‹ Le génie du christianisme (volume 3)Chapitre 32 sur 307 · PREMIÈRE PARTIE 3C · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE 3C

votre père, César Adrien, d'illustre et glorieuse mémoire ; nous confier en la justice de notre ! ».

Justin était bien faite pour surprendre la terre. Il venait de révéler un âge d'or au milieu de la corcouvrir un peuple nouveau dans les souterrains d'un antique empire. Ces mœurs durent paraître ni plus belles qu'elles n'étaient pas, comme aux prejours du monde, en harmonie avec la nature et les t qu'elles formaient au contraire un contraste frappant avec ie reste de la société. Ce qui rend surtout la vie de ces fidèles plus intéressante que la vie de ces hommes parfaits chantés par la fable, c'est que ceux-ci sont représentés heureux, et que les autres se montrent à nous à traders les charmes du malheur. Ce n'est pas sous le feuillage des bois et au bord des fonl aines que la vertu paraît avec le plus de puissance ; il faut la voir à l'ombre des murs des prisons et parmi des flots de sang et de larmes. Combien la religion est divine, lorsqu'au fond d'un souterrain, dans le silence et la nuit des tombeaux, un pasteur que le péril environne célèbre, à la lueur d'une lampe, devant un petit troupem de fidèles, les mystères d'un Dieu persécuté !

Il était nécessaire d'établir solidement cette innocence des chrétiens primitifs, pour montrer que, si, malgré tant de pureté, on trouva des inconvénients au mariage des prêtres, il serai', tout à fait impossible de l'admettre aujourd'hui.

En effet, quand les chrétiens se multiplièrent, quand la corruption se répandit avec les hommes, comment le prêtre aurait-il pu vaquer en même temps aux soins de sa famille et de son église? Comment fùt-il demeuré chaste avec une épouse qui eût cessé de l'être ? Que si l'on objecte les pays protestants, nous dirons que dans ces pays on a été obligé d'abolir une grande partie du culte extérieur, qu'un ministre paraît à peine dans un temple deux ou trois fois par semaine, que presque toutes relations ont cessé entre le pasteur et le troupeau, et que le premier est trop souvent un homme du monde, qui donne des bals et des festins pour amuser ses enfants. Quant à quelques sectes ini affectent la simplicité évangélinue, et qui veulent une religion sans culte, nous espérons qu'on ne nous les opposera pas. Enfin, dans les pays où le mariai:»' des s est établi, la confession, la plus belle des institutions morales, a cessé et a dû cesser à l'instant. I! est natu-

\. Just., Apol., édit. Marc. fol. 1742. — Voyez la note B, à la . n du volume.

rel qu'on n'ose plus rendre maître de ses secrets l'homme qui a rendu une femme maîtresse des siens ; on craint avec raison de s.1 confier au prêtre qui a rompu son contrat de fidélité avec Dieu, et répudié le Créateur pour épouser la créature.

II ne reste plus qu'à répondre à l'objection que l'on tire de la loi général" de la population.

Or, il nous parait qu'une des premières lois naturelles qui dut s'abolir à la nouvelle alliance, fut celle qui favorisait la population au delà de certaines bornes. Antre fut lésus-Cnrist, autre Abraham : celui-ci parut dans un temps d'innocence, dans un temps où la terre manquait d'h&bi- : Jésus-Christ vint, au contraire, au milieu de la corruption des hommes, et lorsque le monde avait perdu sa solitude. La pudeur peut donc fermer aujourd'hui I des femmes ; la seconde Eve, en guérissant les maux dont la première avait été frappée, a fait descendre la virginité du ciel pour nous donner une idée de cet état de pureté et de joie qui précéda les antiques douleurs de la m

Le législateur des chrétiens naquit d'une vierge, et mourut vierge. N'a-t-il pas voulu nous enseigner par là, sous les rapport- politiques et naturels, que la terre était arrivée à son complément d'habitants, et que, loin de multiplier les générations, il faudrait désormais les restreîndi l'appui de cette opinion, on remarque que les états ne périssent jamais par le défaut, mais par le trop grand nombre d'hommes. Une population excessive est le fié empires. Les Barbares du Nord on; jlobe quand

leurs forêts ont été remplies; la Suisse était obligée de verser ses industrieux habitants aux royaumes étra comme elle leur verse ses rivières fécondes; et. sous propres yeux, au moment même où la Fran hi tant

de laboureurs, la culture n'en paraît que plus florissant . Hélas! misérables insectes que nous sommes! nant autour d'une coupe d'absinthe, où par ha tombées quelque- gouttes de miel, nous nous dévorons les uns les autres lorsque l'espace vient à manquer à not!V: multitude. Par un malheur plus grand encore, plus nous nous multiplions, plus il faut de champ à ce terrain qui diminue toujours, et de ces paaugmi ntent sans cesse, doivent résultertôt ou tard révolutions1.

\u reste, les systèmes s'évanouissent devant des faits.

■-t-elle déserte, parce qu'on y vr.it un clergé

ique qui a fait vœu de célibat? Les monastères même

:. Voyez la note C, à la fin du volume.

Page 1