‹ Le génie du christianisme (volume 4)Chapitre 26 sur 259 · De Moi'.. lib. xxxiv, cap. xvi · texte numérisé non relu

De Moi'.. lib. xxxiv, cap. xvi

que alois lieureux, à qui, dans ses revers, le ciel miséricordieux réservait le doux Massillon !

Non toutefois que l'évéque de Glermont n'ait en partage que la tendresse du génie; il sait aussi faire entendre de& sons mâles et vigoureux. Il nous semble qu'on a vanté trop exclusivement son Petit Carême: l'auteur y montre sans doute une grande connaissance du cœur humain, des vues flnes sur les vices des cours, des moralités écrites avec une élégance qui ne bannit pas la simplicité ; mais il y a certainement une éloquence plus pleine, un style plus hardi, des mouvements plus pathétiques et des pensées plus profondes dans quelques-uns de ses autres sermons, tels que ceux sur la mort, sur Y impénitence finale , &ur le petit nombre des élus, sur la mort du pécheur, sur la nécessité d'un avenir, sur la passion de Jésus-Christ. Lisez, par exemple, cette peinture du pécheur mourant :

(( EnOn, au milieu de ses tristes efforts, ses yeux se fixen'., ses traits changent, son visage se défigure, sa bouche livide s'entr'ouvre d'elle-même, tout son esprit frémit ; et, par ce dernier effort, son àme s'arrache avec regret de ce corps de boue, et se trouve seule au pied du tribunal de la pénitence^ ».

A ce tableau de Thomme impie dans la mort, joignez celui des choses du monde dans le néant.

« Regardez le monde tel que vous l'avez vu dans vos premièies années, et tel que vous le voyez aujourd'hui ; une nouvelle cour a succédé à celle que vos premiers ans ont vue ; de nouveaux personnages sont montés sur la scène^^ les grands rôles sont remplis par de nouveaux acteurs : ce sont de nouveaux événements, de nouvelles intrigues, de nouvelles passions, de nouveaux héros, dans la vertu comme dans le vice, qui sont le sujet des louanges, des dérisions, des censures publiques. Rien ne demeure, tout change, tout s'use, tout s'éteint : Dieu seul demeure toujours le même. Le torrent des siècles qui entraîne tous les siècles coule devant ses yeux, et il voit avec indignation de faibles mortels emportés par ce cours rapide l'insulter en passant ».

L'exemple de la vanité des choses humaines, tiré du siècle de Louis XIV, qui venait de finir (et cité peut-être devant des vieillards qui en avaient vu la gloire), est bien pathétique ! Le mot qui termine la période semble être échappé à Bossuet, tant il est franc et sublime.

Nous donnerons encore un exemple de ce genre ferme d'éloquence qu'on paraît refuser à Massillon, en ne parlant que de son abondance et de sa douceur. Pour cette fois,

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