HÉLYOT
cipe religieux, que l'antiquité entière regardait comme le fondement de l'existence politique. « Je ne sais, dit Cicéron, si anéantir la piété' envers les dieux, ce ne serait point aussi anéantir la bonne foi, la société du genre humain, et la plus excellente des vertus, la justice ^ » : Haud scio an, pietate adversus deos sublata, fides etiam, et societas humani generis, et una excellentissima virtus, justitia, tollatur.
Puisqu'on avait cru jusqu'à nos jours que la religion est la base de la société civile, ne faisons pas un c;-ime à nos pères d'avoir pensé comme Platon, Aristote, Cicéron, Plutarque, et d'avoir mis l'autel et ses ministres au degré le plus éminent de l'ordre social.
Mais si personne ne nous conteste sur ce point l'influence de l'Eglise dans le corps politique, on soutiendra peut-être que cette influence a été funeste au bonheur public et à la liberté. Nous ne ferons qu'une réflexion sur ce vaste et profond sujet : remontons un instant aux principes généraux d'où il faut toujours partir quand on veut atteindre à quelque vérité.
La nature, au moral et au physique, semble n'employer qu'un seul moyen de création ; c'est de mêler, pour produire, la force à la douceur. Son énergie paraît résider dans la loi générale des contrastes. Si elle joint la violence à la violence, ou la faiblesse à la faiblesse, loin de former quelque chose, elle détruit par excès ou par défaut. Toutes les législations de l'antiquité offrent ce système d'opposition qui enfante le corps politique.
Cette vérité une fois reconnue, il faut chercher les points d'opposition : il nous semble que les deux principaux résident, l'un dans les mœurs du peuple, l'autre dans les institutions à donner à ce peuple. S'il est d'un caractère timide et faible, que sa constitution soit hardie et robuste ; è'il est fier, impétueux, inconstant, que son gouvernement soit doux, modéré, invariable. Ainsi la théocratie ne fut pas bonne aux Egyptiens ; elle les asservit sans leur donner les vertus qui leur manquaient : c'était une nation pacifique ; il lui fallait des institutions militaires.
L'influence sacerdotale, au contraire, produisit à Rome des effets admirables : cette reine du monde dut sa grandeur à Numâ, qui sut placer la religion au premier rang chez un peuple de guerriers : qui ne craint pas les hommes doit craindre les dieux.
Ce que nous venons de dire du Romain s'applique au Français ; il n'a pas besoin d'être excité, mais d'être retenu. On parle du danger de la théocratie ; mais chez quelle