LA FETE-DIEU
Il n'en est pas des fêtes chrétiennes comme des cérémonies du paganisme ; on n'y traîne pas en triomphe un bœufdieu, un bouc sacré ; on n'est pas obligé, sous peine d'être mis en pièces, d'adorer un chat on un crocodile, ou de se rouler ivre dans les rues, en commettant toutes sortes d'abominations pour Vénus, Flore ou Bacchus : dans nos selennitcs, tout est essentiellement moral. Si l'Eglise en a seulement banni les danses 2, c'est qu'elle sait combien de passions se cachent sous ce plaisir en apparence innocent. Le Dieu des chrétiens ne demande que les élans du cœur et les mouvements égaux d'une àrae qui règle le paisible concert des vertus. Et quelle est, par exemple, la solennité païenne qu'on peut opposer à la fête où nous célébrons le nom du Seigneur ^ ?
Aussitôt que l'aurore a annoncé la fête du Roi du monde, les maisons se couvrent de tapisseries de laine et de soie, les rues se jonchent de fleurs, et les cloches appellent au temple la troupe des fidèles. Le signal est donné : tout s'ébranle, et la pompe commence à défiler.
1. Le Jour des Morts, par M. de Fontanes. La Harpe a dit que ce ;ont la vingt des phis beaux vers de la langue française; nousajouteons qu'ils peignent avec la dernière exactitude le sacrifice chrétien. .T'oyez la note P, à la fm du volume.
^ 2. Elles sont cependant en usage dans quelques pays, comme dans' rArnériqne méridionale, parce que parmi les sauvages chrétiens il règne encore une grande innocence.
o. Voyez la note Q, à la fm du volume.