‹ Le génie du christianisme (volume 4)Chapitre 234 sur 259 · Si j'étais berger dans mon pays · texte numérisé non relu

Si j'étais berger dans mon pays

Fragment (Tuyie lettre à ses sœurs, du iO mars 4801.

Que vous êtes heureuses, mes chères sœurs, de voir les églises se rouvrir : profitez-en, soyez reconnaissantes, réjouissez-vous en Dieu, qui ne cesse de vous protéger... Mon parti est bien pris, me voici fixé jusqu'à la mort ; je soufTre quelquefois, mais cette chère espérance que le bon Dieu a mise dans mon âme vient tous les soirs adoucir mes peines; et lorsque je me rappelle la promesse que fit notre Sauveur à saint Pierre pour tous ceux qui renonceront aux biens de ce monde pour le suivre, d'où me vient ce bonheur, me dis-je, que j'ai été appelé à suivre un si grand maître, qui donne le ciel pour un peu de terre? Quelquefois le souvenir des péchés de ma vie passée m'inquiète ; je sens bien que je n'ai encore rien fait pour satisfaire à une si grande dette, puis je me tranquillise en lisant cette belle méditation de saint Augustin : « Le souvenir de « mes iniquités pourrait me faire désespérer si le Verbe de « Dieu ne se fût fait chair, et n'eût habité parmi nous ; mais (( maintenant je n'ose plus désespérer, parce que si, lorsque « nous étions ennemis, nous avons été réconciliés, etc., etc. ». Il est impossible de ne pas reprendre courage. Procurezrvous ce livre de Méditations, Soliloques et Manuel de saint Augustin. Toute personne qui sert Dieu ne peut lire qu'avec transport ces belles peintures de la Jérusalem céleste. Quel puissant aiguillon pour s'animer à faire quelque chose pour notre Sauveur, qui, par sa mort, nous mérite une si belle vie! Lisez le Traité de Vamour de Dieu de saint François de Sales ; c'est un des livres qui m'ont fait le plus de plaisir en ma vie, quoique je l'aie lu en espagnol.

Fragment d'une lettre à ses frères, samedi de Pâques 4801 .

Après demain, mes chers frères, je ferai ma profession... Je suis étonné de me trouver si fort un dernier jour de carême, C'est bien différent du premier où je fis un dur apprentissage. Les commencements d'une chose nouvelle sont d'ordinaire pénibles parce qu'on n'en sent pas tous les rapports : ensuite peu à peu l'habitude semble changer la nature des choses, et on est étonné de faire avec facilité ce qui avait coûté d'abord tant de peine : c'est ce qui m'arrive. Vous avez dû être étonnés que j'aie embrassé un état qui m'enchaîne, moi qui ai toujours aimé l'indépendance, cette liberté de courir et de m'agiter. Depuis quelques années, quoique j'eusse une existence aussi agréable (]ue ma position me le pût permettre, je me sentais inquiet, j'avais quelquefois du dégoût pour la vie. Enfin, en lisant la Vie de sainte Marie d'Egypte, je me sentis touché de la consolation qu'on trouve lorsqu'on se voue entièrement au service de Dieu, de manière que je pris dès lors la ferme résolution d'embrasser l'état dans lequel je suis à la veille d'entrer sans retour... Vous me parlez de vos affaires. Souvenez-vous que vous êtes frères, tous bons chrétiens. Vous n'appréciez pas assez ce titre, si vous avez besoin d'un tiers pour vous arranger sur vos intérêts respectifs. Ne refroidissez pas l'amitié par des comptes : entre frères tout doit se faire par un à peu près. Que les plus richesaident aux plus pauvres. Qu'il est doux de s'aimer entre frères;

et de se réunir pour parler de la vie future et de Dieu qui est lui-même la parfaite charité !... Prions la sainte Vierge, prions-la cette bonne mère, qu'elle nous réunisse tous au cieî, avec mon père, ma mère, mes sœurs qui y sont déjà, et qui prient de leur côté. Nous ne sommes pas comme les païens, qui. à la mort de leurs proches, se désolent. Pour nous, réjouissonsnous dans le Seigneur, qui ne nous sépare que pour peu de temps. Adieu, mes frères, adieu ; priez pour moi.

Fragment d'une lettre à sa belle-sœur, du Jour de Pâques iSOÏ.

A la veille de me vouer entièrement au silence, ma très chère sœur, je viens vous faire mes derniers adieux. En quittant Paris, vous fûtes la seule que je pus embrasser... Je ne sais pas où sont mes oncles : si par hasard ils sont à votre portée, renouvelez-leur tous les sentiments d'un neveu qui ne pourra plus traverser les monts.

S'il plaît au bon Dieu, j'aurai demain le bonheur de faire mes vœux, ainsi qu'un jeune prêtre français qui a un air bien distingué : sa figure et sa voix portent l'empieinte de la piété.

Ma lettre ne devant partir que samedi, ma profession faite, j'y ajouterai une croix comme on en met sur la tombe des morts.

Adieu encore, ma sœur et mes frères ; ne cessons de prier notre Sauveur qu'il veuille bien nous réunir à son côté droit au grand jour de la résurrection.

t La famille avait demandé un certificat de profession pour obtenir le bienfait de l'amnistie, accordé, par le premier consul. Elle espérait que la mort civile du Trappiste serait considérée comme ayant le même eflet que la mort naturelle. La lettre qui suit, écrite par un religieux de la Trappe, dispensa de faire cette nouvelle demande à la bienfaisance du gouvernement.

Lettre du Père... à la famille.

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