‹ Le génie du christianisme (volume 3)Chapitre 69 sur 307 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Egyptiens est traduit, dans Eratosthène, par Ecuc--,^. ce qui e en grec le lettre, comme Athoth l'exprime en

• :y|.t;.n : on n'a pas manqué de faire deux rois d' Athoth et

ou Hermogènes. Mais l'Athoth de Manethon se i ultipiie encore; il devient Thoth dans Platon, et le

• ? Sanchoniathon prouve en effet que c'est Je nom primitif. : i lettre A est une de ces lettres qu'on retranche et qu'on

• joute à volonté dans les langues orientales; ainsi Phi

le traduit par Apachnas le nom du même ho icaniis appelle Pachnas. Voici donc Thoth, Athoth, Hermès, ou Hermogènes. ou Mercure, cinq hommes fameux «mi vont composer entre eux près de deux siècles; et cependant ces cinq rois n'étaient qu'un seul Egyptien qui ;;'a peut-être pas vécu soixante ans*1.

i. Des personnes qui pouvaient d'ailleurs être fort instruites, ont accusé les Juifs d'avoir corrompu les noms historiques. Comment ne savent-elles pas que ce sont les Grecs, au contraire, qui ont défigure tons 1rs noms d'hommes el de lieux, et en particulier l'Orient (1) ? Les Grecs, à cet égard comme à beaucoup d'autres, ressemblaient fort aux français. Croit-on que si Livius tit uu monde il se reconnût sons le nom de Tite-Live Mi v a plus : Tyr porte encore aujourd'hui, parmi les Orientaux, le nom d'Asur. de Sour ou de Sur. Les Athéniens eux-mêmes devaient prononcer Tur ou Tour; puisque cette lettre, qu'il nous plaît d'appeler y yrec, et de faire siffler comme un ï, n'est autre que Y upsilon ou Vu parvum des Grecs.

11 n'est pas plus difficile de retrouver Dartus dans Assuerus. L'A

initial n'est d'abord, comme nous l'avons dit, qu'une de ces lettres

mobiles, tantôt souscrites, tantôt supprimées. Reste donc Suerus.

Or, le delta ou le D majuscule des Grecs se rapproche du sameck

ou de l'S majuscule des Hébreux. Le premier est un triangle, et le

I un parallélogramme obtusangle, souvent même un parallé-

BH6 curviligne. Le delta, dans les vieux manuscrits, sur les

médailles et sur les monuments, n'est presque jamais fermé dans

L'S hébraïque s'est donc transformée en D chez les

changement de lettres si commun dans toute l'antiqaité.

Si vuiis joignez à ces erreurs de ligures leserreurs de prononciation, vous aurez nue grande probabilité de plus. Supposons qu'un Français, entendant le mot through (à travers) dans la bouche d'un Anglais voulût le prononcer et l'écrire sans connaître la puissance et Ta forme du th. il écrirait nécessairement ou zroi>, ou d.srou, ou simplement trou. 11 en est ainsi du sameck ou de l'S en hébreu. Le son de cette lettre, en suivant les points massorétiques, est mixte et participe fortement du D. Les Crées, qui avaient le th comme les Anglais, mais Don pas l'S, comme les Israélites, ont dû prononcer et écrire Ducrus au lieu de Suerus. De Duerus a Darius la conversion est facile ; car on sait que les vovelles sont à peu prés nulles en étvmologie, puisqu'il est vrai que ehaque peuple en varie les sons à l'infini. Lorsqu'on veut être plaisant aux dépens de la religion, de la morale universelle, du repos des nations et du bonheur général dès hommes, avant de se livrer à une gaîté si funeste, il faudrait au moins être bien sur de ne pas tomber soi-même dans de grandes ignorances.

fl) Vid. Boch.. Geog., Sac, Cumb. ou Sanch. ; Saur., sur la Bitle; Danet, Iîayle, .etc., etc.

Après tout, qu'est-il besoin de s'appesantir sur des disputes logographiques, lorsqu'il suffit d'ouvrir l'histoire pour se convaincre de l'origine i lerne des hommes? On a

beau former des complots avec des siècles inventés dont le temps n'est point le père; on a beau multiplier et supposer la mort pour en emprunter des ombres, tout cela n'empêche pas que le genre humain ne soit que d'hier. Les noms des inventeurs des arts nous sont aussi familiers que ceux d'un frère ou d'un aïeul. C'est Ili/psuranius qui bâtit ces huttes de roseaux où logea la primitive innocence; Usous couvrit sa nudité de peaux de bêtes, et affronta la mer sur un tronc d'arbre1. Tubalcaïn mit le fer dans la main des hommes2; Noé ou Bacchus planta la vigne; Caïn ou Triptolème courba la charrue, Agrotès3 ou Gérés recueillit la première moisson. L'histoire, la médecine, la géométrie, les beaux-arts, les .'ois, ne sont pas plus anciennement au monde, et nous les devons à Hérodote, Hippocrate, Thaïes, Homère, Dédale, Minos. Quant à l'origine des rois et des villes, l'histoire nous en a été conservée par Moïse, Platon, Justin et quelques autres, et nous savons quand et pourquoi les diverses formes de gouvernement se sont établies chez les peuples4.

Que si pourtant on est étonné de trouver tant de gin' et de magnificence dans les premières cités de l'Asie, cette difficulté cède sans peine à une observation tirée du génie des Orientaux. Dans tous les âges, ces peuples ont bâti des villes immenses, sans qu'on en puisse rien conclure en faveur de leur civilisation, et conséquemment de leur antiquité. L'Arabe, échappé des sables brûlants où il s'estimait heureux d'enfermer une ou deux toises d'ombre sous une tente de peaux de brebis, cet Arabe a élevé presque sous nos yeux des cités gigantesques; vastes métropoles où ce citoyen des déserts semble avoir voulu enclore la solitude. Les (minois, si peu avancés dans les arts, ont aussi les plus grandes villes du globe, avec des jardins, des murai!! palais, «les lacs, des «-anaux artificiels, comme ceux de l'ancienne Babylone". Nous-mêmes enfin, ne sommes-nous pas un exemple frappant de la rapidité avec laquelle les peuples se civilisent? Il n'y a guère plus de douze siècles que nos ancêtres étaient aussi barbares que les Hottentots,

i. Sanch. ap. Eus., Prseparat. Evang., lib. i, cap. x.

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