PREMIÈRE PARTIE G
Le secret de l'existence politique et morale des peuples, les
mystères les plus profonds du cœur humain sont renfermés
ians la tradition de cet arbre admirable et funeste.
Or, voici une suite très merveilleuse à cette défense delà
homme tombe, et c'est le démonde Porgu
bute. L'orgueil emprunte la voix de l'amour pour»
et c'est pour une femme qu'Adam eue Dieu : profond développement des deux premiè- : cœur, la vanité et l'amour.
têt, dans ses Elévations à Dieu, où l'on retrouv vent I auteur des Orakons funèbres, dit, en parlant du mystère du serpent, que <r les anges conversaient avec l'homme, en telle forme que Dieu permettait, et sous la figure des animaux. Eve donc ne fut point surprise d'entendre parler -nt, comme elle ne le fut pas de voir Dieu même paraître sous une forme sensible ». Bossuet ajoute : <r Pourquoi Dieu détermina-t-il l'ange superbe à paraître sous cette forme, plutôt que sous une autre? Quoiqu'il ne soi!: pas aire de le savoir, l'écriture nous l'insinue, en «lisant que le serpent était le plus fin de tous les animaux, c dire celui qui représentait mieux le démon dans sa malice, dans ses embûches, et ensuite dans son supplice ».
Notre siècle rejette avec hauteur tout ce qui tient de la merveille ; mais le serpent a souvent été l'objet de nos observations; et, si nous osons le dire, nous aron reconnaître en lui cet esprit pernicieux et cette subtili lui attribue l'Ecriture. Tout est mystérieux, c; dans cet incompréhensible reptile. Ses mouvements diffèrent «le ceux de tous les autres animaux ; on ne saurait dire le principe de son déplacement, car il n'a ni ri i pieds, ni ailes, et cependant il fuit comme une ombro, il s'évanouit magiquement, il reparaît, et disparaît ■iblable à une petite fumée d'azur, et aux. éclaire Faive dans les ténèbres. Tantôt il se forfoe en c et darde une langue de feu ; tantôt, debout sur l'extrémité de sa queue, il marche dans une attitude perpendiculaire, comme par enchantement. I! se jette en orbe, mon s'abaisse en spirale, roule ses anneaux comme une onde, circule sur les branches des arbres, glisse sous I'Ikm'î prairies, pu sur la surface des eaux. Ses couleurs son! peu déterminées que sa marche : elles changent aux divers
- de la lumière, et, comme ses mouvements, ell
le faux brillant et les variétés trompeuses de la séduction.
Plus étonnant encore dan- Y »rs, ri - it,
qu'un homme souillé de meurtre, jeter à Pécari sa
■ de sang, dans lacrainted'être reconnu. Par une
étrange faculté, il peut faire rentrer dans son sein les petits
monstres que l'amour en afail sortir. Il sommeille des mois entiers, fréquente des tombeaux, habite des lieux inconnus, compose des poisons qui glacent, brûlent ou lâchent le corps de sa victime des couleurs dont il est lui-même marqué. Là, il lève deux têtes menaçantes; ici, il l'ai! entendre une sonnette : il siffle comme un aigle de montagne : il mugit comme un taureau. Il s'associe naturellement aux mordes ou religieuses, comme par une suite de l'influence qu'il eut sur nos destinées : objet d'horreur ou d'adoration, les hommes ont pour lui une haine implacable, ou tombent devant son génie; le mensonge l'appelle, la prudence le réclame, l'envie le porte dans son cœur, et l'éloquence à son caducée. Aux enfers, il arme les fouets des finies; au ciel, l'éternité en fait son symbole. Il possède encore l'art de séduire l'innocence; ses regards enchantent les oiseaux dans les airs ; et, sous la fougère de la crèche, la brebis lui abandonne son lait. xMais il se laisse lui-même charmer par de doux sons ; et, pour le dompter, le berger n'a besoin que de sa flûte.
Au mois de juillet 1791, nous voyagions dans le Haut- Canada, avec quelques familles sauvages de la nation des Onontagués. Un jour que nous étions arrêtés dans une grande plaine, au bord de la rivière Génésie, un serpent à sonnettes entra dans notre camp. Il y avait parmi nous un Canadien qui jouait de la flûte ; il voulut nous divertir, et s'avança contre le serpent, avec son arme d'une nouvelle espèce. A l'approche de son ennemi, le reptile se forme en spirale, aplatit sa tête, enfle ses joues, contracte ses lèvres, découvre ses dents empoisonnées et sa gueule sanglante; il brandit sa double langue comme deux flammes; ses yeux sont deux charbons ardents ; son corps gonflé de rage, s'abaisse et s'élève comme les soufflets d'une forge ; sa peau, dilatée, devient terne et écailleuse; et sa queue, dont il sort un bruit sinistre, oscille avec tant de rapidité, qu'elle ressemble à une légère vapeur.
Alors le Canadien commence à jouer sur sa flûte ; le serpent l'ait un mouvement de surprise, et retire la tête en arrière. A mesure qu'il est frappé de l'effet magique, ses yeux perdent leur àpreté, les vibrations de sa qin ralentissent, et le bruit qu'elle fait entendre s'affaiblit et meurt peu à peu. Moins perpendiculaires sur leur ligne spirale, les orbes du serpent charmé s'élargissent, et viennent tour à tour se poser sur la terre, en cercles concentriques. Les nuances d'azur, de vert, de blanc et d'or reprennent leur éclat sur sa peau frémissante; et, tournant légèrement la tête, il demeure immobile dans l'attitude de l'attention et du plaisir.