‹ Le génie du christianisme (volume 4)Chapitre 205 sur 259 · AVIS · texte numérisé non relu

AVIS

On sent bien que les critiques dont il est question dans la Défense ne sont pas ceux qui ont mis de la décence ou de la bonne foi dans leurs censures : à ceux-là je ne dois que des remerciements.

11 n'y a peut-être qu'une réponse noble pour un auteur attaqué, le silence : c'est le plus sur moyen de s'honorer dans l'opinion publique.

Si un livre est bon, la critique tombe ; s'il est mauvais, l'apologie ne le justifie pas.

Convaincu de ces vérités, l'auteur du Génie du Christianisme s'était promis de ne jamais répondre aux critiques : jusqu'à présent il avait tenu sa résolution.

11 a supporté sans orgueil et sans découragement les éloges et les insultes : les premiers sont souvent prodigués à la médiocrité, les secondes au mérite.

Il a vu avec indifférence certains critiques passer de l'injure à la calomnie, soit qu'ils aient pris le silence de l'auteur pour du mépris, soit qu'ils n'aient pu lui pardonner l'offense qu'ils lui avaient faite en vain.

Les honnêtes gens vont donc demander pourquoi l'auteur rompt le silence, pourquoi il s'écarte de la règle qu'il s'était prescrite ?

Parce qu'il est visible que, sous prétexte d'attaquer l'auteur, on veut maintenant anéantir le peu de bien qu'a pu faire l'ouvrage.

Parce que ce n'est ni sa personne, ni ses talents vrais ou supposés, que l'auteur va défendre, mais le livre lui-même ; et ce livre, il ne le défendra pas comme ouvrage littéraire, mais comme ouvrage religieux.

Le Génie du Christianisme a été reçu du public avec quelque indulgence. A ce symptôrae d'un changement dans l'opinion, l'esprit de sophisme s'est alarmé; il a cru voir s'approcher le terme de sa trop longue faveur. Il a eu recours à toutes les armes ; il a pris tous les déguisements, jusqu'à se couvrir du manteau de la religion pour frapper un livre écrit en faveur de cette religion même.

Il rrest donc plus permis à l'auteur de se laire. Le même esprit qui lui a inspiré son livre le force aujourd'hui à le défendre. Il est assez clair que les critiques dont il est question dans cette défense n'ont pas été de bonne foi dans leur censure : ils ont feint de se méprendre sur le but de l'ouvrage ; ils ont crié à la profanation ; ils se sont donné garde de voir que l'auteur ne parlait de la grandeur, de la beauté de la poésie même du christianisme, que parce qu'on ne parlait depuis cinquante ans que de la petitesse, du ridicule et de la barbarie de celle religion. Quand il aura développé les raisons qui lui ont fait entreprendre son ouvrage ; quand il aura désigné l'espèce de lecteurs à qui cet ouvrage est particulièrement adressé, il espère qu'on cessera de méconnaître ses intentions et l'ohiet de son travail. L'auteur ne croit pas pouvoir donner une plus grande preuve de son dévouement à la cause qu'il a défendue qu'en répondant aujourd'liui à des critiques, malgré la répugnance qu'il s'est toujours sentie pour ces controverses.

Il va considérer le sujet, le plan et les détails du Génie du Christianisme.

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