‹ Le génie du christianisme (volume 3)Chapitre 70 sur 307 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

et nous surpassons aujourd'hui la Grèce dans les raffinements du goût, du luxe et des arts.

La logique générale des langues ne peut fournir aucune raison valide en faveur de l'ancienneté des hommes. Les idiomes du primitif Orient, loin d'annoncer des peuples vieillis en société, décèlent au contraire des hommes fort près de la nature. Le mécanisme en est d'une extrême simplicité : l'hyperbole, l'image, les figures poétiques, s'y reproduisent sans cesse, tandis qu'on y trouve à peine quelques mots pour la métaphysique des idées. 11 seraâ impossible d'énoncer clairement en hébreu la théologie des dogmes chrétiens1. Ce n'est que chez les Grecs et chez les Arabes modernes qu'on rencontre les termes composés, propres au développement des abstractions de la pensée. Tout le monde sait qu'Aristote est le premier philosophe qui ait inventé des catégories, où les idées viennent se ranger de force, quelle que soit leur classe ou leur nature2.

Enfin, l'on prétend qu'avant que les Egyptiens eussent bâti ces temples dont il nous resie de si belles ruines, les peuples pasteurs gardaient déjà leurs troupeaux sur d'autres ruines laissées par une nation inconnue : ce qui supposerait une très grande antiquité.

Pour décider cette question, il faudrait savoir au juste qui étaient et d'où venaient les peuples pasteurs. M. Bruce qui voyait tout en Ethiopie, les fait sortir de ce pays. El cependant, les Ethiopiens, loin de pouvoir répandre au loin des colonies, étaient eux-mêmes, à cette époque, un peuple nouvellement établi. JEthiopes, dit Eusèbe, ab Indo flumine irgentes, juxta JEgyptum consederunt. Manéthon, dans sa sixième dynastie, appelle les pasteurs Qou/txei Z^oi, Phénicien* étranger*. Eusèbe place leur arrivée en Egypte sous Mie d'Aménophis; d'où il faut tirer ces deux conséquences : lo que l'Egypte n'était pas alors barbare, puisque ïnachus, Egyptien, portaitversce temps-là les lumières dans la Grèce ; 2° que l'Egypte n'était pas couverte de ruines,

\. On s'en peut assurer en lisant les Pères qui ont écrit en syriaque, tels que saint Ephrem, diacre d'Edesse.

-2. Si les langues demandent tant de temps pour leur entière confection, pourquoi les sauvages du Canada ont-ils des diaiecl subtils et si compliques? Les verbes de la langue baronne ont toutes les inflexions des verbes grecs. Ils se distinguent comme les derniers, par la caractéristique, l'augment, etc.; ils mit trois modes, trois genres, trois nombres, et par dessus tout cela un certain dérangement de lettres particulier aux verbes des langues orientales. Mais ce qu'ils <>nt de plus inconcevable, c'est un quatrième pronom personnel qui se place entre la seconde el la troisième personne, au singuliei • t au pluriel. Nous ne connaissons rien de pareil dans les langues mortes ou vivantes dont nous pouvons avoir quelque teinture.

puisque Thèbes était bâtie, puisque Àménophis était père de ce Sésostris qui éleva La gloire des Egyptiens à son comble. Au rapport de l'historien Josèphe, ce fui Thetmosis qui

contraignit les pasteurs à abandonner entièrement les bords du Nil*.

Mais quels nouveaux arguments n'aurait-on point formés contre l Ecriture, si on avait connu un autre prodige historique qui tient également à des ruines, hélas ! comme toute l'histoire ries hommes? On a découvert, depuis quelques années, dans l'Amérique septentrionale, des monuments extraordinaires sur les bords du Muskingum, du Miami, du Wabache, de l'Ohio, et surtout du Scioto2, où ils occupent un espace de plus de vingt lieues en longueur. Ce son! des murs en terre avec des i'ossés, des glacis, des lunes, demilunes et de grands cônes qui servent de sépulcres. On a demandé, mais sans succès, quel peuple a laissé de pareilles traces ? L'homme est suspendu dans le présent, entré le passé et l'avenir, comme surun rocher entre deux gouffres; derrière lui, devant lui, tout est ténèbres; à peine aperçoit-il quelques fantômes qui, remontant du fond des deux abîmes, surnagent un instant a leur surface, et s'y repion

Quelles que soient les conjectures sur ces ruines américaines, quand on y joindrait les visions d'un monde primitif, et les chimères d'une Atlantide, la nation civilisée qui a peut-être promené la charrue dans la plaine où l'Iroquois poursuit aujourd'hui les ours n'a pas eu besoin, pour consommer ses destinées, d'un temps plus long que celui qui a dévoré les empires de Cyrus, d'Alexandre et de César. Heureux du moins ce peuple qui n'a point laissé de nom dans l'histoire, et dont l'héritage n'a été recueilli que par les chevreuils des bois et les oiseaux du ciel ! Nul ne v: renier le Créateur dans ces retraites sauvages, et, la balance à la main, peser la poudre des morts, pour prouver l'eier- ! i race humaine.

Pour moi, amant solitaire de la nature, et simple confesseur de la Divinité, je me suis assis sur ces ruines. V

i. Mweth. ad Joseph, et Afric. ; Herod., liv. n, cap. c. lib. 1, ps. 4<S; Euseh , Chron., lil». i, p. 13.

An reste, l'invasion de ces peuples, rapportée par les auteurs profanes, nous explique ce qu'on lit dans la Genèse an sujet de lacob et <!•■ ses iils: ut habitare possitis in terra Oessen,

mtur JBgyptii omîtes juistorcs ovium. (Gcn. cap. xlvi, v. 34».

D'où l'on peut aussi deviner le nom pree, du Phai ion sous Israël entra en Egypte, et le nom du second Pharaon sous lequel il en sortit. L'Ecriture, loin de contrarier les autres histoires, leur sert évidemment de preuve.

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