PREMIÈRE PARTIE
bres sans ces fanaux miraculeux allumés par la Providence, sur les écueils.
Tous les accidents des mers, le flux et le reflux, le 4blme et l'orage, sont prédits par les oiseaux. La mauve : 1 sur une grève, retire son cou dans sa plume, cache une patte dans son duvet, et, se tenant immobile sur l'autre, avertit le pêcheur de l'instant où les vagues se lèvent ; l'alouette marine, qui court le long du flot en poussant un cri doux et triste, annonce, au contraire, le moment du reflux : entin, les procellaria s'établissent au milieu de l'Océan. Compagnes des mariniers, elles suivent la course des navires, et prophétisent la tempête. Le matelot leur attribue quelque chose de sacré, et leur donne religieusement l'hospitalité, quand le vent les jette à bord; c'est de même que le laboureur respecte le rouge-gorge, qui lui pré-
- beaux jours, et c'est ainsi qu'il le reçoit sous son toit 'iime pendant les rigueurs de l'hiver. Ces hommes ureux, placés dans les deux conditions les plus dures
de la vie, ont des amis que leur a préparés la Providence ; ils trouvent dans un être faible le conseil ou l'espérance, qu'ils chercheraient souvent en vain chez leurs semblables. Ce commerce de bienfaits entre de petits oiseaux et des hommes infortunés est un de ces traits touchants qui abondent dans les œuvres de Dieu. Entre le rouge-gorge et le laboureur, entre la procellaria et le matelot, il y a une ressemblance de mœurs et de destinées tout à fait attendrissante. Oh ! que la nature est sèche, expliquée par les sophistes ! mais combien elle paraît pleine et fertile aux
- simples qui n'en recherchent les merveilles que pour fier le Créateur !
Si le temps et le lieu nous le permettaient, nous aurions bien d'autres migrations à peindre, bien d'autres secrets de la Providence à révéler. Nous parlerions des grues des Florides, dont les ailes rendent des sons si harmonieux, et qui l'ont de si beaux voyages au-dessus des lacs, des savanes, .prières, et des bocages d'orangers et de palmiers; nous montrerions le pélican des bois, visitant les morts de la solitude, ne s'arrêtant qu'aux cimetières indiens, et aux monts des tombeaux; nous rapporterions les raisons de ces migrations toujours relatives à l'homme ; nous dirions les les saisons que les oiseaux choisissent pour chaneer de climats, les aventures qu'ils éprouvent, les obstacles qu'ils ont à surmonter, les naufrages qu'ils font; comment ils abordent quelquefois, loin du pays qu'ils cherchent, sur des cotes inconnues; comment ils périssent en passant sur des forêts embrasées par la foudre, ou sur des plaines ou les sauvages ont mis le feu.
Dans li s premiers âges du monde, c'était sur la floraison
Ses plantes, sur la chute des feuilles, sur le flépart et l'ar-
bsB oiseaux, que les laboureurs el les bergers réglaient
leurs travaux. De là l'art de la divination chez coi tains peuples : ou supposa que des animaux qui prédisaient les saisons el les tempêtes ne pouvaient être que les interprètes de la Divinité. Les mdwiw naturalistes et les poètes (à qui lions sommes redevables du peu de simplicité qui reste . parmi nous) nous montrent combien était merveilleuse cette manière de compter par les fastes de la nature, et quel charme elle répandait sur la vie. Dieu est nu profond secret; l'homme, créé à son image, est pareillement ine< niijir: h -nsible : c'était donc une ineffable harmonie de voir les périodes de ses jours réglées par des horloges aussi mystérieuses que lui-même.
Sous les tentes de Jacob ou de Booz, l'arrivée d'un oiseau mettait tout en mouvement; le patriarche faisait le tour de son champ, à la tête de ses serviteurs armés de faucilles. Si le bruit se répandait que les petits de l'alouette avaient été vus voltigeant, à cette grande nouvelle, tout un peuple, sur la foi de Dieu, commençait avec joie la moisson. Ces aimables signes, en dirigeant les soins de la saison présente, avaient l'avantage de prédire les vicissitudes de la saison prochaine. Les oies et les sarcelles arrivaient-elles en abondance, on savait que l'hiver serait long. La corneille commençait-elle à bâtir son nid au mois de janvier, les pasteurs espéraient en avril les roses de mai. Le mariage d'une jeune fille, au bord d'une fontaine, avait tel rapport avec l'épanouissement d'une plante ; et les vieillards, qui meurent ordinairement en automne, tombaient avec les glands et les fruits murs. Tandis que le philosophe, tronquant ou allongeant l'année, promenait l'hiver sur le gazon du printemps, le laboureur ne craignait point que l'astronome qui lui venait du ciel se trompât. 11 savait que le rossignol ne prendrait pas le mois des frimas pour celui des Heurs, et ne ferait point entendre au solstice d'hiver les chansons de l'été. Aussi les soins, les jeux, les plair-irs de l'homme champêtre étaient déterminés non par le calendrier incertain d'un savant, niais par les cal'-uls infaillibles de celui qui a tracé la route du soleil. Ce souverain Rêgelateur voulut lui-même que les fêtes de son culte fussent Mies aux simples époques empruntées de ses propres ouvrages.; et, dans ces jours d'innocence, r.elon les saisons et les travaux, c'était la voix du zéphyr ou de la tempête, de l'aide ou de la colombe, qui appelait l'homme au temple du D '■■u de la na'uiv.
Nos paysans se servent encore quelquefois de ces tables