‹ Le génie du christianisme (volume 4)Chapitre 239 sur 259 · Herrera, Decad. ii, lib. ii, cap. m · texte numérisé non relu

Herrera, Decad. ii, lib. ii, cap. m

tion : mais Ximenès n'était pas disposé à souflrir patiemment qu'on mît aucun obstacle à ses projets. Il envoya chercher les ministres, leur parla d'un ton si haut, les etîraya tellement, qu'ils obéirent sur-le-champ*. Les surintendants, leur associé Zuazo et Las Casas, mirent à la voile pour Saint-Domingue. A leur arrivée, le premier usage qu'ils firent de leur autorité fut de mettre en liberté tous les Indiens qui avaient été donnés aux courtisans espagnols et à toute personne non résidant en Amérique. Cet acte de vigueur, joint à ce qu'on avait appris d'Espagne sur l'objet de leur commission, répandit une alarme générale. Les colons conclurent qu'on allait leur enlever en un moment tous les bras avec lesquels ils conduisaient leurs travaux, et que leur ruine était inévitable. Mais les Pères de Saint- Jérôme se conduisirent avec tant de précaution et de prudence, que les craintes furent bientôt dissipées.

« Ils montrèrent dans toute leur administration une connaissance du monde et des affaires qu'on n'acquiert guère dans le cloître, et une modération et une douceur encore plus rares parmi des hommes accoutumés à l'austérité d'une vie monastique. Ils écoutèrent tous le monde, ils comparèrent les informations qu'ils avaient recueillies, et, après une mure délibération, ils demeurèrent persuadés que l'état de la colonie rendait impraticable le plan de Las Casas, vers lequel penchait le cardinal. Ils se convainquirent que les Espagnols établis en Amérique étaient en trop petit nombre pour^ pouvoir exploiter les mines déjà ouvertes, et cultiver le pays ; que pour ces deux genres de travaux, ils ne pouvaient se passer des Indiens ; que si on leur ôtait ce secours, il faudrait abandonner les conquêtes, ou au moins perdre tous les avantages qu'on en retirerait ; qu'il n'y avait aucun motif assez puissant pour faire surmonter aux Indiens rendus libres leur aversion naturelle pour toute espèce de travail, et qu'il fallait l'autorité d'un maître pour les y forcer; que si on ne les tenait pas sous une discipline toujours vigilante, leur indolence et leur indifférence naturelles ne leur permettraient jamais de recevoir l'instruction chrétienne, ni d'observer les pratiques de la religion. D'après tous ces motifs, ils trouvèrent nécessaire de tolérer les reparlimientos etVescla.vage des Américains. Ils s'efforcèrent en même temps de prévenir les funestes effets de cette tolérance, et d'assurer aux indiens le meilleur traitement qu'on pût concilier avec l'état de servitude. Pour cela ils renouvelèrent les premiers règlements, y en ajoutèrent de nouveaux, ne négligèrent aucune des précautions qui pouvaient diminuer la pesanteur du joug : enfin ils employèrent leur autorité, leur exemple et leurs exhortations à inspirer à leurs compatriotes des sentiments d'équité et de douceur pour ces Indiens dont l'industrie leur était nécessaire. Zuazo, dans son département, seconda les efforts des surintendants. Il réforma les cours de justice, dans la vue de rendre leurs décisions plus équitables et plus promptes, et fit divers règlements pour mettre sur un meilleur pied la police intérieure de la colonie. Tous les Espagnols du Nouveau-Monde

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