‹ Le génie du christianisme (volume 4)Chapitre 252 sur 259 · II · texte numérisé non relu

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il rappelle particulièrement aux Romains ce que leurs pères avaient souftert lors de l'incendie de Rome par les Gaulois pendant la seconde guerre Punique, et surtout du temps des proscriptions de Mariiîs et de Sylla. Il fait voir que ce dernier avait été bien plus cruel que les Goths ; que ceux-ci avaient du moins épargné tous ceux qui s'étaient réfugiés dans les basiliques des apôtres et les tombeaux des martyrs, protection qu'on n'avait jamais vue, dans toute l'antiquité, procurée par les temples des dieux; et qu'ainsi, en accusant la religion chrétienne, ils se rendaient encore coupables d'ingratitude. 11 leur dit ensuite que leur perte avait pour principe la corruption de leurs mœurs, dont il fait remonter l'époque à la construction du premier amphithéâtre, que Scipion Nasica voulut en vain empêcher; corruption que Salluste a peinte avec tant de force, et qui faisait dire à Cicéron, dans son traité de la République ^, écrit soixante ans avant Jésus- Christ, qu'tV comptait Vétat de Rome comme déjà ruiné, par la chute des anciennes mœurs.

Saint Augustin dit aux chrétiens que les gens de bien commettent toujours beaucoup de fautes ici-bas qui méritent des punitions temporelles; mais que les vrais disciples de Jésus- Christ ne regardaient pas comme des maux la perte des biens, l'exil, la captivité, ni la mort même, et qu'ils n'espéraient le bonheur que dans la cité du ciel, qui est leur véritable patrie.

Cet ouvrage n'est que le développement de la fameuse lettre que le saint docteur avait écrite, lors de la prise de Rome, au tribun Marcellin, secrétaire impérial en Afrique. Peu de temps après, ce même Marcellin fut calomnieusement accusé d'être entré dans une conspiration contre l'empereur, et il fut condamné à perdre la tête, ainsi que son frère Appringius. Comme ils étaient ensemble en prison, Appringius dit un jour à Marcellin : « Si je souffre ceci pour mes péchés, vous dont je connais la vie « si chrétienne, comment lavez-vous mérité ? — Quand ma vie, « dit Marcellin, serait telle que vous le dites, croyez-vous que « Dieu me fasse une petite grâce, de punir ici mes péchés, et de ne « les pas réserver au jugement futur ^ » ?

{Note de r Editeur).

Note Kk, page 245.

Il est curieux de voir comment un Faidyt traite un Fénelon dans sa Télémacomanie : « S'il faut juger du ïélémaque. dit-il, par le feu et l'ardeur avec laquelle ce livre est recherché, c'est le plus excellent de tous les livres. Jamais on ne tira tant d'exemplaires d'aucun ouvrage ; jamais on ne fît tant d'éditions d'un môme livre; jamais écrit n'a été lu par tant de gens. Mais comme les fées du jeune Perrault, et les pasquinades de Le Noble, et les mamans-joies de madame Demurat, et les comé-

d. Fragment conservé dans la Cité de Dieu, liv. ii, chap. xxi.

2. Parvutnne, inguit, 'tnihi existimas coyiferyn divinitus bene/îciu7n {si tamen hoc testiynonimn tuuin de vita mea verum est), ut r/uod patior, etiamsi risque ad efrusionum, saHguinis poAiar., ibi peccata mea puniantur, nec ynihiad fulurum judicium reserventur? fS. Aug.. ad Csecilianum,, ep. eu.)

dies d'Arlequin, oU le Ihéâtre Italien, qui sont certainement des livres fort méprisables, ont été lus et courus par plus de gens, et réimprimés plus de fois que Télémaque, il faut c^inipter pour peu de chose l'avidité avec laquelle il a été recherché, etc.. Le profond respect que j'ai pour le caractère et pour le mérite personnel de M. de Cambrai me fait rougir de honte pour lui, d'apprendre qu'un tel ouvrage soit parti de sa plume, et que de la même main dont il offre tous les jours sur l'autel, au Dieu vivant, le calice adorable qui contient le sang de Jésus-Christ, le prix de la rédemption de l'univers, il ait présenté à boire à ces mêmes âmes qui en ont été rachetées, la coupe du vin empoisonné de la prostituée de Babylone.. Je n'ai presque vu autre chose dans les premiers tomes du Télémaque de M. de Cambrai, que des peintures vives et naturelles de la beauté des nymphes et des naïades, et de celle de leur parure et de leur ajustement, de leur danse, de leurs chansons de leurs jeux, de leurs divertissements, de leur chasse, de leurs intrigues à se faire aimer, et de la bonne grâce avec laquelle elles nagent toutes nues aux yeux d'un jeune homme pour l'enflammer. La grotte enchantée de Calypso, la troupe galante des jeunes filles qui l'accompagnent partout, leur étude à plaire, leur application à se parer, les soins assidus et officieux qu'elles rendent au beau Télémaque, les discours que leur maîtresse, encore plus amoureuse qu'elles, lui tient, les charmes de la jeune Eucharis, les avances qu'elle fait à son amoureux, les rendezvous dans un bois, les tête-à-tête sur l'herbe, les parties de chasse, les festins le bon vin et le précieux nectar dont elles enivrent leur hôte, la descente de Vénus dans un char doré et léger, traîné par des colombes accompagnée de son petit Amour; enfin la description de l'île de Chypre, et des plaisirs de toutes les sortes qui sont permis en ce charmant pays, aussi bien que les fréquents exemples de toute la jeunesse qui, sous l'autorité des lois, et sans le moindre obstacle de la pudeur, s'y livre impunément à toutes sortes de voluptés et de dissolutions, occupent une bonne partie du premier et du second tome du roman de votre prélat. Madame... Est-il possible que M. de Cambrai, qui est si éclairé, n'ait pas prévu tant de funestes suites qui proviendront de son livre'.'... A quoi peuvent servir après cela toutes les belles instructions de morale et de vertu chrétienne et évangélique que ^L de Cambrai fait donner par Mentor à son Télémaque ? N'est-ce pas mêler Dieu avec le démon, Jésus-Christ avec Bélial, la lumière avec les ténèbres, comme dit saint Paul, et faire un mélange ridicule et monstrueux de la religion chrétienne avec la païenne, et des idoles avec la Divinité »? [Télémacomanie, ou la censure et critique du roman intitulé : les Aventures, etc., 1 vol. in-12 de oOO pag., édit. 1700, pag. 1-2-3-6-461-462.) On voit que dans tous les temps les dénonciations et les insinuations odieuses ont fait une partie essentielle de l'art de certains critiques. Le reste de la Télétnacomanie est du même ton. Faidyt prouve que Féne- Ion ne sait pas sa langue : qu'il est d'une ignorance profonde en histoire; qu'il fait toujours, par exemple; Idoménée petit-fils de Minos. fils de Jupiter, tandis qu'il n'était que son arrièrepetit-fils ; il montre que l'archevêque de Cambrai n'entend pas

Homère, que son roman (qui est un chef-d'œuvre de composition) est pitoyablement composé, notamment le dénouement, que lui, Faidyt, trouve ridicule, etc., etc. Encore ce misérable, qui avait aussi insulté Bossuet, et l'avait appelé Tâne de Balaam, se défend-il d'être l'auteur d'une critique brutale et séditieuse, qui avait paru depuis quelque temps contre le Télémague ; il est forl scandalisé qu'on lui attribue cet infâme libelle : il voulait parler apparemment de la critique générale du Télémaque, de Gueudeville. Il faut convenir qu'on a peu le droit de se plaindre de la rigueur de la censure lorsqu'on voit de pareilles insultes prodiguées à des ouvrages dont le temps a consacré la beauté ; mais il faut convenir aussi que ces critiques sont des refuges dangereux pour l'amour-propre des auteurs modernes, et qu'elles offrent trop de consolation à la médiocrité.

Note L1, page 247.

Epist. ad Magnum. Il nomme avec son érudition accoutumée tous les auteurs qui ont défendu la religion et les mystères par des idées philosophiques, en commençant à saint Paul, qui cite des vers de Ménandre* et d'Epiménide*, jusqu'au prêtre Juvencus, qui, sous le règne de Constantin, écrivit en vers l'histoire de Jesus-Christ, « sans cramdre, ajoute saint Jérôme, que la poésie diminuât quelque chose de la majesté de l'Evangile'd.

Note Mm, page 248.

Le passage grec est formel :

'0 //£v yccp svdbi;, yp(/./j./j.c<.Ti.y.oç arêj r/iv Téx'->y}v ypcc/JL/jLCizixh'J ;f^t-tav£Z(Ç TÛTTW (7uvéTfy,TTS TU zs Moji>7£wç ^iQliy. Sià ToO -hponxoîi ).syo/j.évou [xirpo'j fxeTéÇaXs, xoni oaa. xarà tvjv Tra/atàv S ic/.6r^xr,-> èv Içopiocç zùiro) avf/éypo(.TCz<x.i' xal zoùzo fû-j zco ScKxzuÀiy.û [J-izpoi (ruyézKZZS' zO'jzo Se xoù z& zr,i zp(x.y()iSicci ZÙ7TU Spa.jJia.zixcoi k^sipyoU^îzo • xv.l tckvzI jj-izpu pvBy.ixi-j) èXp^'^'^i OTïMi àv p-YiSîtc, zpo'noi zrji ï)'ArcJiy.r,z, yÂÙzzr,:^ zoii^ X.piÇiK-JoZi àvrjy.ooç, -ç. 'O Sk vzMTSpoç, 'ATCOÀÀrjoiptOi, £Ù Tzpb^ zd léyzi-J Tzy.pz'jyzua.Gij.iJOi, zà. "EéVayyùif/. xc/ù zà. v.no^zoliy.c/, Sôyp.'/.zrx h ryrrw §iv.lo'yoiv i^éOizOj xvBkxai rD.arwv rty.p "E//V77tv. (SOCRAT., lib. HI, C. XVI, f)age 154, ex edilione Valesii. Paris., an. 1686.) Sozomène, qui attribue tout au fils, dit qu'il fit l'histoire des Juifs, jusqu'à Saûl, en vingtquatre poèmes, qu'il marqua des vingt-quatre lettres grecques de l'alphabet, comme Homère ; qu'il imita Ménandre par des comédies, Euripide par des tragédies, et Pindare par des odes, prenant le sujet de ces ouvrages dans l'Ecriture sainte. Les chrétiens chantaient souvent ses vers au lieu des hymnes sacrés, car il avait composé des chansons pieuses de toutes les sortes pour les jours de fêtes ou de travail. Il adressa à Julien mênie, et aux philosophes de ces temps, un discours intitulé De la Vérité, et dans lequel il défendait le christianisme par des raisons purement humaines.

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