‹ Le génie du christianisme (volume 3)Chapitre 289 sur 307 · D'OU VIENT LA PENSÉE DE LHOM.ME, SX QOHU EST LA RATUM DE CETTE PENSÉE · texte numérisé non relu

D'OU VIENT LA PENSÉE DE LHOM.ME, SX QOHU EST LA RATUM DE CETTE PENSÉE

Elle ne peut être que matière, mouvement ou repos, la chose même, ou les deux accidents de cette chose, puisqu'il n'v a dans 1 univers que matière, mouvement et repoe.

Que U pensée n'est pas matérielle, cela parle de soi.

Q'esl pas le repoe de la matière, » la est encore prouvé, puisqu'au contraire \& pensée est un m.

h*, pensée est donc un mouvement, le le mouvement

•"'/. ou l effet du mouvement matériel t

Examinons.

Si la pensée est Veffèi du mouvement ou le mouvement lui-même, elle doit ressembler à cet effet de mouvement, ou à ce 1. 1 Or,

Le mouvement rompt, désunit, déplace; la pensée ne fait rien ie tout cela :

Elle touche les corps, sans les séparer, sans les mouvoir.

Le mouvement lui-même est aussi un déplacement. Un corps qui se meut change de disposition, s'arrange d'une autre manière, occupe une autre place, acquiert d'autres proportions : l&pensée nu t'ait rien de tout ci la :

Elle se meut sans cesser d'être en repos et sans quitter son : elle n'a ni dimension, ni localité, ni forme.

Le mouvement a sa mesure et ses degrés : la pensée, au contraire est indivisible 11 n'y a point de moitié, de quart, de fraction de pensée : une pensée est une.

Le mouvement de la matière a des bornes qui l'empêchent de s'étendre au delà de certains espaces :

La pensée n'a d'autres champs que l'infini. Or, comment concevoir qu'un atome, parti de mon cerveau avec la rapidité de la pensée, atteigne au même instant le ciel et l'enfer, et pourtant sans quitter mon cerveau 1 car, s'il en était ainsi, ma pensée subsisterait hors de moi, et ne serait plus moi. Qui aurai! donné à cet atome cette force immense de mouvement, incomparablement plus grande que celle qui entraine tous les corps célestes? Comment un si chétif insecte que l'homme aurait-il une pareille puissance physique?

Le mouvement ne peut agir qu'au présent.

Le passé et l'avenir sont également du ressort de la pensée. L'espérance, par exemple, ne peut être qu'un mouvement futur; et comment urf mouvement futur matériel existe-t-il au présent)

La pensée ne peut donc être le mouvement matériel. En estelle X effet f

La pensée ne peut être Yeffet du mouvement, parce qu'un effet ne peut être plus noble que sa cause, une conséquence plus puissante qu'un principe. Or, que la pensée soit plus noble et plus forte que ce mouvement, qui ne le voit du premier coup d'œil, puisque la pensée connaît ce mouvement et que ce mouvement ne la connaît pas, puisque la pensée parcourt, dans la plus petite fraction de temps, des espaces que ce mouvement ne pourrait franchir que dans des milliers de sièci

Que si l'on dit à présent que la pensée n'est ni un mouvement, ni un effet de mouvement intérieur dans mon cerveau, mais un ébranlement produit par un mouvement extérieur, c'est seulement retourner les termes de la proposition. Car il est encore peut-être plusabsurde d'imaginer que tel atonie, émané delà lumière d'une étoile, descende dans la vitesse de \&pcnsée pour choquer telle partie de mon cerveau, tandis que d'autres millions de mouvements viennent en même temps l'assaillir de tous rôtés. Par la seule loi de la pesanteur, un atome tombé du soleil sur ma tête me réduirait en poussière. Objecter que la gravité n'existe plus pour les parties extrêmement ténues de la matière, ce serait se moquer des gens, en voulant appliquer ce principe physique à la théorie de la pensée. Examinez donc un p< u ce qui arriverait dans votre entendement ton vous

pensez, si votre pensée était le mouvement matériel, ou un <*ffet

mouvement. One petite portion de votre cervelli se :he, et s'en va roulant de tel côté, ce qui vous donne telle idée.

Cet atome est long ou rond, large ou étroit, mince ou épais; et vous voilà, en conséquence de cettr figure du hasard, obligé d'être triste ou gai, insensé ou sage. Mais comme l'homme pense à mille choses à la fois, quel chaos, quel dérangement dans sa tête ! Une penser sublime, sous la forme d'un embryon blanc ou bleu, en traversant votre entendement, rencontre une autre pensée rouge qui l'arrête. D'autres idées surviennent, se heurtent, etc.

Ce n'est pas là toute la difficulté ; car, si le mouvement est la pensée, le mouvement est un principe pensant. Or, dans ce cas. le flot qui roule, le pied qui marche, la pierre qui tombe, pensent. Vous dites que je pense en raison d'un ébranlement produit dans une certaine partie de mon cerveau : d'accord; mais celte partie de mon cerveau qui s'ébranle n'est pas d'une autre nature que les éléments de l'univers. C'est de l'eau, de la terre, de l'air ou du feu; ou, si vous aimez mieux parler comme la physique du jour, c'est de l'oxygène, de l'hydrogène, etc. Amalgamez ces principes tout comme il vous plaira, ils resteront toujours tels par leur essence. Or, de leur mélange tel quel, comment ferez-vous naître la pensée, si le principe de cette pensée n'est pas renfermé dans les éléments qui la composent ? Vous ne voulez pas déraisonner et dire qu'un composé a des effets qui ne sont pas dans des simples, et qu'un accident peut être provenu sans cause ? Vous serez donc réduit à vous jeter dans une autre absurdité, et à dire que les éléments de la matière pensent en certains cas. Comment se fait-il alors que ces éléments, qui se trouvent combinés de tant de manières, ne répètent pas quelquefois hors de l'homme l'effet de la pensée ?

Disons donc, car on ne le peut nier sans folie, que la pensée n'est ni la matière ni le mouvement. Si l'on veut absolument que le mouvement fasse une des conditions de la pensée, du moins est-il certain que cette pensée n'est pas le mouvement lui-même, mais quelque chose qui se joint ou s'applique au mouvement, puisqu'il est indubitable qu'il y a des mouvements qui ne pensent pas.

Venons à la grande conclusion.

Si la pensée est différente (comme elle l'est) de la matière et du mouvement matériel, qu'est-elle, et d'où vient-elle ?

Comme elle n'existait pas chez moi avant que je fusse créé, elle a donc été produite.

Si elle a été produite, elle l'a été nécessairement par quelque chose hors de la matière, puisque nous avons reconnu que la matière n'a pas le principe pensant.

Cette chose, placée hors de la matière qui a produit ma pensée, ne peut être qu'une chose encore plus excellente que ma pensée,

Quoique la pensée de l'homme soit ce qu'il y a de plus beau ans l'univers : un principe est plus puissant que son effet. Ma pensée étant indivisible est immortelle, par l'axiome reçu de tous les philosophes, qu'une chose ne se dissout que par la divisibilité de ses parties.

Or, la cause qui a produit ma pensée est donc indivisible comme elle; elle est donc immortelle comme elle.

Mais comme cette cause était avant ma pensée, cette cause a. «lle-meme été produite, ou elle est de toute éternité.

Si elle a été produite, où est son principe ? Si vous me montrez ce principe, quel est le principe de ce principe- ?

Ainsi, vous élevant sans fin, vous arrivez au premier anneau ; Dieu montre sa face au fond des ombres de l'éternité : notre âme est la chaîne immortelle qu'il nous a tendue pour remonter jusqu'à lui.

' ainsi que la pensée de l'homme prouve irrévocablement née de la divinité, de même qu'à son tour l'existence de cette divinité démontre l'existence de l'immortalité de l'âme, puisque Dieu ne peut être, s'il est injuste, et que l'homme, jeté sur la terre pour couler des jours infortunés et mourir, n'annoncerait que le caprice d'un affreux tyran. Ceci doit nous donner la plus haute opinion de notre nature: car -ce qu'un être dont Dieu est la preuve, et qui est à son tour la preuve de Dieu? L'Ecriture a-t-elle parlé trop magnifiquement de cet être-là ? « Quand l'univers écraserait l'homme, dit Pascal, l'homme serait encore plus grand que l'univers; car il sentirait que l'univers l'écrase, et l'univers ne le sentirait pas ».

Il faut donc admettre que, s'il y a un Dieu, ses perfections prouvent que l'homme a une âme immortelle, et vice versa conclure, de l'excellence de l'âme humaine et des malheurs de ce monde, que Dieu existe de nécessité.

Quelques autres preuves de l'immortalité de l'âme.

La science est éternelle; donc le siège de la science, l'aine, doit être immortel.

La raison et l'âme ne sont qu'un; or la raison est immuable et éternelle.

La matière ne peut cesser d'être, sans un acte immédiat de la de Dieu : elle demeure toujours, rien ne se crée, rien antit ; or, la vie étant l'essence de l'âme, l'âme n en être prn L'âme n'est point l'arrangement des parties du corps, puisque

f)lus on la dégage des sens, plus on a de facilité à comprendre es choses1 Le concevant se présente toujours avant le ce Nous éprouvons d'abord qu'il existe des idées; nous comprenons un objet sans le voir, nos sens nous en assurent ensuite. Ce sont les idées abstraites qui font les abstractions des choses. Le mouvement, par exemple, ne serait pas le mouvement la comparaison que l'esprit fait du présent au passé. 1. ses opérations se montrent donc toujours les premières, et les corps ne viennent qu'ensuite. Ce fait, (Tune vérité rigoureuse, est contraire au rapport des sens, qui ne voient que la m ou qui passent de celles-ci à l'esprit, au lieu île descendre de ['esprit au corps. Or, si l'âme se retrouve partout séparée de la je, elle a donc une existence réelle*; donc, etc., etc.

preuve de l'existence de l'âme, et conséquemmenl de son immortalité, nous allons faire naître cette autre preuve : tonde métaphysique n'existe point dans In nature matière* nombres, comme la pensée les considère, sont hors de la

• T AUGUSTIN, de Immort. Ai'itn.

'iclon de Mos.

nature où il ne peut y avoir que des unités. Cet incompréhensible mystère des appositions de chiffres, qui fournissent des

3uantités abstraites, croissant ou diminuant dans des rapports on nés, ce mystère, disons-nous, n'esl poinl dans l'ordre physique Or donc, le monde métaphysique étant placé hors de la matière, ce monde doit être ou un univers intellectuel existant à part ou seulement une modification de l'àme. Dans les deux cas, l'immortalité de l'âme est prouvée, car l'homme purement matériel ne pourrait concevoir hors de la matière un monde métaphysique et éternel, ni encore moins avoir au dedans de lui quelque chose qui renfermât un monde de pensées abstraites et de vérités éternelles.

« Par l'esprit humain, dit Gicéron1, tel qu'il est, nous devons juger qu'il y a quelque autre intelligence supérieure et divine. Car d'où viendrait à l'homme, difl> Socrate dans Xénnphon, Ventendement dont il est doué? On voit que c'est à un peu de terre, d'eau, de feu et d'air que nous devons les parties solides de notre corps, la chaleur et l'humidité qui y sont répandues, le souffle même qui nous anime. Mais, ce qui est bien au-dessus de tout cela, j'entends la raison, et, pour le dire en plusieurs termes, l 'esprit, le jugement, la pensée, la prudence, ou lavons-nous prise?

« On ne peut absolument trouver sur la terre* l'origine des âmes : car il n'y a rien dans les âmes qui soit mixte et composé; rien qui paraisse venir de la terre, de l'eau, de l'air, ou du feu. Tous ces éléments n'ont rien qui fasse la mémoire, l'intelligence, la réflexion; qui puisse rappeler le passé, prévoir l'avenir, embrasser le présent. Jamais on ne trouvera d'où l'homme reçoit ces divines qualités, à moins que de remonter à un Dieu. Par conséquent, l'âme est d'une nature singulière, qui n'a rien de commun avec les éléments que nous connaissons. Quelle que soit donc la nature d'un être qui a sentiment, intelligence, volonté, principe de vie, cet être-là est céleste, il est divin, et dès là immortel.

« Je comprends bien, ce me semble1, de quoi et comment ont été produits le sang, la bile, la pituite, les os, les nerfs, les veines, et généralement tout notre corps, tel qu'il est. L'àme elle-même, si ce n'était autre chose dans nous que le principe de la vie, me paraîtrait un efîet purement naturel, comme ce qui fait vivre à leur manière la vigne et l'arbre. Et si l'âme humaine n'avait en partage que l'instinct de se porter à ce qui lui convient. <•: de fuir ce qui ne lui convient pas, elle n'aurait rien de plus que les bêtes ».

« Mais ses propriétés sont, premièrement, une mémoire capable de renfermer en elle-même une infinité de choses.

« Voyons ce qui fait la mémoire*, et d'où elle procède. Ce n'est certainement ni du cœur, ni du cerveau, ni du sang, ni des atomes. Je ne sais si notre âme est de feu ou d'air ; et je ne rougis point comme d'autres d'avouer que j'ignore ce qu'en effet

\. De Xat. Deor.. n 7. 6. trad. de p'Olivbt.

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