‹ Le génie du christianisme (volume 4)Chapitre 245 sur 259 · Herrera. Decad. n. Iib. x, cap. v · texte numérisé non relu

Herrera. Decad. n. Iib. x, cap. v

pour les mettre à exécution, Las Casas, par son activité et sa persévérance, par quelques condescendaHoes et beaucoup de menaces, obtint à la fin un petit corps de troupes pour protéger sa colonie au premier moment de son établissement. Mais, à son retour à Porto-Rico, il trouva que les maladies lui avaient déjà enlevé beaucoup de ses gens ; et les autres, ayant trouvé

auclque occupation dans l'ile, refusèrent de le suivre. Cepenant, avec ce qui lui restait de monde, il fit voile vers Cumana. Ocampo avait exécuté sa commission dans cette province avec tant de barbarie, il avait massacré ou envoyé en esclavage à Hispaniola un si grand nombre d'Indiens, que tout ce qui restait de ces malheureux s'était enfui dans les bois, et que rétablissement formé à Tolède, se trouvant dans un pays désert, touchait à sa destruction. Ce fut cependant en ce même endroit que Las Casas fut obligé de placer le chef-lieu de sa colonie. Abandonné, et par les troupes qu'on lui avait données pour le protéger, et par le détachement d'Ocampo, qui avait prévu les calamités auxquelles il devait sattendre dans un poste aussi misérable, il prit les précautions qu'il jugea les meilleures pour la sûreté et la subsistance du ses colons ; mais, comme elles étaient encore bien insuffisantes, il retourna à Hispaniola solliciter des secours plus puissants, afin de sauver des hommes que leur confiance en lui avait engagés à courir de si grands dangers. Bientôt après son départ, les naturels du pays ayant reconnu la faiblesse des Espagnols, s'assemblèrent secrèteruent, les attaquèrent avec la furie naturelle à des hommes réduits au désespoir par les barbaries qu'on avait exercées contre eux, en firent périr un grand nombre, et forcèrent le reste à se retirer à l'île de Cubagna. La petite colonie qui était établie pour la pêche des perles partagea la terreur panique dont les fugitifs étaient saisis, et abandonna l'île. Enfin il ne resta pas un seul Espagnol dans aucune partie du continent ou des îles adjacentes, depuis le golfe du Paria jusqu'aux confins du Darien. Accablé par cette succession de désastres, et voyant l'issue malheureuse de tous ses grands projets, Las Casas n'osa plus se montrer; il s'enferma dans le couvent des Dominicains à Saint-Domingue, et prit bientôt après l'habit de cet ordre i ».

c( Quoique la destruction de la colonie de Cumana ne soii arrivée que l'an 1521, je n'ai pas voulu interrompre le récit des négociations de Las Casas depuis leur origine jusqu'à leur issue. Son système fut l'objet d'une longue et sérieuse discussion; et quoicpie ses tentatives en faveur des Américains opprimés n'aient pas été suivies du succès qu'il s'en promettait isans doute avec trop de confiance), soit par son imprudence, soit par la haine active de ses ennemis, elles donnèrent lieu à divers règlements qui furent de quelque utilité à ces malheureuses nations». (Htst. d'Amer., liv. m).

i. Herbera, DecoLd. n, lib. x, cap. v : Deca.d. m.lib. n. cap. ui, iv, v ; OviEDO, Hist., lib. XIX, cap. v ; Gomera, cap. lxxvu ; Davila Padilla, lib. I. cap. xcxvu; Remesal, Hist. gén.,\\h. u, cap. xxu, xxin

Second Fragment.

« Il allait (Corlez) détruire leurs autels et renverser leurs idoles avec la même violence qu'à Zempoaila, si le père Barthélemi d'Olmedo aumônier de i'armée. n'avait arrêté limpétuosité de son zèle Le religieux iui représenta l'imprudence d"une telle démarche dans une grande ville remplie d'un peuple également superstitieux et guerrier, avec lequel les Espagnols venaient de s'allier 11 déclara que ce qui s'était fait à Zempoaila lui avait toujours paru injuste; que la religion ne devrait pas être prêchée le fer à la main, ni les infidèles convertis par la violence; qu'il fallait employer d'autres armes pour cette conquête: l'instruction qui éclaire les, esprits, et les bons exemples qui captivent les cœurs ; que ce n'était que par ces moyens qu'on pouvait engager les iiommes à renoncer à leurs erreurs, et embrasser la vérité — Au seizième siè,cle, dans un temps où les droits de la conscience étaient si mal connus de tout le monde chrétien, où le nom de tolérance était même ignoré, on est étonné de trouver un moine espagnol au nombre des premiers défenseurs de la liberté religieuse et des premiers improbateurs de la persécution. Les remontrances de cet ecclésiastique, aussi vertueux que sage, firent impression sur l'esprit de Corlez. Il laissa les Tascalans continuer l'exercice libre de leur religion, en exigeant seulement qu'ils renonçassent à sacrifier des victimes humaines. {Hist. (VAmér.^ liv. v).

Robertson, après avoir prouvé que la dépopulation de l'Amérique ne peut être attribuée à la politique dn gouvernement espagnol, passe à ce morceau que nous avons cité dans le texte :

« Cest avec ply,s d'injustice encore que beaucoup d'écrivains ont attribué à l'esprit dintolérance de la religion romaine la destruction des Américains, etc. ».

Et enfla ailleurs, en parlant des Indiens, il dit : « Quoique Paul 111, par sa fameuse bulle donnée en 1537, ait déclaré les Indiens créatures raisonnables, ayant droit à tous les privilèges du christianisme, néanmoins, après deux siècles durant lesquels ils ont été membres de l'Eglise, ils ont fait si peu de progrès, qu'à peine en trouve-t-on quelques-uns qui aient une portion d'intelligence suffisante pour être regardés comme dignes de participer à l'Eucharistie. D'après cette idée de leur incapacité et de leur ignorance en matière de religion, lorsque le zèle de Philippe lui fit établir l'inquisition en Amérique, en 1570. les Indiens furent déclarés exempts de la juridiction de ce sévère tribunal, et ils sont demeurés soumis à l'inspection de leurs évoques diocésains. » (Tome v, page 205.)

Si l'on pèse avec attention et impartialité tous les faits avancés par le docteur presbytérien., si l'on se rappelle en même temps les nombreux hôpitaux fondés par les Indiens du Nouveau-Monde, les admirables missions du Paraguay, etc., on sera convaincu qu'il n'y a jamais eu de plus atroce calomnie que celle qui attribue à la religion chrétienne la destruction des habitants du Nouveau-Monde.

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