PREMIÈRE PARTIE
assez remarquable, ce furent encore les peuples les plus simples qui connurent le mieux le système céleste : le pasteui du Gange tomba dans des erreurs moins grossières que le savant d'Athènes ; on eut dit que la muse de l'astronomie avait retenu un secret penchant pour les bergers, ses premières amours.
Durant les longues calamités qui accompagnèrent et qui suivirent la chute de l'empire romain, les sciences n'eurent d'autre retraite que le sanctuaire de cette Eglise qu'elles profanent aujourd'hui avec tant d'ingratitude. Recueillies dans le silence des cloîtres, elles durent leur salut à ces mêmes solitaires qu'elles affectent maintenant de mépriser. Un moine Bacon, un évêque Albert, un cardinal Cusa, ressuscitaient dans leurs veilles le génie d'Eudoxe, de Timocharis, d'Hipparque, de Ptolémée. Protégées par les papes qui donnaient l'exemple aux rois, les sciences s'envolèrent enfin de ces lieux sacrés où la religion les avaient réchauffées sous ses ailes. L'astronomie renaît de toutes parts : Grégoire XIII réforme le calendrier ; Copernic rétablit le système du monde ; Tycho-Brahé, au haut de sa tour, rappelle la mémoire des antiques observateurs babyloniens ; Kepler détermine la forme des orbites planétaires. Mais Dieu confond encore l'orgueil de l'homme en accordant aux jeux de l'innocence ce qu'il refuse aux recherches de la philosophie: des enfants découvrent le télescope. Galilée perfectionne l'instrument nouveau ; alors les chemins de l'immensité s'abrègent, le génie de l'homme abaisse la hauteur des deux, "et les astres descendent pour se faire mesurer.
Tant de découvertes en annonçaient de plus grandes encore, et l'on était trop près du sanctuaire de la nature pour qu'on fût longtemps sans y pénétrer. Il ne manquait plus que des méthodes propres à décharger l'esprit des calculs énormes dont il était écrasé. Bientôt Descartes osa transporter au grand Tout les lois physiques de notre globe ; et, par un de ces traits de génie dont on compte à peine quatre ou cinq dans l'histoire, il força l'algèbre à s'unir à la géométrie, comme la parole à la pensée. Newton n'eut plus qu'à mettre en œuvre les matériaux que tant de mains lui avaient préparés, mais il le fit en artiste sublime ; et des divers plans sur lesquels il pouvait relever l'édifice des globes, il choisit peut-êfre le dessein de Dieu. L'esprit connut Tordre que l'œil admirait; les balances d'or, qu'Homère et l'Ecriture donnent au souverain Arbitre, lui furent rendues; la comète se soumit; à travers l'immensité la planète attira la planète ; la mer sentit la pression de deux vastes vaisseaux qui flottent à des millions de lieues de sa surface ; depuis le soleil jusqu'au moindre atome tout se maintint dans un
8* GÉiNïH ni: CHRISTIANISME
ad nira&le équilibre : il n'y eut plus que le • iur de l'homme qui manqua de cootre-poids dans la nature.
Qui l'aurait pu penser? te monteol ou l'on iécouvril tant
\ elles preuves de la grandeur el tin ! delà
Providence fut celui-là même où l'en ferma davantage les
yeux à la lumière : non toutefois que ces hommes immor-
Copernic, Tyeho-Brahé, Kepler, Leibnitz, Newton,
ai des atnées; mais leurs successeurs, ;
licable, s'imaginèrent tenir Dieu dans leurs creusets et
dans leurs télescopes, parce qu'ils y voyaient quelques-uns
des éléments sur lesquels l'intelligence universelle a l'onde
1 s mondes. Lorsqu'on a élé témoin des jours de notre
révolu: n n : Lorsqu'on songe que c'est à la vanité du savoir
que nous devons presque tous nos malheurs, n'e&t-on pas
tenle de croire que l'homme a été sur le point de périr de
nouveau pour avoir porté une seconde fois la main sur le
fruit de science ? et que ceci nous soit matière de réflexion
sur la faute originelle : les siècles savants ont toujours touché
aux siècles de destruction.
Il nous semble pourtant bien infortuné l'astronome qui passe les nuits à lire dans les astres sans y découvrir 1 de Dieu. Quoi! dans des ligures si variées, dans une si grande diversité de caractères, on ne peut trouver les lettre* qui suffisent à son nom! le problème de la Divinité n'est-il point résolu dans les calculs mystérieux de tant de soleils t un»? algèbre aussi brillante ne peut-elle servir à dégager la grande Inconnue ?
La première objection astronomique que l'on fait au système de Moïse se tire de la sphère céleste: « Comment le monde est-il nouveau ! s'écrie-t-on. La seule composition de la sphère suppose des millions d'années ».
Aussi est-il vrai que l'astronomie est une des première» sciences que les hommes aient cultivées. M. Bailly prouve que les patriarches avant Noé connaissaient la période de six cents ans, l'année de 365 jours 5 heures 51 minutes 36 secondes ; enfin qu'ils avaient nommé les six jours de la création d'après l'ordre planétaire1. Puisque les races primitives étaient déjà si savantes dans l'histoire du ciel, n'e-t-il pas très probable que les temps écoulés depuis le déluge ont été plus que suffisants pour nous donner le système agronomique tel que nous l'avons aujourd'hui? Il est impossible, d'ailleurs, de rien prononcer de certain sur le temps nécessaire au développement d'une science. Depuis Copernic jusqu'à Newton l'astronomie a plus fait de progrès en moins d'un siècle qu'elle n'en avait fait auparavant dans
k Mail., Hist. de VAstr. anc.