II
« Bénissez, disaient-ils, nos troupeaux et nos blés:
« Que nos enfants un jour, près de nous rassemblas,
a Sur l'hiver de nos ans répandent quelques charmes;
« Que leur destin jamais ne provoque nos larmes;
c Et simples dans nos goiîts, heureux d'être chéris,
« Toujours de nos vergers que nos cœurs soient épris ».
De sa pompe sacrée alors la troupe sainte
Du modeste hameau vient réjouir l'enceinte.
Quel spectacle touchant s'offrait à mes regards 1
Retenus par les ans, quelques faibles vieillards.
Adorant l'Eternel au seuil de leurs chaumières.
Regrettaient leurs printemps et leurs forces premières.
Consolez-vous, vieillards; vos champs fertilisés,
Vos jours laborieux dans les travaux usés,
Votre âme qui, toujours fermée à la vengeance,
Consola le malheur, accueillit l'indigence,
De l'asile des cieux vous promet la douceur.
Mais déjà tout ici vous offre le bonheur;
Vos fils, à votre aspect redoublant d'allégresse.
D'un sourire d'amour charment votre vieillesse:
Ce sourire d'amour a calmé vos douleurs.
Au retour de la fête, au déclin des chaleurs,
Alors que l'horizon, moins brûlant et plus sombre.
Se bordera de pourpre, avant-coureur de l'ombre.
Et que le vent du soir glissera dans les bois.
ils viendront, réunis devant vos humbles toits.
De l'amour filial épuiser les délices;
Leurs jeux s'embelliront sous vos heureux auspices.
Et du vieux patriarche, en ces jours enchantés.
Vous croirez retrouver les douces voluptés.
Je vous quitte: la fête à la suivre m'engage.
Non loin, couvert de lierre et rembruni par l'âge,
Un chêne vénérable étendait ses rameaux.
Là, dès le point du jour, les vierges des hameaux
Elevaient sous son ombre un trône de verdure :
La mousse en longs festons en formait la bordure,
Le lis, aux deux côtés, balançait sa blancheur.
Et la rose, en bouquet, y montrait sa fraîcheur:
L'Eternel, sur ce trône orné par l'innocence.
Devait quelques instants reposer sa puissance.
A l'aspect de ces lieux je sentais dans mon cœur
Couler d'un calme pur la secrète douceur.
Et ma pensée, alors tranquille et solitaire.
Pour un monde meilleur abandonnait la terre
Alors, faisant cesser ce calme solennel,
Le hameau lentement environna l'autel.
Avec quel saint respect le pasteur du village.
Seul, et foulant les fleurs qui couvrent son passage.
Porte le Roi des rois et l'élève à nos yeux
Sous l'emblème immortel d'un pain mystérieux!
La foule tout à coup, prosternée en silence,
Du Roi de l'univers adora la présence.
Chacun crut que son Dieu descendait dans son cœur.
Non ce maître irrité, ce monarque vengeur.
Qui doit, an dernier jour, s'armant d'un front sévère,
Au fracas de la foudre apparaître à la terre,
Et, juge sans pardon, au monde épouvanté
De ses arrêts divins proclamer l'équité;
Mais un Dieu, tempérant tout l'éclat dont il brille,
Tel qu'un père adoré se montre à sa famille.
Accueillant l'infortune, et portant dans les cœurs
L'espoir d'un meilleur sort et l'oubli des douleurs.
Vers le séjour antique où se plaît la Prière, Le haraeau dirigeait sa modeste bannière. Quel groupe harmonieux, marchant confusément. Non loin du dais sa(;ré se montre en ce moment ? J'aperçois, de respect et d'amour entourées. Les mères du hameau de leurs enfants parées. Tout sourit a leurs yeux dans ce jour de bonheur, Et leurs yeux laissent voir les plaisirs de leur cœur. Là, de jeunes beautés, de lin blanc revêtues, Unissant à l'envi leurs grâces ingénues. Semblent à l'œil charmé reproduire en ce jour Ces anges embellis d'innocence et d'amour. Toutes suivaient le Dieu que fêtait la nature; Leur voix comme leur cœur ignorait l'imposture: La Pitié fidèle, aux charmes si touctiauts, Par leur bouche exhalait la douceur de ses chants-, Et, portés dans les airs jusqu'aux divins portiques, Ces chants semblaient s'unir aux célestes cantiques. Bientôt du temple saint le cortège pieux En foule vint remplir les murs religieux ; Et bientôt commença l'auguste sacrifice:
Ce mystère d'amour qui rend le ciel propice, Qui peut même des morts abréger la douleur, Des pompes de ce jour termina la splendeur.
Note R, page 73.
L'auteur du poème de la Pitié, Jacques Delille, n'a pas dédaigné d'emprunter aussi quelques traits au chapitre sur la fête des Rogations.
Enfin on la revoit, dans la saison nouvelle,
Cette solennité, si joyeuse et si belle.
Où la Religion, par un culte pieux,
Seconde des hameaux les soins laborieux;
Et, dès que Mai sourit, les agrestes peuplades
Reprennent dans les champs leurs longues promenades.
A peine de nos cours le chantre matinal
De cette grande fête a donné le signal,
Femmes, enfants, vieillards, rustique caravane,
En foule ont déserté le château, la cabane.
A la porte du temple, avec ordre rangé.
En deux files déjà le peuple est partagé.
Enfin paraît du lieu le curé respectable.
Et du troupeau chéri le pasteur charitable.
Lui-même il a réglé l'ordre de ce beau jour,
La route, les repos, le départ, le retour.
Ils partent: des zéphyrs l'haleine printanière
Souffle, et vient se jouer dans leur riche bannière ;
Puis vient la croix d'argent; et leur plus cher trésor,
Leur patron, enfermé dans sa chapelle d'or,
Jadis martyr, apôtre, ou pontife des Gaules.
Sous ce poids précieux fléchissent leurs épaules.
De leurs aubes de lin, et de leurs blancs surplis.
Le vent frais du matin fait voltiger les plis.
La chape aux bosses d'or, la ceinture de soie,
Dans les champs étonnés en pompe se déploie;
Et de la pitié l'imposant apparoil
Vient sembellir encore aux rayons du soleil.
Le chef de la prière, et l'âme de la fête.
Le pontife sacré, marche et brille à leur tête,
Murmure son bréviaire, ou, renforçant ses sons.
Entonne avec éclat des hymnes, des répons.
Chacun charme à son gré le saint itinéraire :
Dans ses dévotes mains l'un a pris son rosaire; >
Du chapelet pendant l'autre parcourt les grains;
Un autre, tour à tour invoquant tous les saints,
Pour oPteuir des rieux une faveur plus grande,
Epuise tous les noms de la vieille légende;
L'autre, dans la ferveur de ses pieux accès,
Du proplit'te royal entonne les versets.
Leurs prières, leurs vœux, leurs hymnes se confondent.
L'Olympe on retentit, les coteaux leur répondent;
Et du creux des rochers, des vallons et des bois,
L'ôclio sonore écoute, et répète leurs voix;
Leurs chauts montent ensemble à la céleste voûte.
Ils marchent: l'aubépine a parfumé leur route:
On côtoie en chantant le fleuve, le ruisseau;
Un nuage de fleurs pleut de chaque arbrisseau;
Et leurs pieds, en glissant sur la terre arrosée,
En liquides rubis dispersent la rosée.
On franchit les forêts, les taillis, les buissons,
Et la verte pelouse, et les jaunes moissons.
Quehiuefois, au sommet d'uue haute colline.
Qui sur les champs voisins avec orgueil dominé,
L'homme du ciel étend ses vénérables mains;
Pour la grappe naissante et pour les jeunes grains
11 invoque le ciel. Comme la fraîche ondée Baigne, en tombant des cieux, la terre fécondée,
Sur les fruits et les blés nouvellement éclos
i.es bénédictions descendent à grands flots.
Les coteaux, les vallons, les cliamps se réjouissent.
Le feuillage verdit, les fleurs s'épanouissent;
Devant eux, autour d'eux, tout semble prospérer.
L'espoir guide leurs pas : prier c'est espérer.
L'Espérance au front gai plane sur les campagnes,
Sur le creux des vallons, sur le front des montagnes.
Trouvent-ils en chemin, sous un chêne, un ormeau,
Une chapelle agreste, un patron du hameau...
Là s'arrêtent leurs pas; le simulacre antique
Reçoit leurs simples vœux et leur hymne rustique.
La nuit vient : on repart, et jusques au réveil
Des songes fortunés vont bercer leur sommeil ; ^
Un rêve heureux remplit leurs celliers et leurs granges
D'abondantes moissons, de fertiles vendanges;
Et jusques à l'aurore ils pressent, assoupis.
Des oreillers de fleurs et des chevets d'épis.
Us pensent voir les fruits, les gerbes qu'ils attendent,
Et jouissent déjà des trésors qu'ils demandent.
0 riant Chanonat ?ô fortuné séjour !
Je croirai voir encor ces beaux lieux, ce beau jour,
Où, fier d'accompagner le saint pèlerinage,
Enfant, je me mêlais aux enfants du village!
Hélas ! depuis longtemps je n'ai vu ces tableaux".
(Note de l'Editeur),
Note S, page 82.
Les Feralia des anciens Romains différaient de notre Jour des morts en ce qu'elles ne se célébraient qu'à la mémoire des citoyens morts dans l'année. Elles commençaient le 18 du mois de février, et duraient onze jours consécutifs. Pendant tout ce temps, les mariages étaient interdits, les sacrifices suspendus, les statues des dieux voilées, et les temples fermés. Nos services anniversaires, ceux du septième, du neuvième et
du guarantième jour, nous viennent des Romains, qui les tenaient eux-mêmes des Grecs. Ceux-ci avaient évaytT^aara, les obsèques et les offrandes c[u"on faisait pour les âmes aux dieux infernaux ; vcxi^Tta, les funérailles : rupxr^iJ-y'y.-, les enterrements ; cwara, la neuvaine ; ensuite les Triacades et Triacontades, le trentième jour.
Les Latins avaient Justa, Exsequiœ, Inferix, Parentationes^ Novendialia, Denicalia, Februa, Feralia.
Quand le mourant était près d'expirer, son ami. ou son plus proche parent posait sa bouche sur la sienne pour recueillir son dernier soupir; ensuite le corps était livré aux Pollincteurs, aux Libitinaires aux Vespilles, q.\xx Désignateurs^ chargés de le laver, de l'embaumer, de le porter au sépulcre ou au bûcher avec les cérémonies accoutumées. Les pontifes et les prêtres marchaient devant le convoi, où l'on portait les tableaux des ancêtres du mort, des couronnes et des trophées. Deux chœurs, l'un chantant des airs vifs et gais l'autre des airs lents et tristes, précédaient la pompe. Les anciens philosophes se figuraient que lame (qu'ils disaient n'être qu'une harmonie) remontait au bruit de ces concerts funèbres dans l Olympe, pour y jouir de la mélodie des cieux, dont elle était une"^ émanation \Vid. Macrobe sur le Songe de Scipioni. Le corps était déposé au sépulcre, ou dans l'urne funéraire, et l'on prononçait sur lui le dernier adieu. Vale. vale, vale. Nos te ordine que Natura ■permiserit sequemur !
Le lecteur trouvera ici avec plaisir une citation du beau poème de M. de Foutanes, sur le Jour des morts dans une campagne :
Déjà du haut des cieux le cruel Sagittaire
Avait tendu son arc et ravageait la terre ,
Les coteaux et les ctiamps, et les prés défleuris,
N'olTraient détentes parts que de vastes débris:
Novembre avait compté sa première journée.
Seul alors, et témoin rlu déclin de l'année,
Heureux de mon repos, je vivais dans les champs.
Et quel poète, épris de leurs tabl'Baux touchants.
Quel sensible mortel des scènes de l'automne
N'a chéri quelquefois la beauté monotone !
Oh ! comme avec plaisir la rêveuse douleur,
Le soir, foule à pas lents ces vallons sans couleur,
Cherche les bois jaunis, et se plaît au murmure
Du vent qui fait tomber leur dernière verdure:
Ce bruit sourd a pour moi je ne sais quel attrait.
Tout à coup si j'entends s'agiter la foièl,
D'un ami qui n'est plus la voix longtemps chérie
Me semble murmurerdans la feuille flétrie.
Aussi c'est dans cetempsque tout marcheau cercueil,
Que la Religion prend un habit de deuil :
Elle en est plus auguste ; et sa.grandeur divine
Croît encor à l'aspect de ce monde en ruine.
Aujourd'hui, ramenant un usage pieux.
Sa voix rouvrait l'asile où dorment nos aieux.
Hélas 1 ce souvenir fi*appe encor ma pensée.
L'aurore paraissait, la cloche balancée.
Mêlant un son lugubre aux sifflements du Nord,
Annonçait dans les airs la fête de la Mort.
Vieillards, femmes, enfants, accouraient vers le temple.
Là préside un mortel dont la voix et l'exemple
Maintiennent dans la paix ses heureuses tribus,
Un prêtre, ami des lois, et zélé sans abus.
Qui, peu jaloux d'un nom, d'une orgueilleuse mitre,
Aimé de son troupeau, ne veut point d'autre titre,
Et (les af)ôtres saints tldèle imitateur,
A mérité comme eux ce doux nom de pasteur.
Jamais dans ses discours une fausse sagesse
Des fêtes du hameau n'attrista l'allégresse.
11 est pauvre, et nourrit le pauvre consolé :
Près du lit des vieillards quelquefois appelé.
Il accourt; et sa voix, pour calmer leur souffrance,
Fait descendre auprès d'eux la paisible espérance.
« Mon frère, de la mort ne craignez ^loint les coups,
a Vous remontez vers Dieu, Dieu s avance vers vous ».
Le mourant se console, et sans terreur expire.
Lorsque de ses travaux l'homme des champs respire,
Qu'il laisse avec le bœuf reposer le sillon.
Ce pontifia sans art, rustique Féuelon,
Nous lit du Dieu qu'il sert les touchantes paroles.
11 ne réveille pas ces combats des écoles ;
Ces tristes questions qu'agitèrent en vain
Et Thomas, et Prosper, et Pelage, et Calvin.
Toutefois, en ce jour de grâce et de vengeance,
A ses enfants chéris (]ue charmait sa présence.
Et loin d'armer contre eux le céleste courroux,
Il rappela l'objet qui les rassemblait tous:
11 sut par l'espérance adoucir la tristesse.
« Hier, dit-il, nos chants, nos iiymnes d'allégresse
« Célébraient à l'envi ces morts victorieux,
• Dont le zèle enflammé sut conquérir les cieux.
« Pour les mânes plaintifs, à la douleur en proie,
« Nous pleurons aujourd'hui; notre deuil est leur joie.
« La puissante prière a droit de soulager
« Tous ceux qu'éprouve encor un tourmeut passager.
« Allons donc visiter leur funèbre demeure.
« L'homme, hélas! s'en approche, y descend à toute heure.
« Consolons-nous pourtant : un céleste rayon
« Percera des tombeaux la sombre région.
« Oui, tous ses habitants, sous leur forme première,
« S'éveilleront surpris de revoir la lumière:
« Et moi puissé-je alors, vers un monde nouveau,
a En triomphe, à mon Dieu, ramener mon troupeau » ;
Il dit, et prépara l'auguste sacrifice.
Tantôt ses bras tendus rendaient le ciel propice;
Tantôt il adorait humblement incliné.
0 moment solennel! Ce peuple prosterné ;
Ce temple dont la mousse a couvert les portiques;
Ses vieux murs, son jour sombre et ses vitraux gothiques;
Cette lampe d'airain qui, dans l'anti(|uité,
Symbole du soleil et de l'éternité, ^
Luit devant le Très-Haut, jour et nuit suspendue;
La majesté d'un Dieu parmi nous descendue ;
Les pleurs, les vœux, l'encens, qui montent vers l'autel;
Et déjeunes beautés qui, sous l'œil maternel,
Adoucissent encor, par leur voix innocente,
De la lleligion la pompe attendrissante ;
(]et orgue qui se tait, ce silence pieux ;
L'invisible union de la terre et des cieux ;
n°!?rJt°°^°?T' ^^r^ndit, émeut l'Iiomme sensible- Il croit avoir trancl.i ce monde inaccessible, '
An; mi^c^Hi'^/-'?^' d'or l'immortel séraphin Aux pieds de Jehovali chante Ihvmne sans fin G est alors que sans peine un Dieu se fait entendre I se caclie au savant, se révèle an cœur tendre • ' iiit?H ï^^oins se prouver qu'il ne doit se sentir. ' Mais du temple a grands Oots se hâtait de sortir La foule qui deia, par groupes séparée. \ers le séjour des morts s'avançait éplorée. L étendard de la croix marchait devant nos pas Nos chants majestueux, consacrés au trénas ' nî™ """^ ''l'^^ ^^"'-^ précurseur des tenVpêtes ; Ijes nuages obscurs s étendaient sur nos tètes, t-t nos fronts attristés, nos funehres concerts. ' Se conformaient au deuil et des champs et des airs. Cependant du trépas on atteignait l'asile L if, et le buis lugubre, et le lierre stérile nn\t J'r^^''''^--? l'entour croissent de toutes parts • On y voit s élever quelques tilleuls épars • Le vent court en sifOant sur leur cime nétiie. vS°iT.° ','^"f''\",° fleuve: et mon àmeatlendrie Mt dan.-, le double aspect des tombes et des flot^ L éternel mouvement et l'éternel repos.
Avec quel saint transport tout ce peuple chamnêtr- Honorant ses aieux, aimait a rrronr;aître '^ ^ '
La pierre ou le gazon qui cachait leurs débris» 11 nomme, il croit revoir tous ceux qu'il a chéris
n,?'n'.St pi--.^?°^ ^P^- °'"''^ ^e l'ami le plus tendre Ou peut 1 œil incertain redemander la cendre ? Les morts en sont bannis, leurs droits sont violô< *. eurs restes, sans gloire, au hasard sont mêlé< ' TrJJ^}^ contre nous j'entends frémir leurs màn,--: rh^7 n n?V malheur au temps, aux nations proîare. Chez qui dans tous les cœurs afiaiblis par de-re Le culte des tombeaux cesse d'être sacre • '
Les morts ici du moins n'on pas reçu doutra-e- Us conservent en paix leur antique hénta^re ^ ' Leurs noms ne chargent point des marbres fastu.-ux Un pâtre, un laboureur, un fermi.-r vertueux ^ous ces pierres sans art tranquillement sommeiile Oni LTT.'"^°Î peut-être un Turenne, un Corneille ' Qui dans l'ombre a vécu, de lui-même ignoré tie bien ! si de la foule autrefois séparé Illustre dans les camps, ou sublime au théâtre bon nom charmait encor l'univers idolâtre Aujourd hui son sommeil en serait-il plus doux ?
De ce nom, de ce bruit dont l'homme est si jaloux Il^^évpflS'r ^'' n^orts J'oubliais les chinfièiï^ i" nLw 1^'^°^ ^^ ^°^ '^es pensers plus austères. ?nr i/?''rf"^ ! Dabord un sourd gémissement gur Je fatal enclos erra confusément, f r^°c^?^ ^"^^ ^'^"^' ^^^ "^"s, les sanglots retentissent • Snip^l W "^ '""^ '^^ P'^"^S' toutes les voix gémissent- Seulement j'aperçois une jeune beauté ^^"^^"«"i.
Uont la douleur se tait et veut fuir la clarté. ç^l^T^^.^-^P^'?^^°t coulent en dépit d'elle • H^fp.^ of.ï ^^^""^A- ^9° P'ed tremble et chancelle; Helas ! elle a perdu l'amant qu'elle adorait, ^rln ^î° *^^"'" P^"^ époux se choisit en secret- Son cœur promet encor de nêtre point parjure
Une veuve, non loin de ce tronc sans verdure, Regrettait un époux : tandis qu'à ses côtésv Un enfant, (jui n'a vu qu'à peine trois étés, Ignorant son malheur, pleurait aussi comme elle. Là. d'un liis qui mourut en suçant la mamelle, Une mère au destin reprocliait le trépas, Et sur la pierre étroite elle attachait ses bras. Ici, des laboureurs au front chargé de rides, Iremblants, agenouillés, sur des feuilles arides. Venaient encor prier, s'attendrir dans ces lieux, Où les redemandait la voix de leurs aïeux.
Quelques vieillards surtout, d'une voix languissante, Embrassaient tour à tour une tombe récente. C'était celle d'Hombert, d'un mortel respecté,
gui depuis neuf soleils en ces lieux fut porté, a vécu cent ans, il fut cent ans utile. Des fermes d'alentour le sol rendu fertile, Les arbres qu'il planta, les heureux qu'il a faits, A ses derniers neveux conteront ses bienfaits. Souvent on les vanta dans nos longues soirées, Lorsqu'un hiver fameux désolait nos contrées...
Ce lempart tutélaire, élevé par son bras,
Du fleuve débordé contint les eaux rebelles.
Que de fois il calma les naissantes querelles !
Lui seul para ces monts de leurs premiers raisins :
Et même il transplanta, sur les mîiriers voisins,
Ce ver laborieux qui s'entoure en silence
Des fragiles réseaux filés pour l'opulence.
Tu méritais sans doute, ô vieillard généreux!
Les honneurs de ce jour, nos regrets et nos vœux:
Aussi le prêtre saint, guidant la pompe auguste,
S'arrêta tout à coup près des cendres du juste.
Là, retentit le chant qui délivre les morts.
C'en est fait ! et trois fois, dans ses pieux transports,
Le peuple a parcouru l'enceinte sépulcrale :
L'homme sacré trois fois y jeta l'eau lustrale;
Et l'écho delà tombe, aux mânes satisfaits.
Répéta sourdement : Qu'ils reposeyit en paix \
Tout se tut; et soudain, ô fortuné présage!
Le ciel vit s'éloigner les fureurs de l'oiage:
Et brillant, au milieu des brouillards entr'ouverts,
Le soleil, jusqu'au soir, consola l'univers.
(Note de V Editeur).
Note T, page 91.
« Au-dessus de Brig, la vallée se transforme en un étroit et inabordable précipice dont le Rhône occupe et ravage le fond. La route s'élève sur les montagnes septentrionales, et l'on s'enfonce dans la plus sauvnge des solitudes; les Alpes n'offrent rien de plus lugubre. On marche deux heures sans rencontrer la moindre trace d'habitations, le long d'un sentier dangereux, ombragé par de sombres forêts, et suspendu sur un précipice dont la vue ne saurait pénétrer l'obscure profondeur. Ce passage est célèbre par des meurtres, et plusieurs têtes exposées sur des piques étaient, lorsque je le traversai, la digne décoration de son affreux paysage On atteint enfin le village de Lax, situé dans le lieu le plus désert et le plus écarté de cette contrée. Le sol sur equel il est bâti penche rapidement vers le précipice, du fond
duquel s'élève le sourd mugissement du Rhône. Sur l'autre bord de cet abîme, on voit un hameau dans une situation pareille ; les deux églises sont opposées l'une à l'autre; et, du cimetière de l'une, j'entendais successivement le chant des deux paroisses, qui semblaient se répondre. Que ceux qui connaissent la triste et grave harmonie des cantiques allemands les imaginent chantés dans ce lieu, accompagnés par le murmure éloigné du torrent et le frémissement des sapins ».
[Lettres sur la Suisse, de Williams Coxe, tome II, Note de M. Ramond).
Note U, page 96.
Monuments détruits dans Vabbaye de Saint-Denis, les 6, 7 et 8 août 1793.
Nous donnerons ici au lecteur des notes bien précieuses sur les exhumations de Saint-Denis : elles ont été prises par un religieux de cette abbaye, témoin oculaire de ces exhumations.