TROISIÈME PARTIE
nous prendrons un passage où l'orateur abandonne son style favori, c'est-à-dire le sentiment et les images, pour n'être qu'un simple argumentateur. Dans le sermon sur la vérité d'un avenir, il presse ainsi l'incrédule :
« Que dirai-je encore ? Si tout meurt avec nous, les soins du nom et de la postérité sont donc frivoles ; l'honneur qu'on rend à la mémoire des hommes illustres une erreur puérile, puisqu'il est ridicule d'honorer ce qui n'est plus ; la religion des tombeaux une illusion vulgaire ; les cendres de nos pères et de nos amis une vile po'ussière qu'il faut jeter au vent et qui n'appartient à personne ; les dernières intentions des mourants, si sacrées parmi les peuples les plus barbares, le dernier son d'une machine qui se dissout; et, pour tout dire en un mot, si tout meurt avec nous, les lois sont donc une servitude insensée ; les rois et les souverains des fantômes que la faiblesse des peuples a élevés; la justice-une usurpation sur la liberté (fes hommes: la loi des mariages un vain scrupule ; la pudeur un préjugé : l'honneur et la probité, des chimères ; les incestes, les parricides, les perfidies noires, des jeux de la nature, et des noms que la politique des législateurs a inventés.
« Voilà où se réduit la philosophie sublime des impies ; voilà cette force, cette raison, cette sasesse qu'ils nous vantent éternellement. Convenez de leurs maximes, et l'univers entier retombe dans un affreux chaos, et tout est confondu sur la terre, et toutes les idées du vice et de la , vertu sont renversées, et les lois les plus inviolables de la société s'évanouissent, et la discipline des mœurs périt, et le gouvernement des états et des empires n'a plus de règle, et toute l'harmonie des corps politiques s'écroule, et le genre humain n'est plus qu'un assemblage d'insensés, de barbares, de fourbes, de dénaturés, qui n'ont plus d'autres lois que la force, plus d'autre frein que leurs passions et la crainte de l'autorité, plus d'autre lien que l'irréligion et l'indépendance, plus d'autres dieux qu'eux-mêmes: voilà le monde des impies ; et si ce plan (^e république vous plaît, formez, si vous le pouvez, une société de ces hommes monstrueux : tout ce qui nous reste à vous dire, c'est que vous êles digne d'y occuper une place ».
Que l'on compare Cicéion à Massillon, Bossuet à Démosthène, et l'on trouvera toujours entre leur éloquence les différences que nous avons indiquées : dans les orateurs chrétiens, un ordre d'idées plus général, une connaissance du cœur humain plus profonde, ''une chaîne de raisonnements plus claire, enfin une éloquence religieuse et triste, ignorée de l'antiquité.
Massillon a fait quelques oraisons funèbres; elles sont
inférieures à ses autres discours. Son Eloge de Louis XIV n'est remarquable que par la première phrase : « Dieu seul est grand, mes frères » ! C'est un beau mot que celui-là, prononcé en regardant le cercueil de Louis le Grand^,