PREMIÈRE PARTIE
que la brebis n'était pas sans son acrneau, la fauvette sans ses petits ; que les buissons cachaient des rossignols étonnés de chanter leurs premiers airs, en échauffant les fragiles espérances de leurs premières voluptés.
Si le inonde n'eût été à la fois jeune et vieux, le grand, le sérieux, le moral, disparaissaient de la nature, car ces sentiments tiennent par essence aux choses antiques. Chaque site eût perdu ses merveille;. Le rocher en ruine n'eût plus pendu sur l'abîme avec ses longues graminées ; les bois, dépouillés de leurs accidents, n'auraient point montré ce touchant désordre d'arbres inclinés sur leurs tiges, de troncs penchés sur le cours des fleuves. Les pensées inspire, bruits vénérables, les voix magiques, la sainte horreur des forêts, se fussent évanouis avec les voûtes qui leur servent de retraites, et les solitudes de la terre et du ciel seraient demeurées nues et désenchantées en perdant ces colonnes de chênes qui les unissent. Le jour même où l'Océan épandit ses premières vagues sur ses rives, il- baigna, n'en doutons point, des écueils déjà rongés par les flots grèves semées de débris de coquillages, et des caps d nés qui soutenaient, contre les eaux, les rivages croulants de la terre.
Sans cette vieillesse originaire, il n'y aurait eu ni pompe, ni majesté dans l'ouvrage de l'Eternel ; et, ce qui ne saurait être, la natuie, dans son innocence, eût été moins belle qu'elle ne l'est aujourd'hui dans sa corruption. Une h, enfance de plantes, d'animaux, d'éléments, eût couronné une terre sans poésie. Mais Dieu ne fut pas un si méchant dessinateur des bocages d'Eden que les incrédules le pré-
'it. L'homme-roi naquit lui-même à trente a afin de s'accorder par sa majesté avec les antiques grande son nouvel empire, de même qui
doute seize printemps, qu'elle n'avai point vécu-, pour être en harmonie avec les fleui bis* aux, l'innocence, les amours, et toute la jeune partie de l'univers.