plaît-il un jour à la nature, s'écrie Montaigne, de nous ouvrir son sein ? 0 Dieu! quels abus, quels mécomptes nous trouverions en notre pauvre science - !

Les anciens législateurs, d'accord sur ce point comme sur beaucoup d'autres avec les principes de la religion chrétienne, s'opposaient aux philosophes3, et comblaient d'honneurs les artistes4. Ces prétendues persécutions du christianisme contre les sciences doivent donc être aussi reprochées aux anciens, àqui toutefois nous reconnaissons tant de sagesse. L'an de Rome 591, le sénat rendit un d pour bannir les philosophes de la ville; et six ans après, Gaton se hâta de faire renvoyer Carnéade, ambassadeur des Athéniens, « de peur, disait-il, que la jeunesse, en prenant du goût pour les subtilités des Grecs, ne perdît la simplicité des mœurs antiques ». Si le système de Copernic fut méconnu de la cour de Rome, n'éprouva-t-il pas un | sort chez les Grecs ? « Arislarchus, dit Plularque, cm que les Grecs dévoient mettre en justice Cléanthe le Samien, et le condamner de blasphesme encontre les Dieux, comme remuant le foyer du monde; d'autant que cest homme taschant à sauver les apparences supposait que le ciel demouroit immobile et que cestoit la terre qui se mou-

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