PREMIÈRE PARTIE
Dans ce moment le Canadien marche quelques pas, en tirant de sa flûte des sons doux et monotones; le reptile baisse son cou nuancé, entr'ouvre, avec sa tête, les herbes fines, et se met à ramper sur les traces du musicien qui l'entraîne, s'arrêtant lorsqu'il s'arrête, et recommençant à le suivre quand il recommence à s'éloigner. Il fut ainsi conduit hors de notre camp, au milieu d'une foule de spectateurs, tant sauvages qu'européens, qui en croyaient à peine leurs yeux : à cette merveille de la mélodie, il n'y eut qu'une seule voix dans l'assemblée, pour qu'on laissât le merveilleux serpent s'échapper.
A cette sorte d'induction, tirée des mœurs du serpent, en faveur des vérités de l'Ecriture, nous en ajouterions une autre, empruntée d'un mot hébreu. N'est-il pas fo/t extraordinaire, et en même temps bien philosophique, que le nom générique de l'homme, en hébreu, signifie la fièvre ou la douleur ? Enosh, homme, vient par sa racine, du verbe anash, être dangereusement malade. Dieu n'avait point donné ce nom à notre premier père : il l'appela simplement Adam, terre rouge ou limon. Ce ne fut qu'après le péché, que la postérité d'Adam prit ce nom à' Enosh ou d'homme, qui convenait si parfaitement à ses misères, et qui rappelait d'une manière bien éloquente et lafauteet le châtiment. Peut-être, dans un mouvement d'angoisse, Adam, témoin des labeurs de son épouse, et recevant dans ses bras Gain, son premier né, l'éleva vers le ciel, en s'écriant : Enosh ! ô douleur ! Triste exclamation, par laquelle on aura, dans la suite, désigné la race humaine.