‹ Le génie du christianisme (volume 4)Chapitre 246 sur 259 · MASSACRE D IRLANDE · texte numérisé non relu

MASSACRE D IRLANDE

Des inimitiés nationales, bien plus encore que des haines religieuses, produisirent en 1641 le fameux massacre d'Irlande. Depuis longtemps opprimés par les Anglais, dépouillés de leurs terres, tourmentés dans leurs mœurs, leurs habitudes et leur religion, réduits presque à la condition d'esclaves par des maîtres hautains et tyranniques, les Irlandais, poussés au désespoir, eurent enfin recours à la vengeance ; ils ne furent pas même les agresseurs dans cette horrible tragédie, et on avait commencé à les égorger avant qu'ils se déterminassent à répandre le sang.

M. Millon, dans ses Recherches sur VIrlande (imprimées à la suite du Voyage d'Arthur Young), a recueilli des faits intéressants qu'il sera bon de mettre ici sous les yeux du lecteur.

Quelques Irlandais s'étant soulevés par une suite de ce système d'oppression qui pesait sur leur malheureuse patrie, le conseil anglais d'Irlande envoie des troupes contre eux avec ordre de les exterminer.

« Les officiers, dit Castelhaven (dont M. Millon cite ici les propres paroles), les officiers et les soldats, peu attentifs à distinguer les rebelles sujets, tuèrent indistinctement, dans bien des endroits, hommes, femmes et enfants ; ce procédé irrita les rebelles et les porta à commettre les mêmes cruautés sur les Anglais i ». D'après le passage du comte Castelhaven, il paraît que les Anglais avaient commencé la scène par ordre de leur chef, et que le crime des Irlandais était d'avoir suivi un exemple barbare *.

« Je ne puis croire, ajoute Castelhaven, qu'il y ait eu alors en Irlande, hors des villes murées, la dixième jjartie des sujets britanniques rapportés par le chevalier Temple et autres écrivains, comme massacrés par les Irlandais. Il est clair que cet auteur répète jusqu'à deux ou trois fois, en divers endroits, les mêmes personnes avec les mêmes circonstances, et qu'il fait mention de quelques centaines d'vidividus comme inassacrés alors qui ont vécu encore plusieurs années après, et quelquesuns jusqu'à notre temps : il est donc juste que, malgré les clameurs mal fondées de certaines persoiines, qui s'écrient contre les Irlandais sans dire un mot de la rébellion fomeyitée chez eux, je rende justice à la nation irlandaise, et que je déclare que les chefs de cette nation n'eurent jamais intention d''autoriser les cruautés quon y avait exercées d.

(( L'exemple des Ecossais qui s'étaient insurgés fut en partie cause de la révolte des Irlandais déjà mécontents ; ils se voyaient à la veille d'être forcés, ou de renoncer à leur religion, ou d'abandonner leur patrie : une pétition des protestants d'Irlande, signée de plusieurs milliers d'entre eux, et adressée au parlement d'Angleterre, justifiait leur crainte ; on se vantait déjà

1. Which procédure exasperated the rebels, and induced them to commit to ttie like cruelties upon the English,

-. Ma-Geoghegan.

publiquement qu'avant un an il n'y aurait pas un seul papiste en Irlande. Cette adresse produisit son effet en Angleterre : Charles 1" ayant remis, par une condescendance forcée, les aiTafres d'Irlande entre les mains du parlement, cette assemblée fit une ordonnance qui tendait à l'extirpation totale des Irlandais, et déclara qu'elle ne consentirait jamais à aucune fblérance de la religion papiste en Irlande, ni dans aucun autre des états britanniques. Le même parlement ordonna ensuite qu'on assignât a des aventuriers anglais, moyennant une certaine somme dargent, deux millions cinq cent mille acres de terres profitables en Irlande, non compris les marais, les bois et les montagnes stériles, et cela dans le temps où les propriétaires de terre engagés dans la révolte étaient en très petit nombre. Il fallait donc, pour satisfaire l'engagement pris avec ces aventuriers, déposséder une infinité d'honnêtes gens qui n'avaient jamais troublé la tranquillité publique.

il Les irlandais, principalement ceux d'Ulster, n'avaient pas oublié linjuste confiscation de six comtés faite sur eux il n'y avait pas encore quarante ans ; ils regardaient les propriétaires actuels comme des usurpateurs ; et, leur douleur ayant dégénéré en vengeance, ils se saisirent des maisons, des troupeaux et des effets de ces nouveaux venus, et les beaux édifices et les habitations commodes que ces colons avaient fait construire sur les terres de ces propriétaires furent ou rasés ou consumés par le feu ' ».

Telles furent les premières hostilités commises par les Irlandais sur les Anglais ; il n'était pas encore question de massacre : les Anglais, dit Ma-Geoghegan, furent les premiers agresseurs ; leur exemple fut suivi trop exactement par les catholiques de rUlster, et la contagion se répandit bientôt par tout le royaume ; il ne s'agissait pas d'une querelle particulière, c'était une antipathie et'une haine nationale entre les deux peuples, savoir, les Irlandais catholiques et les Anglais protestants... Voilà lorigine de cette malheureuse guerre qui coûta tant de sang; voilà les causes du soulèvement des Irlandais en 1641. lequel fut suivi d'un horrible massacre. Ma-Geoghegan assure une chose certaine, qu'il y eut six fois plus de catholiques que de protestants massacrés dans cette occasion : 1° parce que les premiers étaient dispersés dans les campagnes, et par conséq^uent exposés à la furie d'un ennemi inlpitoyable, au lieu que les derniers demeuraient pour la plupart dans des villes murées et dans des châteaux qui les mirent à couvert de la fureur d'une populace ell'rénée ; et ceux d'entre eux qui habitaient dans les campagnes se retirèrent au premier bruit dans les villes et places fortes, où ils restèrent pendant la guerre ; quelques-uns retournèrent en Angleterre ou en Ecosse, de sorte qu'il n'en périt que fort peu, excepté ceux qui avaient été exposés à la première furie des révoltés. Les garnisons anglaises, sur ces entrefaites, massacrèrent les gens de la campagne sans distinction d'âge ni de sexe ; 2° le nombre des catholiques exécutés à mort par les Gromwelliens pour cause de massacre fut

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