‹ Le génie du christianisme (volume 4)Chapitre 227 sur 259 · PAR M. DE LA RENAUDIÈRE · texte numérisé non relu

PAR M. DE LA RENAUDIÈRE

Quand du brûlant Cancer les fécondes chaleurs Jaunissent les moissons et colorent les fleurs, Belle de tous ses dons, la brillante nature Revêt avec orgueil l'éclat de sa parure ; Et l'Eté sur son trône, au milieu de sa cour. Apparaît, rayonnant de tous les feux du jour. Dans les champs fortunés, qu'embellit sa présence, Tout assure un plaisir ou promet l'abondance. L'homme, nnnpli d'espoir dans ces jours radieux, Elève un chant d'amour vers la voiite des cieux ; Et la Religion se parant de guirlandes, Au Roi de l'univers apporte ses offrandes.

Eloigné des cités, dans le calme des champs.

Oh! combien me charmaient ces hommages touchants !

Ces lieux semblent porter à la reconnaissance.

Tout d'un ciel bienfaisant y montre la puissance:

Nos vœux y sont plus purs, tout y peint la candeur,

Et la bouche y dit mieux ce qu'a senti le cœur.

Le tableau séduisant de la pompe champêtre

A mon œil enchanté semble encore apparaître;

Je revois la douceur des fêtes des hameaux.

Et cette heureuse image appelle mes pinceaux.

'^éjà l'astre du jour poursuivant sa carrière, L,aissait tomber sur nous des torrents de lumière, Et dans un ciel d'azur s'avançait radieux ; Près du temple, à l'entour des tombes des aïeux. Qui, dépouillant leur deuil, couvertes de verdure, Semblaient de l'espérance accueillir la parure, Le hameau s'assemblait en groupe* séparé. Oh ! comme avec délices, en ce jour désiré,

1. L'auteur de ce petit poème avait traité ce sujet d'après ses propres idées, ou plutôt d'après celles que lui avait inspirées la vue d'une procession à G... Quelques pensées, en petit nombre, se sont trouvées être celles que M. de Chateaubriand a exprimées. Cette pièce avait déjà paru dans le Mercure du 2 juillet 1808; la version que nous donnons ici contient quelques additions qui nous ont été communiquées par l'auteur. {Note de l'Editeur).

11 revoit tout l'éclat des fêtes solennelles

gue proscrivit l'athée et ses lois criminelles', omme alors, éprouvant un plaisir enchanteur, La foule avec transport accueillit son pasteur! Il allait revêtir ses parures sacrées.

Dans un coupable oubli trop lontemps demeurées. Tel au trépas ravi l'heureux convalescent Jette sur la nature un coup d'œil caressant; Tel l'antique pasteur, retrouvant sa patrie, Aux plus doux sentiments ouvre une âme attendrie. Pendant nos jours de deuil et nos maux passagers, Dix ans d'exil, coulés sur des bords étrangers, Payèrent ses vertus et surtout son courage. Souvent il demandait, sur un lointain rivage. L'église où du Très-Haut il chantait les faveurs. Où son discours sans art captivait tous les cœurs. Le jardin qu'il planta, ses amis de l'enfance, Son simple presbytère, et sa modeste aisance. Hé bien, il les revoit, ces objets désirés: Son àme oublie alors tous les maux endurés. Et malgré leurs rigueurs et son sort moins prospère, 11 fait pétrir encorle pain de la misère.

Bientôt l'airain bruyant, dans les airs entendu, Annonça du départ "le moment attendu; Le hameau s'avançait partagé sur deux tiles. Fuyez loin de ces lieux, faste brillant des villes: Là'ne se montraient pas ces tissus précieux : L'or, l'opale, lazur, n'y frappaient point les yeux; Des bouquets sans parfum, enfants de l'imposture, N'y chargeaient point l'autel du Dieu de la nature-, Et des puissants du jour Torgueilleuse grandeur N'y venait point du luxe étaler la splendeur. Combien je préférais la pompe du village! Modeste, sans apprêts, et même un peu sauvage, Sa vue attendrissait le cœur religieux.

D'abord des laboureurs, vieux enfants de ces lieux, Au front chauve attestant leur utile existence, Sans ordre s'avançaient et priaient en silence. Le cortège pieux, non loin à mes regards. Se montrait précédé des sacrés étendards-. Le feuillage bientôt le couvrit de son ombre. Dans un sentier profond, asile frais et sombre, La foule se pressait sur les pas de son Dieu, Et de ses chants sacrés venait remplir ce lieu. Devant le Roi des rois, sous ces vertes feuiilèes. Les jeunes villageois de roses effeuillées Sur la terre a l'envi parsemaient les couleurs ; Et, mêlant son parfum à celui de ces fleurs. L'encens, qui de Saba fit l'antique opulence. Comme un nuage au loin qui dans l'air se balance, S'élevait lentetrient et planait sur les champs. Aux voix des laboureurs entremêlant leurs chants. Les oiseaux s'unissaient à ces pompes rustiques; Et de son palais d'or embrasant les portiques, Le soleil couronné d'une immense splendeur, Sur ces arbres touJlus arrêtait son ardeur.

J'aimais, j'aimais avoir ce peuple des villages

Sous la feuille des bois, ainsi qu'aux premiers âges,

Célébrant l'Eternel et lui portant ses vœux.

Ils ne demandaient pas, ces hommes vertueux,

L'éclat de nos palais, le luxe de nos villes,

Et nos .plaisirs bruyants et nos grandeurs serviles.

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