PREMIÈRE PARTIE
geur sans renom, j'ai causé avec ces débris comme moimême ignorés. Les souvenirs confus de* hommes, et les vagues rêveries du désert se mêlaient au fond de mon àme. La nuit était au milieu de sa course: tout était muet, et la lune, et les bois, et les tombeaux. Seulement, à longs intervalles, on entendait la chute de quelque arbre que la hache du temps abattait dans la profondeur des forêts : ainsi tout tombe, tout s'anéantit.
Nous ne nous croyons pas obligés de parler sérieusement des quatres jogues, ou âges indiens, dont le premier a duré trois millions deux cent mille ans, le second un million d'années, le troisième seize cent mille ans, et le quatrième, ou l'âge actuel, qui durera quatre cent mille ans.
Si Ton joint à toutes ces difficultés de chronologie, de logograpbie et de faits, les erreurs qui naissent des passions de l'historien ou des hommes qui vivent dans ses fastes ; si Ton y ajoute les fautes de copistes, et mille accidents de temps "et de lieux, il faudra, de nécessité, convenir que toutes les raisons en faveur de l'antiquité du globe par l'histoire, sont aussi peu satisfaisantes qu'inutiles à rechercher. Et certes, on ne peut nier que c'est assez mal établir la durée du monde, que d'en prendre la base dans la vie humaine. Quoi ! c'est par la succession rapide d'ombres d'un moment, que l'on prétend nous démontrer la permanence et la réalité des choses ! c'est par des décombres qu'on veut nous prouver une société sans commencement et sans fin ! Faut-il donc beaucoup de jours pour amasser beaucoup de ruines? Que le monde serait vieux, si l'on comptait ses années par ses débris !