‹ Le génie du christianisme (volume 4)Chapitre 65 sur 259 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

en triomphe. La philosophie, qui se pique d'applaudir aux grandes choses, aurait dû remarquer que c'est la première fois que tout un peuple a professé publiquement le dogme de l'unité d'un Dieu : Credo in unum Deum.

Cependant le sacrificateur prépare l'hostie pour lui, pour les vivants, pour les morts. Il présente le calice : « Seigneur, nous vous offrons la coupe de noire salut ». Il bénit le pain et le vin. « Venez, Dieu éternel, bénissez ce sacrifice ». Il lave ses mains.

« Je laverai mes mains entre les innocents... Oh! ne me faites point finir mes jours parmi ceux qui aiment le sang ».

Souvenir des persécutions.

Tout étant préparé, le célébrant se tourne vers le peuple, et dit :

« Priez, mes frères ».

Le peuple répond :

« Que le Seigneur reçoive de vos mains ce sacrifice ».

Le prêtre reste un moment en silence, puis tout à coup annonçant l'éternité : Per omnia sœcula sœculorum, il s'écrie :

« Elevez vos cczurs » /

Et mille voix répondent :

« Habemus ad Dominum : Nous les élevons vers le Seigneur » .

La préface est chantée sur l'antique mélopée ou récitatif de la tragédie grecque, les Dominations, les Puissances, les Vertus, les Anges et les Séraphins sont invités à descendre avec la grande victime, et à répéter, avec le cœur des fidèles, le triple Sayictus et VHosannah éternel.

Enfin l'on touche au moment redoutable. Le canon, où la loi éternelle est gravée, vient de s'ouvrir : la consécration s'achève par les paroles mêmes de Jésus-Christ. « Seigneur, dit le prêtre en s'inclinant profondément, que l'hostie sainte vous soit agréable comme les dons d'Abel le juste, comme le sacrifice d'Abraham notre patriarche, comme celui de votre grand-prêtre Melchisédech. Nous vous supplions d'ordonner que ces dons soient portés à votre autel sublime par les mains de votre ange, en présence de votre divine majesté ».

A ces mots le mystère s'accomplit, l'Agneau descend pour être immolé :

« 0 moment solennel ! ce peuple prosterné.

Ce temple dont la mousse a couvert les portiques,

Sesvieux murs, son jour sombre et ses vitraux gothiques,

Cette lampe dairain qui, dans l'antiquité,

Symbole du soleil et de l'éternité, -

Luit devant le Très-Haut, jour et nuit suspendue ;

La majesté d'un Dieu parmi nous descendue,

Les pleurs, les vœux, l'encens qui monte vers l'autel,

El de jeunes beautés qui, sous l'œil maternel,

Adoucissent encor par leur voix innocente

De la religion la pompe attendrissante ;

Cet orgue qui se tait, ce silence pieux,

L'invisible union de la terre et des cieux,

Tout enflamme, agrandit, émeut l'homme sensible:

Il croit avoir franchi ce monde inaccessible.

Où sur des harpes d'or l'immortel Séraphin

Aux pieds de Jéhovah chante l'hymne sans fin.

Alors de toutes parts un Dieu se'fait entendre;

Il se cache au savant, se révèle au cœur tendre :

Il doit moins se prouver qu'il ne doit se sentir > ».

CHAPlTliE VII

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