QUATRIÈME PARTIE iOl
ville condamnée pour ses crimes, à une horrible destruction, il ne put retenir ses larmes : Il vit la cité, dit l'Apôtre, et il pleura ! Sa tolérance ne fut pas moins remarquable quand ses disciples le prièrent de faire descendre le feu sur un village de Samaritains qui lui avaient refusé l'hospitalité. 11 répondit avec indignation : Vous ne savez pas ce que vous demandez !
Si le Fils de l'homme était sorti du ciel avec toute sa force, il eût eu sans doute peu de peine à pratiquer tant de vertus, à supporter tant de maux ; mais c'est ici la gloire du mystère : le Christ ressentait des douleurs ; son cœur se brisait comme celui d'un homme ; il ne donna jamais aucun signe de colère que contre la dureté de l'àme et l'insensibilité. Il répétait éternellement : Aimez-vous les uns les autres. Mon père, s'écriait-il sous le fer des bourreaux, pardonnezleur, car ils ne savent ce qu'ils font. Prêt à quitter ses disciples bien-aimés, il foftdit tout à coup en larmes ; il ressentit les terreurs du tombeau et les angoisses de la croix : une sueur de sang coula le long de ses joues divines; il se plaignit que son père l'avait abandonné. Lorsque l'ange lui présenta le calice, il dit : 0 mon Père! fais que ce calice passe loin de moi; cependant, si je dois le boire, que ta volonté soit faite. Ce fut alors que ce mot, où respire la sublimité de la douleur, échappa à sa bouche : Mon âme est triste jusqu'à la mort. Ah I si la morale la plus pure et le cœur le plus tendre, si une vie passée à combattre l'erreur et à soulager les maux des hommes, sont les attributs de la divinité, qui peut nier celle de Jésus-Christ? Modèle de toutes vertus, l'amitié le voit endormi dans le sein de saint Jean, ou léguant sa mère à ce disciple; la charité l'admire dans le jugement de la femme adultère : partout la pitié le trouve bénissant les pleurs de l'infortuné ; dans son amour pour les enfants, son innocence et sa candeur se décèlent ; la force de son âme brille au milieu des tourments de la croix, et son dernier soupir est un soupir de miséricorde.