Herrera, Decad. n, lib. n, cap. vi
témoignèrent leur satisfaction de la conduite de Zuazo et de ses associés, et admirèrent la hardiesse deXimenès, qui s'était écarté si fort des routes ordinaires dans la formation de son plan, et sa sagacité dans le choix des personnes à qui il avait donné sa confiance, et qui s'en étaient rendues dignes par leur sagesse, leur modération et leur désintéressements
« Las Casas seul était mécontent. Les considérations qui avaient déterminé les surintendants ne faisaient aucune impression sur lui. Le parti qu'ils prenaient de conformer leurs règlements à l'état de la colonie lui paraissait l'ouvrage d'une politique mondaine et timide, qui consacrait une injustice parce qu'elle était avantageuse. 11 prétendait que les Indiens étaient libres par le droit de nature, et, comme leur protecteur, il sommait les surintendants de ne pas les dépouiller du privilège commun de l'humanité. Les surintendants reçurent ses remontrances les plus âpres sans émotion, et sans s'écarter en rien de leur plan. Les colons espagnols ne furent pas si modérés à son égard, et il fut souvent en danger d'être mis en pièces pour la fermeté avec laquelle il insistait sur une demande qui leur était si odieuse. Las Casas, pour se mettre à l'abri de leur fureur, fat obligé de chercher un asile dans un couvent ; et, voyant que tous ses efforts en Amérique étaient sans effet, il partit pour l'Europe avec la ferme résolution de ne pas abandonner la défense d'un peuple qu'il regardait comme victime d'une cruelle oppression-.
<( S'il eût trouvé dans Ximenès la même vigueur d'esprit que ce ministre mettait ordinairement aux affaires, il eût été vraisemblablement fort mal reçu. Mais le cardinal était atteint d'une maladie mortelle, et se préparait à remettre l'autorité dans les mains du jeune roi, qu'on attendait de jour en jour des Pays-Bas. Charles arriva, prit possessio^n du gouvernement, et, par la mort de Ximenès, perdit un ministre qui aurait mérité sa confiance par sa droiture et ses talents. Beaucoup de seigneurs flamands avaient accompagné leur souverain en Espagne. L'attachement naturel de Charles pour ses compatriotes l'engageait à les consulter sur toutes les affaires de son nouveau royaume ; et ces étrangers montrèrent un empressement indiscret à se mêler de tout, et à s'emparer de presque toutes les parties de l'administration'. La direction des affaires d'Amérique était un objet trop séduisant pour leur échapper. Las Casas remarqua leur crédit naissant. Quoique les hommes à projets soient communément trop ardents pour se conduire avec beaucoup d'adresse, celm-ci était doué de cette activité infatigable qui réussit quelquefois mieux que l'esprit le plus délié. Il fit sa cour aux Flamands avec beaucoup d'assiduité. Il mit sous leurs yeux l'absurdité de toutes les maximes adoptées jusque-là dans le gouvernement de l'Amérique, et particulièrement les vices des dispositions faites par Ximenès. La mémoire de Ferdinand était odieuse aux Flamands. La vertu et les talents de Ximenès avaient été pour
4. Herrera, Decad. Il, lib. II, cap. xv; Remesal, /fisf. s'en., lib. u, cap. XIV, XV, XVI.