‹ Le génie du christianisme (volume 3)Chapitre 75 sur 307 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

le cours de trois mille ans. On peut comparer les sciences à des régions coupées de plaines et de montagnes : on avance à grands pas uans les premières ; mais quand on est parvenu au pied dus secondes on perd un temps infini à découvrir les sentiers et à franchir les sommets d'où l'on descend dans 'autre plaine. Il ne faut donc pas conclure que, puisque l'astronomie est restée quatre mille ans dans son âge moyen, elle a dû être des myriades de siècles dans son berceau : cela contredit tout ce qu'on sait de l'histoire et de la marche de l'esprit humain.

La seconde objection se déduit des époques historiques liées aux observations astronomiques des peuples, et en particulier de celle des Chaldéens et des Indiens.

Nous répondons à l'égard des premières, qu'on sait que les sept cent vingt mille ans dont ils se vantaient se réduisent à mille neuf cent trois ans1.

Quant aux observations des Indiens, celles qui sont appuyées sur des faits incontestables ne remontent qu'à î'an 3102 avant notre ère. Cette antiquité est sans doute fort grande, mais enfin elle rentre dans des bornes connues. C'est à cette époque que commencent la quatrième jogue> ou âge indien. M. Bailly, en dépouillant les trois premiers âges et les réunissant au quatrième, démontre que toute la chronologie des brahmes se renferme dans un intervalle d'environ soixante-dix siècles2, ce qui s'accorde parfaitement avec la chronologie des Septante. Il prouve jusqu'à l'évidence que les fastes des Egyptiens, des Chaldéens, des Chinois, des Perses, des Indiens, se rangent avec une exactitude singulière sous les époques de l'Écriture3. Nous citons d'autant plus volontiers M. Bailly, que ce savant est rriorl victime des principes que nous avons entrepris de combattre. Lorsque cet homme infortuné écrivait, à propos d'Hypatia, jeune femme astronome, massacrée par les habitants d'Alexandrie, que les modernes épargnent au moins la rie,. en déchirant la réputation, il ne se doutait guère ou'il serait lui-même une preuve lamentable de la fausseté de son assertion, et qu'il renouvellerait l'histoire d'Hypatia !

Au reste, tous ces calculs infinis de générations et de siècles, que Ton retrouve chez plusieurs peuples, ont leur source dans une faiblesse naturelle au cœur humain. Les hommes qui sentent en eux-mêmes un principe d'immor-

4. Les tables de ces observations, farte* à Bafovlone avant l'arrivée d'Alexandre, furent envoyées par Callistuène à Aristote. V. Bailly.

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