‹ Le génie du christianisme (volume 4)Chapitre 230 sur 259 · II · texte numérisé non relu

II

De Marguerite de Lorraine, seconde femme de Gaston, morte ie 3 avril 1672, âgée de cinquante-huit ans.

De Jean Gaston d'Orléans, fils de Gaston Jean-Baptiste et de Marguerite de Lorraine, mort le 10 août 1652, à l'âge de deux ans.

De Marie-Anne d'Orléans, fille de Gaston et de Marguerite de Lorraine, morte le 17 août 1656, à l'âge de quatre ans.

Nota. Rien n'a été remarquable dans l'extraction des cercueils faite dans la journée du mardi 15 octobre 1793 ; la plupart de ces corps étaient en putréfaction ; il en sortait une vapeur noire el épaisse d'une odeur infecte, qu'on chassait à force de vmaigre et de poudre qu'on eut la précaution de brûler, ce qui n'empêcha pas les ouvriers de gagner des dévoiements et des fièvreSj qui n'ont pas eu de mauvaises suites.

Le viercredi iô octobre 4793.

Vers les sept heures du matin, on a continué l'extraction des corps et cercueils du caveau des Bourbons. On a commencé pai celui de Henriette-Marie de France, fille de Henri IV, et épouse de l'infortuné Charles 1", roi d'Angleterre, morte en 1669, âgée de soixante ans ; et on a continué par celui de Henrielte-Anne Stuart, fille dudit Charles I", et première femme de Monsieur frère unique de Louis XIV, morte en 1670, âgée de vingt-six ans,

De Philippe d'Orléans, dit Monsieur, frère unique de Louis XIV mort en 1701, âgé de soixante et un ans,

D'Elisabeth-Charlotte de Bavière, seconde femme de Monsieur, morte en 1722, âgée de soixante dix ans.

De Charles, duc de Berri, petit-fils de Louis XIV, mort en 1714, âgé de vingt-huit ans.

De Marie-Louise-Elisabeth d'Orléans, fille du duc régent du royaume, épouse de Charles, duc de Berri, morte en 1719, âgée de vingt-quatre ans.

De Philippe d'Orléans, petit-fils de France, régent du royaume sous la minorité de Louis XV, mort le jeudi 2 décembre 1723, âgé de quarante-neuf ans.

D'Anne-Elisabeth de France, fille aînée de Louis XIV, morte le 30 décembre 1662, laquelle n'a vécu que quarante-deux jours

De Marie-Anne de France, seconde fille de Louis XIV, morte le 28 décembre 1664, âgée de quarante et un jours.

De Philippe, duc d'Anjou, fils de Louis XIV, mort le 10 juillet 1671, âgé de trois ans.

De Louis, duc d'Anjou, frère du précédent, mort le 4 novembre 1672, lequel n'a vécu que quatre mois et dix-sept jours.

De Marie-Thérèse de France, troisième fille de Louis XIV, morte le 1" mars 1672, âgée de cinq ans. ' De Philippe-Charles d'Orléans, fils de Monsieur, mort le 8 décembre 1666, âgé de deux ans six mois

De N., fille de Monsieur, morte en naissant, en 1665.

D'Alexandre-Louis d'Orléans, duc de Valois, fils de Monsieur, mort le 15 mars 1676, âgé de trois ans.

De Charles de Berri. duc d'Alençon fils du duc de Berri mori le 16 avril 1718, âgé de vingt et un jours.

De N. de Berri, fille du duc de Berri, morte en naissant, le 21 juillet 1711.

ET ECLAIRCISSEMENTS i

De Marie-Louise-Elisabeth, fille du duc de Berri. morte en 1714, douze heures après sa naissance

De Sophie de France, sixième fille de Louis XV, et tante de Louis XVI. morte le 5 mars 1782 âgée de quarante-sept ans sept mois et quatre jours.

De N. de France, dite d'AngouIême. fille du comte d'Artois, frère de Louis XVI, morte le 23 juin 1783, âgée de cinq mois et seize jours.

De Mademoiselle fille du comte d'Artois, frère de Louis XVI, morte le 23 juin 1783, âgée de sept ans trois mois un jour.

De Sophie-Hélène de France, fille de Louis XVI, morte le 19 juin 1787, âgée de onze mois dix jours.

De Louis-Joseph-Xavier, dauphin fils de Louis XVI. mort à Meudon le 4 juin 1789, âgé de sept ans sept mois et treize jours.

Suite du mercredi iS octobre 4793

A onze heures du matin, dans le moment où la reine Marie- Antoinette d'Autriche, femme de Louis XVI, eut la tète tranchée, on enleva le cercueil de Louis XV, mort le 10 mai 1774, âgé de soixante-quatre ans

Remarques. Jl était à l'entrée du caveau, sur un banc ou massif de pierre élevé à la hauteur d'environ deux pieds, au côté droit, en entrant, dans une espèce de niche pratiquée dans l'épaisseur du mur: c'était là qu'était déposé le corps du dernier roi, en attendant que son successeur vînt pour le remplacer, et alors on le portait à son rang dans le caveau.

On n'a ouvert le cercueil de Louis XV que dans le cimetière, sur le bord de la fosse. Le corps retiré du cercueil de plomb, bien enveloppé de linges et de bandelettes, paraissait tout entier et bien conservé; maïs dégagé de tout ce qui l'enveloppait, il n'off"rait pas la figure dun cadavre; tout le corps tomba en putréfaction, et il en sortit une odeur si infecte, qu'il ne fut pas possible de rester présent : on brûla de la poudre, on tira plusieurs coups de fusil pour purifier l'air. On le jeta bien vite dans la fosse, sur un lit de chaux vive, et on le couvrit encore de terre et de chaux.

Autres remarques. Les entrailles des princes et princesses étaient aussi dans le caveau, dans des seaux de plomb déposés sous les tréteaux de fer qui portaient leurs cercueils : on les porta au cimetière ; on jeta les entrailles dans la fosse commune. Les seaux de plomb furent mis de côté, pour être portés, comme tous lès autres, à la fonderie qu'on venait d'établir dans le cimetière même pour fondre le plomb à mesure qu'on en trouvait.

Vers les trois heures après midi, on a ouvert, dans la chapelle dite des Charles, le caveau de Charles V, mort en 1380, âgé de quarante-deux ans, et celui de Jeanne de Bourbon, son épouse, morte en 1378, âgée de quarante ans.

Charles de France, mort enfant en 1386, âgé de trois mois, était inhumé aux pieds du roi Charles V, son aïeul. Ses petits os, tout à fait desséchés, étaient dans un cercueil de plomb. Sa tombe, en cuivre, était sous le marche-pied de l'autel. ■

Isabelle de France, fille de Charles V, morte quelques jours après sa mère; Jeanne de Bourbon, morte en 1378, âgée de cinq

ans ; et Jeanne de France, sa sœur, morte en 1366, âgée de si? mois et quatorze jours, étaient inhumées dans la même chapelle à côté de leurs père et mère. On ne trouva que leurs os, sanî cercueils de plomb, mais quelques planches de bois pourri.

Remarques. On a trouvé dans le cercueil de Charles V unt couronne de vermeil bien conservée, une main de justic( d'argent, et un sceptre de cinq pieds de long, surmonté d( feuilles d'acanthe d'argent, bien doré, dont l'or avait conserve tout son éclat.

Dans le cercueil de Jeanne de Bourbon son épouse, on < trouvé un reste de couronne, un anneau d'or, les débris d( bracelets ou chaînons, un fuseau ou quenouille de bois doré, î demi pourri, des souliers de forme fort pointue, en partie consommés, brodés en or et en argent.

Les corps de Charles V et de Jeanne de Bourbon sa femme de Charles VI et de sa femme, de Charles Vil et de sa femme retirés de leurs cercueils, ont été portés dans Ja fosse de; Bourbons: après quoi, cette fosse a été couverte de terre, et or en fait une autre à gauche de celle des Bourbons, dans U fond du cimetière, où on a déposé les autres corps trouvés dans l'église.

Le jeudi, 17 octobre 1793, du matin, on a fouillé dans le tombeau de Charles VI, mort en 1422, âgé de cinquante-quatre ans et dans celui d'Isabeau de Bavière sa femme, morte en 1435 ; on n"a trouvé dans leurs cercueils cjue des ossements desséchés : leur caveau avait été enfoncé lors de la démolition du mois d'août dernier. On mit en pièces et en morceaux leurs belles statues de marbre, et on pilla ce qui pouvait être précieux dans leurs cercueils.

Le tombeau de Charles VII. mort en 1461, âgé de cinquanteneuf ans, et celui de Marie d'Anjou sa femme, morte en 1463. avaient aussi été enfoncés et pillés. On n'a trouvé dans leun cercueils qu'un reste de couronne et de sceptre d'argent doré,

Remarques. Une singularité de l'embaumement du corps de Charles VII, c'est qu'on y avait parsemé du vif argent qui avait conservé toute sa tluidité. On a observé la même singularité dans quelques autres embaumements de corps du quatorzième et du quinzième siècle.

Le même jour, 17 octobre 1793, l'après-dîner, dans la chapelle Saint-Hippolyte, on a fait l'extraction de deux cercueils de plomb, de Blanche de Navarre, seconde femme de Philippe de Valois, morte en 1391, et de Jeanne de France leur fille, morte en 1371, âgée de vingt ans. On n'a pas trouvé la tête de cette dernière; elle a été vraisemblablement dérobée il y a quelques années, lors d'une réparation faite à l'ouverture du caveau.

On a ensuite fait l'ouverture du caveau de Henri II, qui était fort petit : on en tira d'abord deux cœurs, un gros, et l'autre moindre : on ne sait de qui ils viennent, étant sans inscriptions; ensuite quatre cercueils : 1° celui de INIarguerite de France, femme de Henri IV, morte le 27 mai 1615. âgée de soixante-deux ans ; 2" celui de François, duc d'Alençon, quatrième fils de Henri II, mort en 1384 âgé de trente ans ; 3° celui de François II, qui o'a régné qu'un au et demi, et qui mourut

le 5 décembre 1560, âgé de dix-sept ans; 4° d'une fille de Charles IX. nommée Elisabeth de France, morte le 2 avril 1578, âgée de 6 ans.

Avant la nuit on a ouvert le caveau de Charles Vill, mort en 1498, âgé de vingt-huit ans. Son cercueil de plomb était posé sur des tréteaux ou barres de fer : on n'a trouvé que des os presque desséchés.

Le vendredi 18 octobre 1793, vers les sept heures du matin, on a continué l'extraction des cercueils du caveau de Henri II, et on en a tiré quatre grands cercueils : celui de Henri II, mort le 10 juillet 1559. âgé de quarante ans et quelques mois; de Catherine de Médicis sa femme, morte le 5 janvier 1589, à»ée de soixante-dix ans ; de Charles IX, mort en 1574, âgé de vingt-quatre ans; de Henri 111, mort le 2 août 1589, âgé de trente-huit ans.

Celui de Louis, duc d'Orléans, second fils de Henri II, mort au berceau.

De Jeanne de France et de Victoire de France, toutes deux filles de Henri II, mortes en bas âge.

Remarques. Ces cercueils étaient posés les uns sur les autres sur trois lignes : au premier rang, à main gauche en entrant, étaient les cercueils de Henri II, de Catherme de Médicis sa femme, et de Louis d'Orléans leur second fils : le cercueil de Henri II était posé sur des barres de fer, et les deux autres sur celui de Henri II.

Au second rang, au milieu du caveau, étaient quatre autres cercueils placés les uns sur les autres, et les deux cœurs cidessus mentionnés étaient posés dessus.

Au troisième rang, à main droite, du côté du chœur, se trouvaient quatre cercueils ; celui de Charles IX, porté sur des barres de fer, en portait un grand (celui de Henri III) et deux petits.

Dessous les tréteaux ou barres de fer étaient posés les cercueils de plomb. Il y avait beaucoup d'ossements; ce sont probablement des ossements trouvés dans cet endroit lorsqu'en 1719 on a fouillé pour faire le nouveau caveau des Valois, qui était avant construit dans lendroit même où on a déposé les restes des princes et princesses au fur et à mesure qu'on en a découvert.

Lé même jour. 18 octobre 1793, on est descendu dans le caveau de Louis XII, mort en 1515, âgé de cinquante-trois ans. Anne de Bretagne son épouse, morte en 1514, âgée de trente-sept ans, était dans le même caveau, à côté de lui : on a trouvé sur leurs cercueils deux couronnes de cuivre doré.

Dans le cœur, sous la croisée septentrionale, on a ouvert le tombeau de .Jeanne de France, reine de Navarre, fille de Louis X, dit le Hutin, morte en 1349, âgée de trente-huit ans. Elle était enterrée aux pieds de son pèry, sans caveau : une pierre creuse, tapissée de plomb intérieurement, et couverte d'une autre pierre toute plate, renfermait ses ossements; on n'a trouvé dans son cercueil qu'une couronne de cuivre doré.

Louis X, dit le Hutin, n'avait pas non plus de cercueil de plomb, ni de caveau : une pierre creuse, en forme d"auge, tapissée en dedans de lames de plomb, renfermait ses os desséchés, avec un reste de sceptre et de couronne de cuivre

rongé par la rouille ; il était mort en 1316, âgé de près de vingtsept ans.

Le petit roi Jean, son fils posthume, était à côté de son père, dans une petite tombe ou auge de pierre, revêtue de plomb, n'ayant vécu que quatre jours.

Près du tombeau de Louis X, était enterré, dans un simple cercueil de pierre, Hugues, dit le Grand, comte de Paris, mort en 956, père de Hugues Capet, chef de la race des Capétiens. On n'a trouvé que ses os presque en poussière.

On a été ensuite au milieu du chœur découvrir la fosse de Charles-le-Ghauve, mort en 877, âgé de cinquante-quatre ans. On n'a trouvé, bien avant dans la terre, qu'une espèce d'auge en pierre, dans laquelle était un petit coffre qui contenait le reste de ses cendres. Il était mort de poison en deçà du Mont-Genis, sur les confins de la Savoie, dans une chaumière du village de Brios, à son retour de Rome. Son corps fut mis en dépôt au prieuré de Mantui, du diocèse de Dijon, d'où il fut transporté sept ans après à Saint-Denis.

Le samedi 19 octobre 1793, la sépulture de Philippe, comte de Boulogne, fils de Philippe-Auguste, mort en 1223, n'a rien donné de remarquable, sinon la place de la tête du prince, creusée dans son cercueil de pierre.

Nous remarquons la môme chose pour celui de Dagobert,

Le cercueil de pierre en forme d'auge d'Alphonse d"e Poitiers, frère de saint Louis, mort en 1271, ne contenaitque des cendres : ses cheveux étaient bien conservés ; mais ce qui peut être remarquable, c'est que le dessous de la pieri-e qui couvrait son cercueil était tacheté, coloré et veiné de jaune et de blanc comme du marbre : les exhalaisons fortes du cadavre ont pu produire cet effet.

Le corps de Philippe-Auguste, mort en 1223, était entièrement consommé : la pierre taillée en dos d'âne qui couvrait le cercueil de pierre était arrondie du côté de la tête.

Le corps de Louis VIII, père de saintLouis, mort le 8 novembre 1226, âgé de quarante ans, s'est trouvé aussi presque consommé. Sur la pierre qui couvrait son cercueil était sculptée une croix en demi-relief ; on n'y a trouvé qu'un reste de sceptre de bois pourri : son diadème, qui n'était qu'une bande d'étoffe tissue en or, avec une grande calotte d'une étoffe satinée, assez bien conservée. Le corps avait été enveloppé dans un drap ou suaire tissu d'or, on en trouva encore des morceaux assez bien conservés.

Remarques. Son corps ainsi enseveli avait été recousu dans un cuir fort épais qui était bien conservé.

Il est le seul que nous" ayons trouvé enveloppé dans un cuir. Il est vraisemblable qu'on ne l'a fait pour lui que pour que son cadavre n'exhalât pas au dehors de mauvaise odeur dans le transport qu'on en fit de Montpensier en Auvergne, où il mourut à son retour de la guerre contre les Albigeois.

On fouilla au milieu du chœur, au bas des marches du sanctuaire, sous une tombe de cuivre, pour trouver le corps de Marguerite de Provence, femme de saint Louis, morte en 1295. On creusa bien avant en terre sans rien trouver : enfin on découvrit, à gauche de la place où était sa tombe, une auge de

pierre remplie de gravats, parmi lequels étaient une rotule et deux petits os.

Dans la chapelle de Notre-Dame-la-Blanche, on a ouvert le caveau de Marie de France, fille de Charles IV, dit le Bel, morte en 1341, et de Blanche sa sœur, duchesse d'Orléans, morte en 1392. Le caveau était rempli de décombres, sans corps et sans cercueils.

En continuant la fouille dans le chœur, on a trouvé, à côté du tombeau de Louis VIII, celui où avait été déposé saint Louis, mort eu 1270. Il était plus court et moins large que lesautres, les ossements en avaient été retirés Jors de sa canonisation en 1297.

Nota. La raison pour laquelle son cercueil était moins large et moins long que les autres, c'est que, suivant les historiens, ses chairs furent portées en Sicile : ainsi on n'a apporté à Saint- Denis que les os, pour lesquels il a fallu un cercueil moins grand que pour le corps entier.

On a ensuite décarrelé le haut du chœur pour découvrir les autres cercueils cachés sous terre. On a trouvé celui de Philippe-le-Bel, mort en 1014, âgé de quarante-six ans. Ce cercueil était de pierre et recouvert d'une large dalle. Il n'y avait pas d'autre cercueil que la pierre creusée en forme d'auge, et plus large à la tête qu'aux pieds, et tapissée en dedans d'une lame de "plomb, et une forte et large lame aussi de plomb, scellée sur les barres de fer qui fermaient le tombeau. Le squelette était tout entier : on a trouvé un anneau d'or, un sceptre de cuivre doré, de cinq pieds de long, terminé par une touffe de feuillage sur laquelle était représenté un oiseau aussi de cuivre doré.

Le soir, à la lumière, on a ouvert le tombeau de pierre du roi Dagobert, mort en 638. Il avait plus de six pieds de long : la pierre était creusée pour recevoir la tête, qui était séparée du corps. On a trouvé un coffre de bois d'environ deux pieds de long, garni en dedans de plomb, qui renfermait les os de ce prince et ceux de Nanthilde sa. femme, morte en 642. Les ossements étaient enveloppés dans une touffe de soie, séparés les uns des autres par une planche intermédiaire qui partageait le coffre en deux parties. Sur un des côtés de ce coffre était une lame de plomb, avec cette inscription :

HIC JAGET CORPUS D.VGOBERTI.

Sur l'autre côté, une lame de plomb portait :

HIC JAGET CORPUS XAXTHILDÎS.

On n'a pas trouvé la tête de la reine Nanthilde. 11 est probable qu'elle sera restée dans l'endroit de sa première sépulture, lorsque saint Louis les fit retirer pour les placer dans le tombeau qu'il leur fit élever dans le lieu où il se voit aujourd'hui.

Dimanche 20 octobre 1793.

On a travaillé à détacher le plomb qui couvrait le dedans du tombeau de pierre de Philippe-le-Bel, On a refouillé auprès de la sépulture de saint Louis, dans l'espérance d'y trouver le corps de Marguerite de Provence sa femme : on n'a rien trouvé

qu'une auge de pierre sans couverture, remplie de terre et de gravais.

Dans cet endroit devait être aussi le corps de Jean Tristan,, comte de Nevers, fils de saint Louis, mort en 1270, quelques jours avant son père, près de Garthage, en Afrique.

Dans la chapelle dite des Charles, on a retiré le cercueil d& plomb de Bertrand du Guesclin, nunl en 1380. Son squelette était/tout entier, la tête bien conservée, les os bien propres et tout à fait desséchés. Auprès de lui était le tombeau de Bureau de la Rivière, mort en 1400. 11 n'avait guère que trois pieds de long ; on en a retiré le cercueil de plomb.

Après bien des recherches, on a trouvé l'entrée du caveau de François 1^', mort en 1547, âgé de cinc^uante-deux ans.

Ce caveau était grand et bien voûté; il contenait six corps renfermés dans des cercueils de plomb, posés sur des barres de fer : celui de François !<"■ ; celui de Louise de Savoie, sa mère, morte en 1531 ; de Claudine de France, sa femme, morte en 1524, âgée de vingt-cinq ans ; de François, dauphin, mort en 1536, âgé de dix-neuf ans ; de Charles, son frère, duc d"Orléans, mort en 1544, âgé de vingt-trois ans : et celui de Charlotte, sa sœur, morte en 1524, âgée do huit ans.

Tous ces corps étaient en pourriture et en putréfaction liquide, et exhalaient une odeur insupportable ; une eau noire coulait à travers leurs cercueils de plomb dans le transport qu'on en fil au cimetière.

On a repris la fouille dans la croisée méridionale du chœur; on a trouvé une auge ou tombe de pierre remplie de gravats. C'était le tombeau de Pierre Beaucaire, chambellan de saint Louis, mort en 1270.

Sur le soir, on a trouvé, près la grille du côté du midi, le tombeau de Mathieu de Vendôme, abbé de Saint-Denis, et régent du royaume sous saint Louis et sous son fils Philippe-le-Hardi ; il n'avait point de cercueil, ni de pierre, ni de plomb ; il avait été mis en terre dans un cercueil de bois, dont on trouva encore des morceaux de planches pourries. Le corps était entièrement consommé : on n'a trouvé que le haut de sa crosse de cuivre doré et quelques lambeaux de riche étoffe, ce qui marque qu'il avait été enseveli avec ses plus riches ornements d'abbé. Il était mort en 1286, le 5 septembre, au commencement du règne de Philippe-le-Bel.

Le lundi 21 octobre 4793

Au milieu de la croisée du chœur, on a levé le marbre qui couvrait le petit caveau où on avait déposé, au mois d'août 1791, les ossements et cendres de six princes et une princesse de la famille de saint Louis, transférés en cette église de l'abbaye de Royaumont, où ils étaient enterrés; les cendres et ossements ont été retirés de leurs coffres ou cercueils de jjlomb, et portés au cimetière dans la seconde fosse commune, où Philippe-Auguste, Louis Vin. François I" et toute la famille avaient été portés.

Dans l'après-midi, on a commencé à fouiller dans le sanctuaire, à côté du grand autel, à gauche, pour trouver les cercueils de Philippe-le-Long, mort en 1322 ; de Charles IV, dit

le Bel, mort en 1328 : de Jeanne d'Evreux, troisième femme de Charles IV, moite en 1370 ; de Philippe de Valois, mort en 1350, âgé de cinquante-sept ans; de Jeanne de Bourgogne, femme de Philippe de Valois, morte en 1348, et celui du roi Jean, mort en 1364.

Le mardi 22 octobre 4793.

Dans la chapelle des Charles, le long du mur de l'escalier qui conduit au chevet, on a trouvé deux cercueils l'un sur l'autre ; celui de dessus, de pierre carrée, renfermait le corps d'Arnaud Guillem de Barbazan, mort en 1431, premier chambellan de Charles VII. Celui de dessous, couvert de lames de plomb, conenait le corps de Louis de Sancerre, connétable sous Chares VI, mort en 1402, âgé de soixante ans ; sa tête était encore garnie de cheveux longs et partagés en deux cadenettes bien tressées.

On a levé ensuite la pierre perpendiculaire qui couvrait les tombeaux en pierre de l'abbé Suger et de l'abbé Troon, le premier, mort en 1151. et le second en 1221 : on n'y a trouvé que des os presque en poussière.

On a continué la fouille dans le sanctuaire, du côté de l'évangile, et on a découvert, bien avant en terre, une grande pierre plate qui couvrait les tombeaux de Philippe-le-Long et des autres.

On s en tint là. et, pour finir la journée, on alla dans la chapelle dite du Lépreux, lever la tombe de Sédille de Sainte- Croix, morte en 1380. femme de Jean Pastourelle, conseiller du roi Charles V : on n'a tiouvé que des ossements consommés.

Le mercredi 23 octobre 4793.

On a repris, du matin, le travail qu'on avait laissé la veille, pour la découverte des tombeaux du sanctuaire.

On trouva d'abord celui de Philippe de Valois, qui était de pierre, tapissé intérieurement de plomb, fermé par une foite lame de même métal, soudée sur des barres de fer: le tout recouvert d'une longue et large pierre plate : on a trouvé une couronne et un sceptre surmonté d'un oiseau de cuivre doré.

Plus près de l'autel, on a trouvé le tombeau de Jeanne de Bourgogne, première femme de Philippe de Valois ; on y a trouvé son anneau d'argent, un reste de quenouille ou fuseau, et des os desséchés.

Le Jeudi 24 octobre.

A gauche de Philippe de Valois était Charles le Bel. Son tombeau était construit comme celui de Philippe de Valois : on y a trouvé une couronne d'argent doré, un sceptre de cuivre doré, haut de près de sept pieds, un anneau d'argent, un reste de niain de justice, un bâton de bois d'ébène, un oreiller de plomb pour reposer la tête : le corps était desséché.

Le ve7îdredi 2o octobre.

Le tombeau de Jeanne d'Evreux avait été remué, la tombe étatt brisée en trois morceaux, et la lame de plomb qui fermait le cercueil était détachée : on ne trouva que des os desséchés sans la tête ; on ne fit pas d'inform^ation ; il y avait

néanmoins apparence qu'on était venu, dans la nuit précédente dépouiller ce tombeau.

Au milieu, on trouva le tombeau en pierre de Philippe U Long; son squelette était bien conservé, avec une couronne d'argent doré enrichie de pierreries, une agrafe de son manteau er losange, avec une autre plus petite, aussi d'argent, partie de s{ ceinture d'étoffe satinée, avec une boucle d'argent doré, et ur sceptre de cuivre doré. Au pied de son cercueil était un peti caveau où était le cœur de Jeanne de Bourgogne, femme d( Philippe de Valois, renfermé dans une cassette de bois presque pourri : l'inscription était sur une lame de cuivre.

On a aussi découvert le tombeau du roi Jean, mort en 1364 en Angleterre, âgé de cinquante-six ans; on y a trouvé une couronne, un sceptre fort haut, mais brisé : une main de jus tice : le tout d'argent doré. Son squelette était entier. Quelques jours après, les ouvriers, avec le commissaire aux plombs, on été au couvent des Carmélites faire l'extraction du cercueil d( Madame Louise de France, fille de Louis XV, morte le 23 décembre 1787, âgée de cinquante ans et environ six mois. Ils l'ont apporté dans le cimetière, et le corps a été déposé dans h fosse commune; il était tout entier mais en pleine putréfaction : ses habits de carmélite étaient très bien conservés.

Dans la nuit du 11 au 12 septembre 1793, par ordre du département, en présence du commissaire du district et de la munici palité de Saint-Denis, on a enlevé du trésor tout ce qui y était châsses, reliques, etc. : tout a été mis dans de grandes caissei de bois, ainsi que tous les riches ornements de l'église, et h tout est parti dans des chariots pour la Convention, en granc appareil et grand cortège de la garde des habitants de la ville, i< 43, vers les dix heures du matin.

Supplément.

Le 18 janvier 1794, le tombeau de François !•' étant démoli, i fut aisé d'ouvrir celui de Marguerite, comtesse de Flandre, filh de Philippe le Long, et femme de Louis, comte de Flandre morte en 1382, âgée de soixante-six ans; elle était dans ur caveau assez bien construit ; son cercueil de plomb était pos( sur des barres de fer ; on n'y trouva que des os bien conservés et quelques restes de planches de bois de châtaignier. Mais or n'a pas trouvé la sépulture du cardinal de Retz, dit le Coadju leur, mort en 1679, âgé de soixante-six ans, non plus que celh de plusieurs autres grands personnages, '

Note V, page 98 .

CHAriTRE DE JÉSUS-CHPJST ET DE SA VrE.

« A moins qu'il ne plaise à Dieu de vous envoyer qnelqu'ut « pour vous instruire de sa part, n'espérez pas de réussir ja « mais dans le dessein de réformer les mœurs des hommes ». [VhKyo^. Apologie de Socrate).

Le même philosophe, après avoir prouvé que la piété est h chose du monde la plus désirable, ajoute : Mais qui sera en étai de l'enseigner si Dieu ne Lui sert de guide ? (Dialogue intitula Epinomîs. '{Note de l'Editeur).

Note X, page 100.

Lisez, dans la seconde partie du Discours sur VHistoire universelle, l'admirable morceau sur Jésus-Christ et sa doctrine.

[Note de l'Editeur).

Note Y, page 102.

Le docteur Robertson a rendu justice à Voltaire en disant que cet homme universel n'a pas été un historien aussi fidèle qu'on le pense généralement Nous croyons comme lui que "Voltaire n'a pas toujours cité faux ; mais il est certain qu'il a beaucoup omis, car nous n'oserions dire beaucoup ignoré. Il a donné de plus aux passages originaux un tour particulier, pour leur faire dire toute autre chose qu'ils ne disent en effet. C'est le moyen d'être tout à la fois exact et merveilleusement infidèle. Dans ses deux admirables histoires de Louis XIV et de Charles XII, Voltaire n'a pas eu besoin d'avoir recours à ce moyen ; mais dans son Histoire générale, qui n'est qu'une longue injure au christianisme, il s'est cr^u permis d'employer toutes sortes d'armes contre l'ennemi. Tantôt il nie formellement, tantôt il affirme du ton positif; ensuite il mutile et défigure les faits. 11 avance sans hésiter qu'il ny eut aucune hiérarchie pendant près de cent ans parmi les chrétiens. Il ne donne aucun garant de cette étrange assertion ; il se contente de dire : // est reconnu, Von rit aujourd'hui.

Selon cet auteur, on n'a sur la succession de saint Pierre que la liste frauduleuse d'un livre apocryphe, intitulé le Pontificat de Damase K Or, il nous reste un traité de saint Irénée sur les hérésies où le père de l'Eglise gallicane donne en entier la succession des papes, depuis les apôtres ^ 11 en compte douze jusqu'à son temps. On place l'année de la naissance de saint Irénée environ cent vingt ans après Jésus-Christ. Il avait été disciple de Papias et de saint Polycarpe, eux-mêmes disciples de saint Jean l'Evangéliste. Il était donc témoin prescjue oculaire des premiers papes. Il nomme saint Lin" après saint Pierre, et nous apprend que c'est de ce même Lin que parle saint Paul dans son épître àTimothée*. Comment Voltaire ou ceux qui l'aidaient dans son travail n'ont-ils pas craint (s'ils n'ont pas ignoré) cette foudroyante autorité ? Si l'on en croit VEssai sur les mœurs, on n'aurait jamais entendu parler de Lin : et voilà que ce premier successeur du chef de l'Eglise est nommé par les apôtres eux-mêmes !

Note Z, page 102.

Fragment de Sermon de Bossuet sur l'unité de l'Eglise, prononce à l'ouverture de l'assemblée du clergé de 1682.

Nous trouvons dans l'Evangile que Jésus-Christ, voulant commencer le mystère de l'unité dans son Eglise, parmi tous les

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