‹ Le génie du christianisme (volume 3)Chapitre 278 sur 307 · SUITE DES MORALISTES · texte numérisé non relu

SUITE DES MORALISTES

un homme qui, .;> doui

. avait

fait le plus savant traité dos coniques qu'on eût vu depuis l'antiquité; qui, à dix-neuf, réduisit en machine une science qui existe toui entière dans l'entendement; qui, à vingt-trois ans, démontra les phénomènes de le pesanteur de Tan-, et détruisit une des grandes erreurs de rancienni physique : qui, à cet âge où les autres hommes commencent à peine de naître, ayant achevé de parcourir le cercle des sciences humaines, s'aperçut de leur néant, et tourna ses pensées vers la religion ; qui, depuis ce moment jusqu'à sa moit, arrivée dans sa treme-neiivièint année, toujours infirme et souffrant, fixa la langue que parlèrent Bossuet et Racine, donna le modèle de la plus parfaite plaisanterie comme du raisonmment le plus fort ; enfin qui, dans les courts intervalles de ses maux, résolut par abstraction un des plus hauts problèmes de géométrie, et jeta sur le papier des pensées qui tiennent autant du Dieu que de l'homme : cet effrayant génie se nommait Biaise Pascal.

Il est difficile de nî pas rester confondu d'élonnemcnt, lorsqu'on ouvrant les Pensées du philosophe chrétien, on tombe sur les six chapitres où il traite «le la nature de l'homme. Les sentiments de Pascal sont remarquables surtout par la profondeur de leur tristesse et par je ne sais quelle immensité : on est suspendu au milieu de ces sentiments comme dans l'infini. Les métaphysiciens parlent de cette pensée abstraite qui n'a aucune propriété de la matière, qui touche à tout sans se déplacer, qui vit d'ellemême, qui ne peut périr parce qu'elle est invisible, et qui prouve péremptoirement l'immortalité de l'àme : cette définition de la pensée semble avoir été suggérée aux métaphysiciens par les écrits de Pascal.

11 y a un monument curieux de la philosophie chrétienne et de la philosophie du jour : ce sont les Pensées de 1' commentées par les éditeurs1. On croit voir les ruines de Palmyre, restes superbes du génie et du temps, au pied desquelles l'Arabe du désert a bâti sa misérable hutte.

Voltaire a dit : « Pascal, fou sublime né un siècle trop tôt ».

On entend ce que signifie ce siècle trop tôt. Une seule observation suffira pour faire voir combien Pascal sophiste eut été inférieur à Pascal chrétien.

Dans quelle partie de ses écrits le solitaire de Port- Royal s'est-il élevé au-dessus des plus grands génies ? Dans ses six chapitres sur l'homme. Or, ces six chapitres qui roulent entièrement sur la chute originelle, n'existeraient pas si Pascal eût été incrédule.

L Voyez la note Aa, à la tin du volume.

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