‹ Le génie du christianisme (volume 3)Chapitre 88 sur 307 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

coup de son art, le musicien n'a fait que changer la clef, et la cantate du plaisir est devenue la complainte de ladou-

Geux qui cherchent à déshériter l'homme, à lui an l'empire de la nature, voudraient bien prouver que rien

fait pour nous. Or, le chant des oiseaux, par exest tellement commandé pour notre oreille, qu'on a beau

cuter les hôtes des bois, ravir leurs nids, les poursuivre, les blesser avec des armes ou dans des pièges, on

les remplir de douleur, mais on ne peut les . En dépit de nous, il faut qu'ils nous charn:

u'ils accomplissent l'ordre de la Providence. Esclaves

..os maisons, ils multiplient leurs accords : il y a sans doute quelque harmonie cachée dans le malheur, car tous les infortunés sont enclins au chant. Enfin que des oiseleurs, par un raffinement barbare, crèvent les yeux à un rossignol, sa voix n'en devient que plus harmonieuse. Cet Homère des oiseaux gagne sa vie à chanter, et compose ses plus beaux airs après avoir perdu la vue. « Démodocus, dit le poète de Ghio en se peignant sous les traits du chantre des Phéaciens, était le favori de la Muse; mais elle avait mêlé pour lui le bien et le mal, et l'avait rendu aveugle en lui donnant la douceur des chants s>.

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L'oiseau semble le véritable emblème du chrétien ici-bas : il préfère, comme le fidèle, la solitude au monde, le ciel à la terre, et sa voix bénit sans cesse les merveilles du Créateur.

11 y a quelques lois relatives aux cris des animaux, qui, ce nous semble, n'ont point encore été observées, et qui mériteraient bien de l'être. Le divers langage des hôtes du désert nous paraît calculé sur la grandeur ou le charme du lieu où ils vivent et sur l'heure du jour à laquelle ils se montrent. Le rugissement du lion, fort, sec, âpre, est en harmonie avec les sables embrasés où il se fait entendre, tandis que le mugissement de nos bœufs charme les échos champêtres de nos vallées ; la chèvre a quelque chose de tremblant et de sauvage dans la voix, comme les rochers et les ruines où elle aime à se suspendre; le cheval belliqueux imite les sons grêles du clairon ; et, comme s'il semait qu*il n'est pas l'ait pour les soins rustiques, il se tait sous l'aiguil- • laboureur et hennit sous le frein du guerrier. La nuit, tour à tour charmante ou sinistre, a le rossignol et le hibou : l'un chante pour le zéphyr, les bocages, la lune, les

dOO GENIE DU CHRISTIANISME

amants ; l'autre pour les vents, les vieilles forêts, les ténèbres et les morts, Enfin, presque tons les animaux qui vivent de sang ont un cri particulier qui ressemble a celui de leurs victimes : l'épervier glapit comme le lapin et miaule comme les jeunes chats ; le chat lui -même a une espèce de murmure semblable à celui des petits oiseaux de nos jardins ; le loup bêle, mugit ou aboi< ; le renard glousse ou crie ; le tigre a le mugissement du taureau, et l'ours marin une sorte d'affreux ràlement tel que le bruit des récifs battus des vagues où il cherche sa proie. Cette loi est fort étonnante, et cache peut-être un secret terrible. Observons que les monstres parmi les hommes suivent la loi des bétes carnassières ; plusieurs tyrans ont eu des traces de sensibilité sur le visage et dans la voix, et ils affectaient au dehors le langage des malheureux qu'ils songeaient intérieurement à déchirer: néanmoins la Providence n'a pas voulu qu'on s'y méprît tout à fait ; et, pour peu qu'on examine de près es hommes féroces, on trouve sous leurs feintes douceurs un air faux et dévorant, mille fois plus hideux que leur furie.

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