‹ Le génie du christianisme (volume 3)Chapitre 63 sur 307 · Pais, de Pascal, ch. m, pens · texte numérisé non relu

Pais, de Pascal, ch. m, pens

Il nous semble qu'on peu! tirer de l'ordre de l'univers une preuve nouvelle de notre dégénération primitive.

SiTon jette un regard sur le monde, on remarquera que, par une Loi générale et en môme temps particulière, Les parties intégrantes, les mouvements intérieurs ou extérieurs, et les qualités des êtres, sont en un rapport partait. Ainsi, [es corps célestes accomplissent leurs révolutions dans une admirable unité, et chaque corps, sans se contrarier soiméme, décril en particulier la courbe qui lui est propre. Un seul globe nous donne la lumière et la chaleur : ces deux accidents ne sont point répartis entre deux sphères : le soleil les confond dans son orbe, comme Dieu, deuil il est l'image, unit au principe qui féconde le principe qui éclaire.

Dans les animaux, même loi : leurs idées, si on peut les appeler ainsi, sont- toujours d'accord avec leurs sentiments, leur raison avec leurs passions. C'est pourquoi il n'y i chez eux ni accroissement, ni diminution d'intelligence. Il sera aisé de suivre cette règle des accords dans les plantes et dans les minéraux.

Par quelle incomprébensible destinée l'homme seul estil excepté de cette loi, si nécessaire à l'ordre, à la conservation, à la paix, au bonheur des êtres? Autant l'harmonie des qualités et des mouvements est visible dans le reste de la nature, autant leur désunion est frappante dans l'homme. Un choc perpétuel existe entre son entendement et son désir, entre sa raison et son cœur. Quand il atteint au plus haut degré de civilisation, il est au dernier échelon de la morale : s'il est libre, il est grossier; s'il polit ses mœurs, il se forge des chaînes. Brille— l-il par les sciences, son imagination s'éteint; devient-il poète, il perd I : son cœur profite aux dépens de sa tête, et sa tête aux dépens de son cœur. Il s'appauvrit en idées à mesure qu'il s'enrichit en sentiments; il se resserre en sentiments à mesure qu'il s'étend en idées. La force le rend sec et dur ; la faiblesse lui amène les grâces. Toujours une vertu lui conduit un vice, et toujours, en se Retirant, un vice lui dérobe une vertu. Les nations, considérées dans leur enséi . présentent les mêmes vicissitudes : elles perdent et recouvrent tour à tour la lumière. On dirait que le génie de un flambeau à la main, vole incessamment autour de ce au milieu de la nuit qui nottfl couvre ; il se montre aux quatre parties de la terre, comme cel turne qui, croissant et décroissant sans cesse, diminue à chaque pas pour un peuple la clarté qu'il augmente pour un autre.

11 est donc raisonnable de soupçonner que l'homme, dans sa constitution primitive, ressemblait au reste de la création,

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